La vie est mal configurée

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mardi, juillet 10 2012

Corrélation n'est pas causation

Voici comment le journal 20 Minutes interprète les travaux de mon médiatique collègue Baptiste Coulmont au sujet du lien entre prénom et mention au bac (Les prénoms qui favorisent les mentions au bac, par Delphine Bancaud, 10 juillet 2012) :

Des prénoms qui favorisent la réussite ... en 2011 « plus de 25 % des Madeleine, Irene, Côme et Ariane qui ont passé le bac ont reçu mention très bien ». ... A l'inverse, aucun des quelque 125 Youssef et 105 Nabil n'ont obtenu de mention très bien. Mais plus de 30 % d'entre eux sont dans la situation de passer l'oral de rattrapage. Seules une ou deux Sandy, Alison ou Sofiane ont décroché la mention très bien. Des informations qui vont peut-être influencer les futurs parents…

20 Minutes semble interpréter ces travaux comme établissant un lien de cause à effet entre le prénom de l'enfant et sa future réussite scolaire. Bien entendu, un tel lien n'est pas exclu, le prénom diffusant une certaine image sociale qui peut entraîner, en quelque sorte, une prophétie auto-réalisatrice (par exemple, le prénom Kevin est connoté auprès de certains milieux comme « fils de beaufs qui regardent trop les séries américaines »). Il me semble toutefois que ce que Baptiste Coulmont voulait mesurer est une corrélation indirecte, le prénom comme le niveau scolaire étant largement conséquences du milieu social des parents.

Comme souvent, corrélation n'est pas causation.

mardi, juin 19 2012

Qu'est-ce que l'« opinion publique » ?

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mardi, mars 27 2012

Cherchez l'intrus

On me signale ce billet, d'une journaliste « spécialisée en économie et écologie » et diplômée de prestigieuses écoles de formation de journalistes (mais, apparemment, sans formation scientifique supérieure).

Il me semble illustrer à merveille une maxime de prudence que j'applique, et que j'indique aux autres : ce n'est pas parce qu'un journaliste prétend résumer des informations fournies par un tiers, notamment par un scientifique, qu'il le fait fidèlement et sans rajouter ses idées personnelles (voir quelques exemples).

Considérons la première phrase :

« Sécheresses intenses, pluies diluviennes, tremblements de terre puissants et autres tsunami dévastateurs : les coups durs du climat se sont multipliés et intensifiés au cours de la dernière décennie. »

Cherchez les intrus.

À son crédit, elle donne un lien vers l'article original, qui bien sûr ne comporte pas ces erreurs grossières.

PS : Mon but n'est nullement de dénigrer cette journaliste en tant que telle, ni de dénigrer sa profession. Simplement, j'entends parfois des gens réagir vivement à des propos, des théories, que la presse attribue à telle ou telle personne... alors qu'il est fort possible que ces propos aient été exagérés, « complétés » ou sortis hors contexte. Par ailleurs, j'estime que lorsque l'on parle d'évènements mettant en jeu les vies humaines, et ayant donc un fort impact émotionnel, il faut être très prudent.

vendredi, mars 2 2012

La publication de résultats scientifique, vue par la République des Pyrénées

On me signale cet article qui évoque un jeune chercheur, semble-t-il amateur, se penchant sur le déchiffrage de symboles préhistoriques.

Premier extrait :

L'ethnologue, E.L., a mis en ligne sur internet ses recherches le 1er février dernier, date de son anniversaire. Dans un carnet et une vulgarisation pédagogique de 24 pages en bande dessinée.

Deuxième extrait :

« L'Ossau dispose depuis le Bénou du plus grand panoramique, dès lors que le triangle fertile s'appuie sur les Pyrénées comme points de calcul », précise E.L. qui a transmis sa découverte au CNRS.

Commençons par cette dernière phrase. « Transmettre une découverte au CNRS » n'a guère de sens. Le CNRS est un organisme composé d'une multitude de laboratoires sur des thèmes variés, et dans chaque laboratoire il y a des chercheurs (du CNRS ou d'autres organismes, notamment des universités) disposant d'une grande autonomie scientifique. Autrement dit, vous adresser au CNRS en tant qu'organisme au sujet d'un problème scientifique n'a guère de sens : au niveau du siège du CNRS, vous trouverez des services administratifs, de communication ou de gestion scientifique de l'organisme, mais il n'y a personne chargé de réceptionner des « découvertes » ; il conviendrait plutôt de s'adresser à un chercheur spécialiste du domaine concerné. Peut-être est-ce que ce jeune chercheur a fait, mais ce n'est pas l'impression que donne l'article.

