La vie est mal configurée

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Wikipédia

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lundi, octobre 26 2015

Courrier au médiateur de France Télévision sur les propos d'Hélène Pilichowski

(PDF ici)

Monsieur le médiateur, Lors de l’émission C dans l’air du 25 septembre 2015, sur France 5, la chroniqueuse Hélène Pilichowski a affirmé :

« Moi qui suis grenobloise, il y a des centres de recherche énormes à Grenoble, avec des gens qui étaient nommés à vie. Comment voulez-vous qu’on cherche, et surtout qu’on trouve, pendant toute une vie. Quand ils arrivent à vingt-cinq ans, vingt-huit ans ils sont pleins d’ardeur, puis après ils vont sur les pistes de ski et dans les clubs de tennis. À Grenoble c’était comme ça, c’était tous les chercheurs qui étaient là. Bien évidemment, ils sont nommés à vie. C’est terrible, ça n’a pas de sens. »

En d’autres termes, selon cette éditorialiste, tous les chercheurs titulaires, ou du moins une bonne partie, passée la trentaine, ne cherchent plus, ne trouvent plus, et passent en fait leur temps de travail à leurs loisirs. Il s’agit là d’accusations graves, que nous ne pouvons pas laisser passer.

Il est évident que Mme Pilichowski ignore tout du métier de chercheur et de sa pratique actuelle. Par exemple, peut-être ignore-t-elle que la majorité des chercheurs sont en fait des enseignants-chercheurs, qui, en sus de leur recherche, enseignent et surtout administrent l’université. Peut-être ignore-t-elle que le temps des chercheurs moins jeunes est largement occupé par la rédaction et l’évaluation de demandes de financements, la gestion de problèmes administratifs allant des ressources humaines aux marchés publics, ou encore l’évaluation des travaux des collègues.

S’il existe sans doute, comme dans tout métier, des tire-au-flanc, ceux-ci sont une infime minorité en regard de tous ceux qui font leur métier consciencieusement, dans des conditions que nombre de nos collègues étrangers jugeraient souvent indignes.

Au delà des déclarations de Mme Pilichowski, l’attitude des hôtes de l’émission nous paraît également critiquables. Il nous semble que leur devoir aurait été de recadrer des accusations aussi générales, prononcées à l’égard de catégories entières de personnels non représentés dans cette émission et donc sans mesure de se défendre. C’est là une curieuse conception du fair play et de la pluralité des opinions.

Nous demandons donc à Mme Pilichowski et à France 5 de s’excuser de ces propos auprès des chercheurs grenoblois.

Au delà du cas d’espèce, il nous semble, Monsieur le Médiateur, que cet incident illustre un phénomène inquiétant dans les grands médias : la présence permanente d’éditorialistes s’exprimant sur tout sujet, indépendamment de leur compétence et des erreurs proférées. Peut-être existe-t-il des chercheurs qui, avec l’âge, perdent de leur pertinence, mais dans ce cas il conviendrait de s’interroger sur celle d’éditorialistes dont les propos relèvent du Café du Commerce.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

samedi, février 28 2015

Numérix, d'Alexandre Moatti (récension)

L'arrivée de l'Internet grand public en France a suscité nombre de changements. Certaines industries ont été grandement transformées en l'espace de 15 ans (édition scientifique, distribution de musique et de films, vente par correspondance). Naturellement, ces changements ont suscité des réactions, certaines positives et touchant même à l'optimisme béat, d'autres négatives, avec parfois une véhémence assez irrationnelle. Le système du droit d'auteur et des droits voisins est fragilisé par la copie illicite, et contesté dans certains de ses aspects (complexité et opacité des circuits financiers, durée des droits exclusifs). Certains « intellectuels », certains politiciens, sont mal à l'aise devant des acteurs inhabituels pour eux, qu'il s'agisse de grands industriels étrangers qui ne leur manifestent pas la considération à laquelle ils estiment avoir droit (Google) ou des organisations à but non lucratif et basés sur la participation directe (Wikipédia).

