Je constate avec une surprise amusée mêlée d'atterrement que Pierre Assouline a jugé bon de consacrer à ma petite personne près de deux pages dans cette préface... pour me critiquer. « Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. », bien sûr, mais j'aurais apprécié des critiques fondées. Or, à la lecture de ce passage, une constatation s'impose : comme précédemment, Pierre Assouline parle avec une mauvaise foi consommée et se trompe sur les faits. Et après, on s'étonne du travail de ses étudiants...

J'apprends tout d'abord que j'aurais supprimé l'accès de l'école de journalisme de Sciences-Po à Wikipédia, puis qu'après discussion je l'aurais rétabli mais en interdisant l'écriture. Affirmations risibles, pour la bonne raison que je n'ai techniquement pas le pouvoir de bloquer l'accès en lecture à Wikipédia à quiconque. Première erreur, donc. La suite est également fausse : la discussion entre administrateurs a abouti au débloquage total de Sciences Po.

Contrairement à ce qu'affirme Pierre Assouline, je ne surveille pas de près sa fiche biographique. Tout au plus, au moment des incidents avec Sciences Po, ai-je supprimé de sa fiche des ajouts incongrus — par exemple un paragraphe entier sur l'étude de ses étudiants au sujet de Wikipédia. J'ai eu la faiblesse de croire que la carrière de Pierre Assouline ne s'était pas bornée à encadrer un travail médiocre et à en faire la publicité. Visiblement, Pierre Assouline est mécontent de mes attentions... Et comme, encore une fois, il est incapable de se procurer les faits, il prétend que je l'aurais qualifié de « professeur » à Sciences Po, ce que je n'ai bien sûr pas fait. J'ai trop de respect pour le poste de professeur des universités pour en faire bénéficier des personnes qui n'en ont visiblement pas les qualifications.

Pierre Assouline prétend que j'aurais indûment mêlé les noms du CNRS, de l'École normale supérieure et de l'École polytechnique dans un courrier que j'ai envoyé au directeur de Sciences Po, où je me serais plaint des dégradations sur Wikipédia. Si Pierre Assouline est chargé de cours à Sciences Po, j'étais pour ma part à l'époque chargé de recherche au CNRS au sein du laboratoire d'informatique de l'École normale supérieure, et chargé d'enseignement à l'École polytechnique. À ce double titre, je faisais régulièrement signer aux étudiants et stagiaires des chartes de bonne utilisation des ressources informatiques — ces chartes étant fortement recommandées pour tout établissement connecté au réseau universitaire RENATER, dont Sciences Po. Dans ces chartes, les étudiants s'engagent notamment à ne pas « bidouiller » sans autorisation des sites extérieurs, même s'ils en ont la possibilité technique. Il m'apparaissait donc choquant qu'un enseignant de Sciences Po revendique publiquement de s'affranchir de ces règles, et j'ai donc expliqué le problème à la direction de son établissement.

Je peux comprendre que Pierre Assouline, qui n'est pas universitaire et n'a sans doute jamais fait signer de charte de ressources informatiques à ses étudiants, ignore les règles normalement en vigueur dans l'enseignement supérieur français. Mais, de grâce, il pourrait avoir l´élémentaire modestie de se renseigner et de ne pas travestir la réalité.

Voilà. Tout ce texte pour déverser sa bile sur ma pauvre personne et sur Wikipédia, site réputé non fiable, et une succession d'erreurs factuelles et d'exagérations ridicules. On sent que l'ego de ce journaliste et écrivain germanopratin a été froissé par l'opposition d'un, horreur, informaticien, comme il dit.

Pour ma part, je ne désire pas polémiquer avec Pierre Assouline, car je n'ai tout simplement pas de temps à perdre avec ceux qui compensent par la malhonnêteté intellectuelle leur incapacité à faire œuvre intéressante. Comme me disait un ami, « bien faire et laisser braire ».

PS: Sur la forte insistance d'un journaliste de ce magazine, j'ai accepté de répondre à Pierre Assouline dans Le Magazine Littéraire. J'ai beaucoup hésité, car je trouve que c'est donner à ce monsieur une importance qu'il n'a pas.

PS2: Ils auraient pu au moins m'en envoyer un exemplaire ! Tssk, quelle incorrection.