Insistons : « le CNRS » en tant que tel n'a aucun avis sur les découvertes scientifiques. Un chercheur au CNRS peut avoir un avis sur une découverte, un autre peut en avoir un autre, et en aucun cas ils ne sont tenus par une quelconque « ligne du Parti ».

Revenons maintenant au premier paragraphe. Le processus usuel de la diffusion de découvertes ou d'inventions scientifiques est le suivant :

  1. Optionnellement, le scientifique évoque ses travaux dans des séminaires, exposés, conférences, et recueille les avis et observations de ses collègues.
  2. Il écrit un ou plusieurs articles qui résument ses découvertes et inventions, ainsi que des justifications sérieuses permettant d'établir leur correction et leur véracité (par exemple, s'il affirme avoir fait une expérience, il doit la décrire avec suffisamment de détail pour qu'un collègue du domaine puisse la reproduire).
  3. Il envoie ces articles à des revues savantes spécialisées (par exemple, si vous travaillez sur les algorithmes, vous pouvez envoyer votre article à Transactions on Algorithms, une revue savante internationale sur ce sujet).
  4. La revue fait expertiser les travaux par des experts du domaine (par exemple, si vous travaillez sur la lactation chez la génisse, on enverra les travaux à des experts de lactation chez la génisse).
  5. Les experts vérifient que les choses sont, sinon exactes et correctes, du moins plausibles et bien justifiées, originales (vous ne pouvez pas republier des travaux déjà faits), et bien expliquées ; sinon, le scientifique doit revoir votre copie.
  6. Les travaux sont publiés. Les autres scientifiques du domaine, ou de domaine proche, peuvent éventuellement lancer un débat à leur sujet, comparer votre approche avec celle d'autres personnes, lancer des vérifications...
  7. Au bout d'un certain temps, le consensus de la communauté scientifique se forme.
  8. In fine, ces nouvelles découvertes et inventions peuvent prendre place dans l'enseignement et la vulgarisation.

De nos jours, un processus plus rapide existe : au lieu d'envoyer son article à des revues et attendre l'expertise et la publication (qui peuvent prendre de quelques mois à plusieurs années), le scientifique le met en ligne, par exemple sur un site comme arXiv. Le débat scientifique peut alors débuter.

En revanche, il est généralement mal vu de vouloir communiquer directement auprès du grand public et des médias en court-circuitant les étapes précédentes. Pourquoi ?

Il est inévitable, et tout à fait humain, que des scientifiques et, a fortiori, des amateurs, commettent des erreurs ou du moins aient raisonné avec trop de légèreté. Même dans des domaines très « exacts » comme les mathématiques, il arrive que des scientifiques chevronnés croient tenir une découverte, pensent avoir prouvé un fait, et que c'est lors des exposés, de l'expertise avant publication, ou des débats après publication que l'on découvre des faiblesses dans l'argumentation, voire que l'on débusque un résultat faux.

S'adresser d'abord au grand public et aux médias, c'est donc agir comme si l'on ne pouvait pas se tromper et ignorer d'avance toute critique, y compris constructive, du reste du monde scientifique.

Par ailleurs, je relève que j'ai souvent lu dans les médias des histoires d'amateurs faisant des découvertes que les spécialistes n'avaient pas faites, mais il me semble que la plupart du temps, la baudruche se dégonfle. (*) Un minimum d'éthique du journalisme aurait donc dû imposer un peu de prudence à la République des Pyrénées. Mais sans doute le but de cet article n'est pas de parler de science, mais de raconter une histoire autour d'un historien amateur local...

(*) À l'exception des astronomes amateurs chevronnés, qui parfois « tombent » sur un phénomène inhabituel.

Les services secrets français nous espionnent !

On me signale cet article.