Face à ces développements, les pouvoirs publics ont hésité et tergiversé, en lançant parfois des projets mal pensés et mal exécutés. C'est de tout cela qu'Alexandre Moatti entend informer le public, qui n'entend souvent de ces débats que des slogans et des dénonciations stridentes qui ne reflètent ni la complexité des enjeux ni les intérêts en présence.

Avertissement : je connais l'auteur de l'ouvrage, qui m'en a offert un exemplaire dédicacé.

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jeudi, novembre 13 2014

Ten years after, ou : les licences libres et le spatial européen

Je ne reviendrai pas sur l'impressionnant succès technologique que constitue la mise en orbite de la sonde Rosetta autour de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, et la descente et l'arrimage sur celle-ci du module Philae, et je n'anticiperai pas sur les découvertes scientifiques qui seront faites et sur lesquelles je suis fort incompétent.

J'aimerais en revanche évoquer un point important concernant la diffusion des images produites par cette sonde, du moins par sa caméra NAVCAM. En effet, l'Agence spatiale europénne (ESA) diffuse ces images sous une licence libre (CC-BY-SA) !

Ceci peut paraître parfaitement anecdotique, mais ceci me fait plaisir et j'aimerais expliquer pourquoi. Il y a 10 ans, j'étais assez investi dans l'association Wikimédia France, qui promeut Wikipédia et les projets associés, et plus généralement promeut la « culture libre ». Il y a eu beaucoup de bêtises écrites à ce sujet ; rappelons qu'il ne s'agit pas là de détruire le droit d'auteur ou de réclamer une illusoire gratuité de tout, mais d'établir qu'il y a plus avantage à laisser diffuser et réutiliser librement certains documents qu'à soumettre ces usages à la bureaucratie et à des paiements.

À l'époque, il était flagrant que l'imagerie librement disponible sur le Web sur le spatial et l'aéronautique était très majoritairement américaine, de la NASA et du Département de la Défense, les documents produits par les administrations fédérales américaines étant dans le domaine public de part la loi — mais pas celles de l'ESA. Ceci se traduisait par une iconographie très majoritairement américaine dans les médias et les ouvrages internationaux : il est bien plus facile de récupérer une image libre de droits que de chercher à obtenir une autorisation ou organiser un paiement international…

Le même problème se posait avec les organismes français tels que le Centre national d'études spatiales (CNES), les musées… avec la confusion typique à la française : ce n'est pas que les gens soient de mauvaise volonté, mais personne ne sait qui au juste qui pourrait décider d'une autre politique de diffusion.

Donc, nous étions allés, Delphine Ménard et moi, au siège de l'Agence spatiale européenne… où l'on nous avait expliqué que tout ceci était très compliqué, parce que l'agence dépend d'une multitude d'états, que les droits sur les photos pourraient bien appartenir aux organismes ayant mis en place les instruments dans les sondes, voire dans certains cas personnellement au scientifique ayant conçu l'instrument… et puis dans certains cas il n'était pas clair qu'il y ait des droits d'auteur, faute d'originalité (caméras automatiques, dont l'emplacement est largement déterminé par des caractéristiques techniques).

Tout ceci était un peu décourageant… et les adhérents de l'association trouvaient nos actions un peu vaines, vu que les choses ne semblaient pas bouger.

Il a seulement fallu 10 ans pour que les choses avancent un peu. C'est le temps que la sonde a mis pour aller jusqu'à la comète.

Un grand pas pour une petite sonde, un petit pas pour l'Administration.

vendredi, juin 6 2014

Et gnagna erreurs dans les articles de Wikipédia

Un énième buzz sur les erreurs dans Wikipédia et les dangers de cette encyclopédie en ligne collaborative sans contrôle est sorti. Comme d'habitude, la presse française paraphrase sans trop de recul des articles américains.

Je me permets donc un billet puant d'élitisme (comme d'habitude).

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lundi, avril 28 2014

L'utilisation de définitions de Wikipédia

Lors d'un exposé à l'Institut Henri Poincaré devant un éminent parterre de mathématiciens et d'informaticiens, Tom Hales a montré une copie d'écran de Wikipédia, à savoir d'un article énumérant les plus longues preuves de mathématiques (List of long proofs), parmi lesquelles la sienne de la conjecture de Kepler.

