Question rhétorique, j'ai l'impression qu'Eolas est lui aussi agacé. Mais là je viens de réécouter Bella ciao et je me dis qu'il y a des causes qu'il faut vraiment défendre, et d'autres moins.

J'ai la faiblesse de croire (mais peut-être est-ce un snobisme intellectuel de ma part) que la liberté d'expression a des applications disons « nobles », et d'autres disons « moins nobles ». Parmi les applications « nobles », je citerais la possibilité de discuter ouvertement et sans crainte les politiques publiques, les savoirs scientifiques, les activités des puissances sociales ou économiques, etc. C'est pour ces raisons que l'on s'est battu, et que l'on se bat encore pour cette liberté.

Le « pipole », par contre... Une sorte de symbole de la société du spectacle, où la vie d'individus souvent assez médiocres dans leur profession, celle-ci étant même parfois inexistante, est exposée en pâture aux foules. Il paraît que ça plaît, et que les tirages de la presse « pipole » dépassent ceux de la grande presse nationale (soi-disant de qualité, mais c'est un autre débat). La vie par procuration par excellence. Peut-être de quoi se rassurer dans la grisaille ambiante et se dire que les « vedettes » sont humaines elles aussi, peut-être de quoi rêver en lisant le récit de petites sauteries coûtant autant que le salaire annuel d'un smicard. Et je ne parle pas du spectacle très white trash de Britney Spears, et l'analogue jet-set de Paris Hilton.

Le « pipole » est une industrie. Il a ses magazines spécialisés, lesquels budgétent le montant prévisionnel des dommages qu'ils auront à verser aux « pipoles » dont la vie privée a été violée. Comme ces magazines gagnent plus en publiant de tels reportages qu'ils n'ont à verser de dommages, c'est un comportement profitable et économiquement rationnel. La « personnalité pipole », quand a elle, touche des dommages qui constituent de fait un revenu non imposable. Elle peut également organiser la révélation de sa vie privée en assurant certaines publications d'une exclusivité contre rémunération, et poursuivre les autres magazines. Il n'est donc pas surprenant que dans ce petit business, les sites qui touchent de l'argent mais n'en reversent pas soient considérés comme des pique-assiette qu'il convient de remettre dans le droit chemin.

J'aurais cependant aimé que ceux qui s'agitent autour de cette affaire s'agitent un peu plus souvent, notamment quand il y a de vrais problèmes de liberté d'expression sur Internet. Quand une... comment dire, une entreprise religieuse tente de faire censurer des informations sur ses pratiques en arguant du secret industriel et commercial et du droit d'auteur, quand un homme politique qui traîne des « casseroles » tente de faire intimider des bloggueurs par ses avocats, là, on a un vrai problème de liberté d'expression.

Mais de grâce, qu'on nous fiche la paix avec la vie sentimentale des « pipoles ».