Morceaux choisis :

  1. La DCRI dispose d’une équipe de serruriers… du net. Des informaticiens capables de voyager dans le temps en retrouvant tout ce qui a été tapé sur un clavier jusqu’à un million de caractère en arrière
  2. David (officier de la DCRI) nous donne quelques explications : « Maintenant, nous n’avons plus besoin de partir avec l’ordinateur, nous siphonnons le contenu à distance. Il y a des gens chez nous, à la section R, qui font ça très bien. Si la cible ne se connecte jamais sur Internet, ni sur Wi-Fi, nous devons aller sur place pour faire un double du disque dur. Une opération rapide et indolore. »
  3. Ce modèle réduit des grandes oreilles américaines (Echelon), que de mauvaises langues ont baptisé Frenchelon, fonctionne grâce à des Cray, les plus puissants des ordinateurs, capables de filtrer des millions de messages en permanence à l’aide de mots clés.

Dois-je commenter ?

PS Deux co-auteurs de ce livre, Olivia Recasens et Christophe Labbé, s'étaient également illustrés il y a quelques années par un article dans Le Point « Wikipédia, une encyclopédie pas si Net », que j'avais jugé plutôt biaisé et mal informé.

Mes commentaires :

  1. Impossible en général mais facile avec un dispositif électronique installé dans le connecteur clavier ou un logiciel espion « keylogger ». Nécessite une intervention sur la machine ciblée (pour le logiciel espion, intervention éventuellement à distance en profitant d'un trou de sécurité).
  2. Possible à distance en utilisant des trous de sécurité sur la machine cible. Sinon, copier sur place est évidemment possible, par exemple en démarrant la machine sur un système d'exploitation externe. Attention : avoir un double du disque dur ne vous aide nullement si celui-ci est chiffré et que les clefs de chiffrement sont gérées avec soin.
  3. Je ne vois pas trop l'intérêt d'utiliser des supercalculateurs type Cray, conçus pour le gros calcul scientifique, pour des recherches de texte et du cassage de chiffrement simple. Il me semble que chez Google, on n'utilise pas de supercalculateurs, mais tout simplement une énorme quantité de PC assez ordinaires. Par ailleurs, si Cray fabriquait effectivement il y a 25 ans les supercalculateurs parmi les plus puissants du monde, ce n'est plus forcément le cas de nos jours ; je me permets par ailleurs de douter que la DCRI se paye un Cray XT5 (ce genre d'engins est plus utile pour calculer des armes nucléaires que pour espionner des communications).

Bref, pas totalement n'importe quoi, mais me semble largement romancer les choses — on se croit dans du sous-Tom Clancy.

mercredi, janvier 18 2012

Les scientifiques ne comprendraient pas le journalisme

Je lis chez le Guardian que les scientifiques ne comprendraient pas le journalisme. En résumé, les scientifiques insisteraient pour que les articles contiennent des précisions et des réserves qui n'intéressent pas le lectorat de la presse, et si on suivait leurs suggestions, personne ne lirait les articles traitant de science tellement ils seraient ennuyeux.

Il me semble, au contraire, que la plupart des scientifiques comprennent que le but du journaliste est d'attirer le lectorat, mais que, simplement, ils ne sont pas d'accord avec les moyens, ou avec la nécessité de raconter des fadaises pour retenir le lecteur.

Il me semble également pertinent de rappeler que, en France du moins, la grande presse quotidienne nationale généraliste est déficitaire et ne tient que grâce à des subventions (il me semble que le seul quotidien parmi l'Humanité. la Croix, le Figaro, le Monde et Libération qui ne soit pas en péril est le Figaro, et encore uniquement parce qu'ily a Dassault derrière et un business Internet et communication autour du journal). Ce que l'on nous répète, c'est que la presse c'est comme ça et que ce doit être comme ça parce que c'est ce qui plaît aux lecteurs, mais justement, les lecteurs boudent cette presse-là...

(NB : J'essaye, pour ma part, de différencier ce que je dis à titre d'opjnion ou d'appréciation personnelle, soit la plus grande partie de ce blog, ce que je dis à titre d'expert professionnel, soit mes publications scientifiques et une partie de ce blog, et la version « en gros pour donner l'intuition » de mes connaissances professionnelles.)

samedi, janvier 14 2012

Grave contresens au Monde.fr

Le site leMonde.fr, affilié au quotidien Le Monde, publie un article au sujet des militaires américains qui auraient uriné sur des cadavres d'afghans. On y trouve en tête d'article cette phrase, attribuée à Eleanor Roosevelt :

"Les marines que j'ai rencontrés à travers le monde ont les corps les plus sains, les esprits les plus vils, la morale la plus haute et les mœurs les plus basses de tous les groupes d'animaux qu'il m'ait été donné de voir."