On nous a tant dit que « les professeurs » frémissaient d'horreur à l'égard de Wikipédia que pareille mention pourrait surprendre. Voyons maintenant ce qu'écrit Lance Fortnow sur son blog dédié à la théorie de la complexité algorithmique :

As a young assistant professor at the University of Chicago in the 90's, I averaged about one trip a day to the joint Math/CS library to track down research papers or old books to find various mathematical definitions and theorems. These days I can access all these papers online and get access to mathematical definitions through Wikipedia and other sites. ... . I can't remember the last time I went to the library to track down information for research purposes.

Je traduis :

« Comme jeune maître de conférence à l'Université de Chicago dans les années 1990, j'allais en moyenne une fois par jour à la bibliothèque de mathématiques et d'informatique pour rechercher des articles de recherche ou de vieux ouvrages pour trouver des définitions mathématiques et des théorèmes. De nos jours, j'accède en ligne à tous ces articles et j'obtiens les définitions mathématiques de Wikipédia et d'autres sites. ... Je ne me rappelle pas de la dernière fois où j'ai dû aller à la bibliothèque chercher de l'information pour la recherche. »

L'article explique par ailleurs que Georgia Tech (l'université où travaille le Pr Fortnow) va mettre la plus grande partie de ses ouvrages en stockage. Il en est de même de l'INRIA (qui ferme ses centres de documentation) ; quant aux laboratoires d'informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble (IMAG), leur bibliothèque centrale est fermée faute de personnel et il est au mieux question de la rouvrir sous la forme d'un accès à des livres en stockage compact.

Deux points importants :

  1. Wikipédia ne semble pas provoquer de frayeurs chez des chercheurs de premier plan en mathématique et informatique théorique.
  2. C'est la mort des bibliothèques de recherche dans ces disciplines.

Il serait intéressant d'établir des comparaisons avec d'autres disciplines, par exemple celles où il est encore important, me dit-on, de faire éditer sa thèse de doctorat (ce qui, pour moi, reviendrait à s'assurer que personne ne la lira).

mardi, novembre 12 2013

Yann Moix et son procès

En 2010, Yann Moix écrivait :

Je vais évidemment faire un procès, rira bien qui rira le dernier, à Wikipédia, parce qu’il y a forcément quelqu’un derrière, derrière ces petits chiots baveux anonymes haineux ratés, un gentil procès bien méchant comme un chien que je suis, n’est-ce pas, où je demande juste d’avoir le droit de citer gentiment un article gentil sur moi pour contrecarrer toutes les citations systématiquement négatives, avilissantes, morbides, qui s’impriment, avec une délectation mortifère de masturbateur, à mon égard. Les punaises qui fomentent toute cette gadoue ne savent pas très bien à qui ils ont à faire.

Suivent quelques comparaisons scatologiques.

J'avais à l'époque parié qu'il n'y aurait aucun procès. Quelqu'un a entendu parler d'une quelconque action de la part de M. Moix ?

lundi, octobre 7 2013

Wikipédia c'est bien pour les maths

Dagstuhl le soir. Au fil de la discussion, quelqu'un évoque le fait que Wikipédia est très bien pour les mathématiques (propose des synthèses sur de très nombreux sujets). Un autre dit qu'en revanche c'est nul pour tout ce qui a trait à la politique ou à la théorie de l'évolution.

Une hypothèse souvent citée, et qui me semble plausible, est que le ticket d'entrée pour les mathématiques est élevé. Les gens qui n'ont pas suivi de formation en mathématiques s'estiment rarement compétents pour s'exprimer sur ce sujet. Ça intimide, et c'est vite incompréhensible. (*)

À l'inverse, de très nombreuses personnes se sentent compétentes en histoire, sociologie, écologie ou médecine. Pourquoi ?

Pour l'histoire et la sociologie : le vocabulaire et les sujets étudiés paraissent, à première vue, familiers. Il existe une abondante littérature populaire et un enseignement scolaire qui donnent un certain vernis de connaissance ; vernis largement plus dangereux que la parfaite ignorance.

