L'ACM répond ainsi au problème suivant : actuellement, les publications scientifiques, du moins dans certaines revues, sortent à un rhythme qui est non pas dicté par des contraintes scientifiques, mais par des contraintes de pagination papier, d'où des retards. Ce n'est pas forcément très grave s'agissant de l'informatique, où les publications novatrices se font dans les compte-rendus de conférences à comité de lecture et où les revues ne servent qu'à l'archivage et à la bibliométrie (notamment pour faire plaisir aux collègues des disciplines où la publication ne se fait qu'en revues), mais c'est tout de même absurde. L'ACM va ainsi passer à un système où l'on ne divisera plus les revues en numéros paginés, chaque article occupant un certain intervalle, mais où on arrivera directement au niveau de l'article, chaque article se voyant attribuer un numéro d'ordre.

L'ACM va ainsi passer à un système où l'on ne divisera plus les revues en numéros paginés, chaque article occupant un certain intervalle, mais où on arrivera directement au niveau de l'article, chaque article se voyant attribuer un numéro d'ordre. On en arrive à un fonctionnement proche de celui des revues en lignes, dont celles de la célèbre PLoS (Public Library of Science, sauf que comme souvent, il s'agit essentiellement de biomédecine, ce domaine pléthorique constituant une très forte proportion des publications scientifiques).

Une proposition plus radicale serait de demander aux comités éditoriaux des revues de « donner un coup de tampon » sur des articles disponibles dans des archives ouvertes, comme HAL. Comme me l'expliquait Jean-Michel Yolin, ceci permettrait à différentes revues ayant chacune une politique éditoriale spécifique de choisir les papiers au sein d'une archive commune, les activités de choix scientifique et d'archivage en ligne n'ayant pas à être couplées.

De nombreuses personnes voient d'un assez mauvais œil ces évolutions de la publication scientifique. En premier lieu, j'ai entendu des réactions assez hostiles de la part de bibliothécaires, que j'interprète comme une réaction à la dépossession de leur activité. En effet, avec les publications en ligne, la gestion des revues a plus à voir avec la gestion de licences de logiciels qu'avec les activités traditionnelles d'archivage. Une objection moins corporatiste et bien plus pertinente est que la conservation des archives numériques pose des problèmes techniques. Nous savons tant assez bien conserver le papier, du moins si celui-ci n'est pas acide (*) et si l'on dispose de locaux mettant les documents à l'abri de la lumière, de l'humidité etc. (**) Les documents numériques, eux, peuvent souffir de l'obsolescence des formats de fichiers.

(*) La plupart des livres imprimés depuis la moitié du 19ème siècle l'ont été sur des formes de papier qui avec l'âge jaunissent, deviennent friables, et pour finir sont détruites. Les ouvrages destinés à l'archivage en bibliothèques universitaires sont de nos jours imprimés sur du papier non acide (acid-free paper).

(**) Évoquons seulement les tours de verre de la Bibliothèque nationale de France, ainsi que le désastre survenu il y a quelques années à l'École normale supérieure suite à une fuite d'eau dans les sanitaires des logements étudiants situés au dessus de la bibliothèque.

Rappelons brièvement les faits. Un document numérique est stocké dans un certain format ; ainsi, les images peuvent être stockées au format GIF, JPEG ou encore PNG ou TIFF. Les formats que je viens de citer sont dits ouverts, car leurs spécifications sont publiques, de sorte que les concepteurs d'un nouveau logiciel peuvent lui faire lire et écrire ces formats (modulo naguère divers problèmes de brevets dans le cas du GIF). En revanche, d'autres formats sont dits fermés : seules les applications d'un certain éditeur savent les lire et les écrire ; parfois, d'autres éditeurs proposent des logiciels réalisés par rétro-ingéniérie, c'est-à-dire par examen des fichiers et essai et erreur... mais cette compatibilité est le plus souvent imparfaite. Citons notamment le format Microsoft Word. C'est tout le problème de l'interopérabilité.

Le danger des formats fermés pour l'archivage est qu'à long terme, les applications capables de lire l'ancien format n'existent plus (faillite de l'éditeur, changement de sa politique). Quand je dis n'existent plus, je veux dire que ces applications ne sont plus maintenues, plus portées vers les systèmes actuels. Les personnes qui, de nos jours, doivent se battre pour faire fonctionner de vieux programmes MS-DOS, me comprendront.