J'ai trouvé curieuse l'opposition affichée entre la morale la plus haute et les mœurs les plus basses, et j'ai voulu remonter à la citation originale. Heureusement, l'article — je lui reconnais volontiers ce mérite — comportait un lien vers un article du Christian Science Monitor d'où il avait repris la citation. L'original anglais est :

“The Marines I have seen around the world have the cleanest bodies, the filthiest minds, the highest morale, and the lowest morals of any group of animals I have ever seen,”

Mme Roosevelt joue sur l'opposition entre morale (le moral) et morals (la morale, les mœurs), opposition qui se traduit fort bien en français... tandis que la traduction de l'article de LeMonde.fr commet un grave contre-sens.

Ah, Le Monde, ce journal qui nous a gratifié encore ce week-end d'un grand article sur les approximations et erreurs de Wikipédia...

PS Le blog ¡ No Pasarán ! mentionne une autre erreur du Monde, qui affirme

« Quant aux fameux « trolls », les vandales et farceurs du Net, ils sont désormais repérés plus vite quand ils changent le second prénom de George W. Bush, Walter, en « Wanker » (branleur) »

Le deuxième prénom de George W. Bush est Walker, avec un k, et non Walter ; ce prénom est également le troisième de son père l'ancien président George Herbert Walker Bush, George Herbert Walker étant le nom d'un des grands pères de ce dernier.

vendredi, décembre 2 2011

Privilèges

Dans les Les jeux du pouvoir : Portraits, moeurs et vanités, un haut fonctionnaire (probablement du Ministère de l'Éducation nationale) écrivant sous le pseudonyme de Jean de la Fougère écrit, à l'entrée « Privilège », p. 78 :

Le ministre de l'enseignement supérieur demande, en octobre, que l'on s'assure que les enfants des journalistes influents ont bien une place dans l'université qu'ils souhaitaient. Ce n'est pas une condition suffisante pour que la rentrée universitaire se passe bien, mais c'est une condition nécessaire.

J'avoue avoir été quelque peu charmé par la façon toute mathématique de bien distinguer les conditions nécessaires des conditions suffisantes ; les mathématiques, voilà bien le rempart contre la chienlit. Sinon, le fond des propos rapportés vous paraît-il réaliste ? J'aurais trop peur que ce blog soit encore accusé de poujadisme, anti-élitisme, hostilité gratuite envers les vedettes du journalisme, etc.

Au passage, on peut dire ce que l'on veut des grandes écoles, mais au moins, avec un recrutement sur concours, dont les épreuves écrites sont anonymisées, on limite le rôle du piston.

mardi, novembre 22 2011

D'après plusieurs universitaires

Une collègue de l'Université Joseph Fourier faisait des expériences de géophysique sur le terrain quand elle a été aperçue par un collaborateur du Dauphiné Libéré, à qui elle a répondu précisément et de bonne grâce. Quelques jours plus tard, est paru un article truffé d'erreurs et surtout agrémenté des théories géologiques personnelles de son auteur, qu'il faisait passer sous caution académique. L'université n'a pas réagi : toute publicité est bonne à prendre...

Un autre collègue, de l'INRIA, a été interviewé à propos de la fiabilité de l'informatique embarquée, notamment dans les automobiles. À un moment, on l'a interrogé sur l'accident fatal de la princesse Diana. Cet unique extrait a été ensuite utilisé dans un reportage télévisé, afin de dire : « D'après l'expert, cela pourrait être dû à un problème informatique. »

Autant dire que lorsque je lis dans La Montagne

« D’après plusieurs universitaires, la place croissante de la télé et des jeux vidéo explique en grande partie cette montée des violences chez les jeunes. »

je ne peux que me demander qui sont ces fameux « universitaires » il est fait référence.