Se rajoutent sur ces sujets l'illusion que le « bon sens » ou les « valeurs » sont des sources valables de connaissance. C'est très visible sur les sujets touchant à l'écologie : il y a l'équation « naturel = bien », avec souvent très peu d'interrogation sur ce qui est vraiment naturel ou non. Il s'agit là d'un parti-pris idéologique... qui a pris la succession d'un parti-pris (disons XIXe siècle époque Jules Verne) où ce qui est valorisé, c'est la prise de pouvoir de l'Homme sur la Nature.

Par ailleurs, la situation est aggravée par les médias et l'édition (souvent les mêmes qui se déchaînent contre Wikipédia « écrite par des amateurs »). Un journaliste, un écrivain, un acteur peuvent se poser en historiens ; une chanteuse peut promouvoir ses « remèdes » ; un animateur de télévision devient la référence en matière d'écologie.

Enfin, certains chercheurs et universitaires des sciences humaines et sociales se plaisent à un certain mélange des genres. Je pense notamment à ceux qui tiennent des chroniques régulières, notamment audiovisuelles : il est évident qu'ils ne peuvent, à une telle fréquence, fournir une pensée réfléchie telle qu'on attend d'un universitaire. Ce faisant, ils dévalorisent leur discipline aux yeux du public.

(*) Une exception à ce principe est le théorème d'incomplétude de Gödel, en raison de sa mention dans des enseignements de philosophie. Dans le même ordre d'idées, on peut citer la mécanique relativiste et la mécanique quantique, qui demandent pour être vraiment comprises une grande familiarité avec les théories classiques. Pour ces trois sujets, l'erreur est de vouloir sauter les étapes et passer directement à des concepts avancés sans avoir les bases.

dimanche, avril 7 2013

C'est bien fait pour vous !

J'allais rédiger un long billet inspiré par certaines réactions lues ici ou là suite à l'affaire de la suppression d'un article de Wikipédia à la demande de la DCRI ; finalement, je préfère être bref.

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vendredi, avril 5 2013

Barbara Streisand vivrait à Levallois-Perret

Voir le bulletin des administrateurs de la Wikipédia en français ici et .

La suite ici. Je me demande quand ça va sortir dans la presse internationale.

PS : Réaction de l'association Wikimédia France.

mardi, janvier 8 2013

Un joli hoax sur Wikipédia

Wikipédia vient d'effacer un article vieux de cinq ans portant sur un évènement historique inexistant.

Il s'agissait d'un canular élaboré pour avoir l'apparence de vraisemblance : évènements plausibles (au moins selon ma lecture superficielle de non-historien), sujet assez confidentiel (le détail de l'histoire des possessions portugaises en Inde au 17e siècle), sources apparemment sérieuses (pas de citation de blogs, d'ouvrages clairement grand public; mention d'ouvrages chez de grands éditeurs universitaires).

Il a apparemment été détecté parce que certaines des sources indiquées... n'existaient pas, notamment un ouvrage soi-disant publié chez Oxford University Press en 1996 (qui aurait donc dû être mentionné chez l'éditeur et/ou WorldCat).

Il me paraît probable que pareil canular aurait pu perdurer si l'auteur avait pris soin de citer des sources existant réellement, pour leur faire dire ce qu'elles ne disent pas, et/ou des sources obscures (p.ex. thèse de doctorat d'une époque ou d'un pays où l'on ne les rentrait pas dans des bases de données facilement consultables).

Du point de vue de la citation des sources, la presse ne paraît pas montrer l'exemple ; témoin cet article où l'on évoque « une autre étude menée par l’Université d’Oxford », ce qui peut certes impressionner le profane (la prestigieuse université d'Oxford !) mais n'aide pas à consulter celle-ci (pas de nom d'auteur, de titre ou de lien, alors que cela ne coûte rien sur un site Web), sans parler du manque de courtoisie qu'il y a à ne pas identifier les auteurs des travaux que l'on évoque.

(Il semble que l'étude d'Oxford soit celle-ci.)

mercredi, décembre 12 2012

Philippe Meyer voit trop d'anonymes, moi je vois trop d'inconnus

Le chroniqueur Philippe Meyer, dans sa rubrique sur France Inter, a évoqué les erreurs relevées sur Wikipédia et notamment le cas des biographies de personnes vivantes, dont il déplore qu'elles soient rédigées par des anonymes, ce qui autorise tant les règlements de comptes que les panégyriques éhontés. Il propose de réformer le système en supprimant l'anonymat et en introduisant des responsables éditoriaux.