  1. Ces universitaires existent-ils vraiment et ont-ils réellement dit ce qu'on leur fait dire ? Après tout, si un collaborateur du Dauphiné Libéré peut rajouter ses élucubrations à un article sur des expériences de géophysique, un journaliste de la Montagne peut fort bien rajouter ses théories psychologiques.
  2. S'exprimaient-ils dans leur domaine de compétence ? Je me rappelle du cas d'une maître de conférence en anglais et civilisation américaine (qui insistait fortement sur ce titre) qui voulait à toute force faire valoir ex officio son point de vue... sur la biographie Wikipédia d'un pédopsychiatre.
  3. Leurs théories ont-elles fait l'objet de publications sérieuses, validées par des comités éditoriaux, de préférence à échelle internationale ? Rappelons que dans les milieux scientifiques, les théories ne sont reconnues qu'une fois confirmées par la démonstration mathématique (non applicable ici) ou l'expérience.

Citez vos sources. Avec le Web et les hyperliens, il n'y a absolument aucune excuse pour ne pas donner de références précises.

S'il ne s'agit que d'expériences avec des étudiants dans la banlieue grenobloise, ce n'est pas très grave. Mais là, la Montagne joue sur l'émotion légitime de la population face à un drame pour fournir des explications sans doute très simplistes, et qui vont inquiéter à tort de nombreux concitoyens. Rappelons-nous qu'avant les jeux vidéo et l'Internet responsables des viols et meurtres, il y a eu le heavy metal (voir l'affaire Judas Priest dans les années 1980 aux États-Unis) et les jeux de rôle... Un peu de responsabilité et de mesure ne serait pas de trop dans le journalisme français.

(NB: Si je veux des opinions d'universitaires sur des sujets divers, il me suffit d'aller à la machine à café de mon laboratoire. Ça ne fait pas un raisonnement scientifique.)

vendredi, juillet 29 2011

AF447 : les pilotes responsables ?

Europe 1 nous dit que le BEA aurait conclu « en substance » que les pilotes étaient « responsables » de l'accident du vol AF447.

Pourtant, si on lit le document rédigé par le BEA, on constate qu'il formule un avis moins tranché. On y rappelle que les vitesses indiquées aux pilotes étaient incohérentes, on y explique qu'en raison de ces incohérences divers automatismes et alarmes ne fonctionnaient pas correctement, on indique que les pilotes présents dans le cockpit n'avaient pas reçu de formation pour ce type de circonstances de vol.

Bref, en substance, d'après le BEA, il ne s'agit pas de la responsabilité des pilotes seuls — nuance qui semble être passée inaperçue chez Europe 1.

(Rappelons au passage qu'Europe 1 fait partie du groupe Lagardère, un des principaux actionnaires d'EADS, donc d'Airbus, société qui a avantage à ce que l'on parle d'erreur humaine et non de vice de conception. Je ne dis pas qu'il y a un lien de cause à effet, juste que ce genre de conflits d'intérêts pose problème.)

lundi, juillet 25 2011

Le journal Le Monde expert en psychologie

Dans son éditorial du 25/07/2011, titré Dans le deuil, Oslo veut rester fidèle à ses valeurs, le journal Le Monde analyse la psychologie et les moyens d'action de l'auteur du récent massacre en Norvège.

Visage veule et arrogant

Il y a eu une époque où il était à la mode de lire la psychologie des gens sur la forme de leur visage ou la forme de leur crâne. C'était au 19e siècle. Depuis, on est un peu plus prudent.

L'homme, qui, deux heures durant, tire de sang-froid à l'arme automatique sur des centaines de jeunes gens pacifiques, et en tue plus de 80, cet homme-là concentre ce que l'époque produit de pire. Breivik est un fanatique narcissique. Il dispose avec Internet d'une plate-forme rêvée pour diffuser ses "idées" - un salmigondis islamophobe et raciste.

Tiens, c'est la faute d'Internet. Mein Kampf a été diffusé par éditions papier, et le nazisme a fait des millions de morts. Breivik était un parfait inconnu qui écrivait sur Internet, et il a fait 80 morts. La victoire est donc au papier. Plus proche de nous, comment ne pas évoquer la propagande de médias tels que Fox News, qui ont poussé à une sanglante et coûteuse guerre en Irak ?

Mais voici l'apothéose :

La pratique intensive des jeux vidéo guerriers a produit chez lui ce que la police appelle une "désensibilisation" à l'acte criminel. Elle brouille les frontières entre le virtuel et le réel, entre les manettes de sa console et la détente de son arme automatique.

Mais bien sûr. Avec un raisonnement pareil, ceux qui comme moi jouaient au lycée à Wolfenstein 3D et à Doom devraient être dangereux et amateur d'armes. De plus, quelle naïveté que de penser que le maniement réel d'une arme automatique soit semblable à celui d'une console de jeux, où le tir est en général très simplifié (pas d'arme lourde à porter, pas de recul, etc.). Sérieusement, l'unique moyen de s'entraîner au tir, c'est de tirer, pas de jouer à un jeu de guerre sur sa console.

On me parle de la crise de la presse, mais, sérieusement, pourquoi aurais-je envie de payer pour lire pareilles réflexions ?

PS: Le site LeMonde.fr, pour une fois meilleur que le journal auquel il est associé, propose une analyse plus mesurée.

PS² : Ce billet provoque des échanges vifs sur le blog d'Aliocha (journaliste économique, si j'ai bien suivi).

Temperatures near boiling point

Dépêche de l'Associated Press : les températures dans le Nord-Est des États-Unis égaleraient ou dépasseraient le point d'ébullition.

The extreme heat that's been roasting the eastern U.S. is only expected to get worse, and residents are bracing themselves for temperatures near and above boiling point. (...) The high temperatures and smothering humidity will force up the heat indexes. Boston's 99 degrees on Friday could feel like 105 degrees; Philadelphia's 102 degrees like 114 degrees and Washington, D.C.'s 103 degrees may seem the same as a melting 116 degrees.

Les températures citées sont en degrés Fahrenheit. La température citée la plus élevée est de 103⁰F, soit 39,4⁰C, et est censée être ressentie comme une température de 116⁰F, soit 46,6⁰C, en raison de l'humidité importante (impression de suffocation).

La température d'ébullition de l'eau (*) est de 100⁰C (au niveau de la mer, elle est un peu inférieure en altitude). Heureusement que la température ambiante ne l'approche pas, sinon les êtres vivants seraient tués. La température de 100⁰F correspond à une température de 37,7⁰C, soit celle d'un humain avec une très légère fièvre.

Il semble que les journalistes de l'Associated Press aient confondu degrés Celsius et Fahrenheit, et n'aient pas vu qu'une température proche de l'ébullition signifierait la mort.

Encore une fois, heureusement que pareille bourde n'ait pas été trouvée sur Wikipédia, sinon nos amis de Wikigrill, ou toute autre rubrique du même genre, s'en seraient gobergés. On aurait parlé d'amateurisme, sans doute, voire d'erreurs niveau collège. Là, on ne parlera que d'une regrettable maladresse, exceptionnelle.

(*) Quand on parle d'ébullition, c'est par défaut celle de l'eau, et non par exemple celle de l'azote, à -196⁰C, température qui elle aussi signifie la mort, mais une mort différente.

lundi, juillet 11 2011

Voyages tous frais payés

Une amie, journaliste dans la presse magazine de loisirs, m'explique qu'elle ne se déplace qu'aux frais des importateurs, producteurs, fabricants, éditeurs etc. des produits sur lesquels elle écrit des articles, que ce soit pour aller dans des salons professionnels ou pour assister à des présentations. Cela lui a permis d'aller dans des endroits aussi divers que Chicago, Dubaï ou Londres.

Je l'ai interrogée sur d'éventuels problèmes d'objectivité ou de conflits d'intérêts que ce genre de voyages pourraient poser, elle m'a dit qu'elle n'en voyait pas.

Évidemment, les sujets sur lesquels elle travaille sont futiles (au sens de : acheter l'un ou l'autre n'aura pas de conséquence importante pour le consommateur), et on pourrait penser que la presse « sérieuse » travaillerait différemment. Hélas, nous pouvons avoir des toutes à la lecture de la page 3 du Canard Enchaîné du 29 juin dernier, qui nous explique comment le régime tunisien savait prendre soin des éminences journalistiques françaises.

mardi, juin 7 2011

Erreur chez France Soir au sujet de la nationalité

Je n'achète pas France Soir, mais parfois j'en trouve un exemplaire gratuit. Il y a une semaine, France Soir prétendait informer le lecteur sur la double nationalité, sous le titre « Double nationalité : mode d'emploi. »

J'y lis :

La nationalité française donne notamment accès aux métiers de la fonction publique, dont les étrangers sont exclus.