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mercredi, novembre 7 2012

L'obsession de la salissure

Loys Bonod (j'ignore s'il s'agit de son vrai nom ou d'un pseudonyme), qui se présente il me semble comme un enseignant de lettres en lycée, et qui s'était rendu célèbre par un canular sur Wikipédia, s'exprime à nouveau au sujet de ce site.

Son billet est long et mériterait une réponse fouillée, que je ne suis pas en état de faire. Je voudrais simplement relever ce paragraphe :

Par ailleurs Wikipédia est une bien curieuse « encyclopédie », à mi-chemin entre revue scientifique et tabloïd people, qui mêle les savoirs académiques d’une part, recensant ainsi les étoiles de la constellation d’Orion par magnitude apparente décroissante ou les œuvres de Cicéron, et les savoirs populaires d’autre part, avec la liste exhaustive de tous les Pokémons, ou le détail aussi bien de la fabrication du skuff que de la vie privée de la chanteuse Rihanna. Dans cette encyclopédie le chanteur Corneille côtoie Corneille le dramaturge. Rome est une capitale antique, une série télévisée et un jeu vidéo. Clio, une Muse autant qu’une voiture, et Mars, un dieu romain autant qu’une barre chocolatée. Pas d’article consacré à la « Ballade des pendus » de François Villon au XIVe siècle sans la référence incongrue au « Bal des Laze » de Michel Polnareff.

ainsi que cette suggestion :

Séparer les connaissances académiques des connaissances populaires, avec par exemples deux portails distincts (et pourquoi pas des liens entre eux).

Ma question est simple : « Pourquoi faire ? ». Quel est le problème concret qui serait réglé par ce changement ?

Il me semble que Loys Bonod ne cite aucun exemple concret de difficulté posé par le voisinage, dans la même base de données, des Pokémons et de Cicéron. Rappelons que, sur Wikipédia et contrairement à Universalis version papier, il n'y a pas de contrainte globale de pagination et que la place occupée par un sujet ne l'est pas au détriment des autres. J'ose espérer que personne, croyant s'informer sur la muse Clio, ne prend l'information sur la voiture (ou, si les élèves de Loys Bonod font ainsi, le problème est probablement plus de leur côté que de celui de Wikipédia (**) ).

Je soupçonne donc que la proposition de Loys Bonod n'est pas motivée par la résolution d'une difficulté pratique, mais par la volonté de faire respecter un certain ordre, une certaine hiérarchie des choses et surtout une nécessité de ségrégation. Il y a le savant et le populaire, le sérieux et le frivole, les serviettes et les torchons, et les seconds salissent les premiers de part leur simple proximité. Le simple fait que la même interface présente semblablement un article sur Platon et un article sur Rihanna dévalue, galvaude, le premier et donne trop d'importance à la seconde. On est purement dans le symbolique, dans une posture de défense de la Civilisation face au tourbillon du monde.

C'est troublant. On pourrait comprendre une défense de la réflexion, des textes bien organisés, de l'argumentation ; on comprend moins une défense du savoir académique contre la salissure, qui me semble relever de ce que l'on caricature parfois comme la « tour d'ivoire » du monde universitaire (d'autant plus curieux que Loys Bonod n'est pas universitaire). (*) Pour tout dire, j'ai peur (mais je ne prétends pas lire dans les pensées d'autrui) que cela relève d'un mouvement d'humeur du même genre que celui de ma professeure de collège qui, évoquant Ulysse, avait entendu un élève mentionner le dessin animé « Ulysse 31 » (mouvement d'humeur bien compréhensible, mais qui ne constitue pas une réflexion).

Terminons par une anecdote. Au lycée, en cours de latin, deux camarades (dont l'un est actuellement professeur de sciences politiques dans une université de la péninsule arabique, le monde est petit) faisaient un exposé sur Spartacus, visiblement en recopiant une encyclopédie. À la fin de leur exposé, ils ont commencé d'embrayer sur le spartakisme, s'arrêtant tout de même en se disant que cela devenait hors sujet.

Je suppose que Loys Bonod trouverait que tant Spartacus que le Spartacisme relèvent du « savoir académique » et que, par exemple, le club de football Spartak de Moscou relève des connaissances populaires. Cependant, la récupération de la figure de Spartacus par les soviétiques relève certainement de l'histoire contemporaine ! La frontière n'est pas si facile à délimiter.

(*) Cela m'évoque également, toutes proportions gardées, le bibliothécaire du Nom de la Rose.

(**) Je lis ici « Vous n'avez jamais eu d'élève qui recopie une page sur la princesse Diana quand vous avez demandé une recherche sur la déesse Diane : je n'invente rien. » Je serais enclin à dire que le problème est alors chez l'élève plutôt que chez Wikipédia ou le Web : peut-il n'en avait-il vraiment rien à faire, peut-être est-il très stupide ou très inculte, ou une combinaison des trois ?

mercredi, septembre 26 2012

Wikipédia chez les grands scientifiques mondains

Wikipédia se confirme comme aide-mémoire et source de schémas et définitions prêtes à copier-coller chez les scientifiques de premier plan (lesquels ne sont pas des perdreaux de l'année et donc ne recopient pas aveuglément).

Quelques exemples glanés récemment :

Cédric Villani, dans son récit autobiographique Théorème vivant, où il raconte la génèse des résultats mathématiques qui lui ont valu la médaille Fields, indique que lorsqu'il a voulu rechercher la formule de Faà di Bruno, qu'il avait apprise quinze ans plus tôt et dont il ne se rappelait plus, il l'a cherchée dans Google et Wikipédia.

Aujourd'hui exposé de Joseph Sifakis, prix Turing. Son schéma du « cycle en V » provenait également de Wikipédia.

cf aussi Knuth

samedi, septembre 15 2012

Philip Roth et Wikipédia

Je n'ai pas commenté l'affaire Philip Roth vs Wikipédia. Il y aurait dessus beaucoup à dire, mais la plupart de ces choses. Quominus les a déjà dites et mieux que moi.

J'aurais cependant une remarque à faire, à savoir que la presse place Wikipédia devant ce que les américains appellent un double-bind (on perd quoi que l'on joue).

Une critique récurrente depuis des années est que Wikipédia permettrait aux services de communication des sociétés d'écrire les articles sur celles-ci. Ceci s'étend bien sûr aux agents et attachés de presse des acteurs, écrivains, artistes divers, voire aux intéressés eux-mêmes. Une encyclopédie qui se respecte devrait ne jamais prendre comme argent comptant les affirmations des sujets des articles. Qu'importe que, sur certains sujets au moins, une bonne partie des articles de presse sont des paraphrases, voire des copier-coller, de dossiers de presse : dans le cas de Wikipédia, toute faiblesse est bien entendu structurelle, tandis qu'un manquement des médias professionnels est forcément une erreur ponctuelle, une exception.

Nous avons maintenant la critique opposée : un individu est forcément la meilleure personne pour commenter sa propre vie et sa propre œuvre, et Wikipédia devrait donc immédiatement changer ses articles sur simple demande des intéressés (qu'importe qu'en l'espèce la demande venait non pas de M. Roth, mais d'une personne qui se prétendait son biographe officiel, sans qu'il y ait moyen de corroborer cette affirmation). Point de vue fort discutable. Une même personne peut varier et fournir, au cours des années, plusieurs explications différentes de ses motivations, plusieurs récits de ses actes, et ce même sans volonté maligne. Quand en plus la mauvaise foi s'en mêle, tout est possible : un politicien peut vouloir faire oublier qu'il a défendu telle cause devenue impopulaire, un artiste peut s'attribuer la paternité d'une œuvre et faire oublier un collaborateur, etc. Même la question de l'inspiration d'une chanson peut fournir matière à controverse : les Beatles ont ainsi longtemps nié que la chanson Lucy in the Sky with Diamonds, aux paroles psychédéliques, ait été inspirée par l'absorption de LSD...

Surtout, toute cette agitation me semble dénoter un remarquable manque de perspective. Wikipédia rapportait au sujet d'un roman les interprétations de critiques reconnus, mais que l'auteur du roman a ensuite démenties : quel scandale ! quelle épouvantable erreur ! Il y a là certainement matière à ce que Jimmy Wales fasse amende honorable, la corde au cou, devant Philip Roth.

Rappelons quelques vérités. Nous allons sommes au milieu d'une crise économique et fiscale qui pourrait faire basculer notre société dans le chaos. Les extrémistes chrétiens et musulmans font tout pour amorcer une guerre mondiale. Les ressources de notre planète sont surexploitées, et nous devons nous poser de graves questions sur nos approvisionnements énergétiques. Sur chacun de ces sujets, nous sommes abreuvés d'informations d'une fiabilité douteuse : un film anti-islam aurait été produit par un promoteur juif américain avec l'aide d'israéliens, maintenant nous apprenons qu'il l'a été par un chrétien en liberté conditionnelle pour divers délits ; une piscine de la centrale de Fukushima-1 serait en danger de surchauffe, mais en fait non. J'ai donc un peu de mal à accorder de l'importance à ce qui aurait ou non inspiré un roman dont, je l'avoue, c'est la première fois que j'entendais parler.

PS Autre explication, très claire, de pourquoi des messages laissés sur une page Web par une personne qui prétend être le biographe autorisé de Philip Roth ne sauraient être tenus comme source valable pour Wikipédia.

samedi, juillet 21 2012

From the horses' mouth

Lu sur une mailing-list professionnelle, de la part de Vladimir Voevodsky, célèbre mathématicien titulaire de la médaille Fields :

Many thanks to everybody who provided suggestions on my, not so well formulated, question. It appears to me now after more thinking and some Wikipedia searches :-), that the system which I had in mind is equivalent to Primitive Recursive Arithmetic and, as I have been told, the provability of sentences in this system is undecidable.

(Contexte : Il s'agit de la liste Coq-club, traitant de l'assistant de preuve en théorie des types d'ordre supérieur « Coq ». Voedvosky se demandait si un certain fragment de l'arithmétique était décidable, et d'autres membres de la liste lui ont indiqué des résultats classiques de calculabilité et de complexité. Il est parfaitement compréhensible qu'il ne les ai pas connus, ce genre de résultats ne figurant pas en général dans les formations des mathématiciens non logiciens.)

Le point amusant est que Voedvosky, quand on lui parle de résultats et de concepts qu'il ne connaît pas, va sur Wikipédia et en tire des choses utiles.

Ceci est à mettre en perspective avec les articles et billets divers expliquant doctement que Wikipédia est utile pour des informations rudimentaires sur des sujets très simples, à la limite au niveau collège.

mercredi, juillet 18 2012

The rumors of my demise are exaggerated

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samedi, mai 12 2012

Jérôme Bosch est-il un primitif flamand ?

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mercredi, mars 21 2012

Accords cachés

Il y a quelques semaines, j'entendais une avocate prétendre qu'il y aurait des accords secrets entre Google et Wikipédia pour que cette dernière soit si bien classée. Rapportait-elle des ragots de énième main, ou y a-t-il eu des révélations ?

lundi, mars 19 2012

La transformation de l'Encyclopædia Britannica

La fameuse encyclopédie américaine Encyclopædia Britannica a annoncé qu'elle ne publierait plus de version papier, ayant des difficultés à écouler sa dernière édition, datant de 2010. Immédiatement, certains médias ont expliqué que c'était Wikipédia qui avait tué la vénérable Britannica. Sommé d'expliquer comment son entreprise comptait faire concurrence à Wikipédia, le président de Britannica explique, avec une certaine condescendance, qu'il ne pourra évidemment pas avoir un article sur chaque « personnage de dessin animé, chaque célébrité, chaque sportif », reprenant un discours assez courant selon laquelle la supériorité d'audience de Wikipédia consisterait en sa couverture de sujets populaires et, du moins cela est me semble-t-il sous-entendu, futiles. De plus, au contraire de Wikipédia, les articles de Britannica sont censément écrits par des experts, des autorités. Commentons.

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vendredi, février 24 2012

Glace chaude

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