à Non. La règle générale pour les fonctionnaires est qu'ils doivent être français ou citoyens de l'Espace économique européen ou de la Suisse (je crois que, précédemment, la règle était : citoyens de la Communauté économique européenne, mais je n'en suis pas sûr). Il fut un temps où la règle était effectivement que les fonctionnaires devaient être français, mais cela remonte à je ne sais combien de décennies...

La restriction aux français uniquement ne s'applique aujourd;hui qu'aux emplois de souveraineté (si je ne m'abuse, essentiellement police, justice, défense, affaires étrangères, et encore pas à tous les niveaux de responsabilité).

Par ailleurs, certains emplois sont ouverts sans condition de nationalité (chercheurs scientifiques, enseignants-chercheurs des universités, etc.) : il s'agit d'emplois à très hauts niveaux de qualifications, pour lesquels on prétend attirer en France le meilleur choix au niveau mondial.

Je connaissais tout cela avant de lire l'article de France Soir, mais il ne m'a fallu que 2 minutes sur Google pour confirmer. Ah, j'oubliais : c'est sur Internet qu'on apprend des erreurs !

(Des gens peut être un peu élitistes me soufflent que de toute façon le lectorat cible de France Soir n'a pas été à l'université ou du moins ne s'est jamais demandé comment on recrutait les scientifiques en blouse blanche qui passent à la TV, que pour eux la fonction publique c'est principalement la police, et les étrangers principalement les maghrébins.)

lundi, mai 30 2011

Alternate law

Je lis dans le Guardian (Air France crash inquiry details pilots' battle for survival, 27 mai 2011) :

At this point the co-pilot was heard saying "we've lost the speeds" and "alternate law", which signals the autopilot has been disengaged.

Un grand nombre de nos concitoyens semblent considérer que les avions modernes se pilotent comme ceux d'il y a 30 ans, à l'époque de la série des Airport : soit l'avion est piloté manuellement, soit il est en « pilote automatique » et se dirige tout seul sur un cap préréglé, vers une altitude désirée etc.

En réalité, les avions de ligne modernes (Airbus à partir de l'A320, Boeing à part du 777...) sont dotés de commandes de vol électriques. Sur un Airbus, le pilote agit sur une sorte de joystick, qui est connecté à des calculateurs, lesquels commandent les gouvernes. En pilotage habituel, même sans pilote automatique pour suivre une trajectoire, l'avion est en « loi normale», c'est à dire que les actions des pilotes sont filtrées par les calculateurs afin d'éviter des manœuvres dangereuses et que les calculateurs peuvent prendre certaines mesures d'urgence. Lorsque les calculateurs ne comprennent plus très bien ce qui se passe, ils passent en « alternate law », où ces protections sont réduites.

Ce qui est arrivé est donc plus grave que la perte du pilote automatique.

(Les curieux pourront par exemple se rapporter au Avionics Handbook, Cary Spitzer ed.)

Apportons la civilisation aux sauvages de l'Internet

Il y a quelques temps, j'ai été interviewé par une dame, journaliste au Monde, qui m'interrogeait sur les éventuels partenariats entre Wikimedia et des musées français. Cette dame s'étonnait de ce que je me sois penché sur ce sujet, et même que j'aie un avis à fournir, de part « ma formation ».

Parallèlement, cette même personne me parlait de « droits patrimoniaux » en matière d'œuvres artistiques en attachant à cette expression un sens qui n'était assurément pas celui indiqué dans le Code de la propriété intellectuelle. Elle avait également du mal à comprendre que la grande raison pour laquelle Wikimedia Commons ne peut proposer d'image libres d'œuvres d'art moderne, par exemple celles du Musée Guggenheim, c'est que ces œuvres sont récentes (par définition) et donc couvertes par le droit d'auteur, qui persiste en Europe 70 ans après la mort des artistes.

Les formations scientifiques insistent sur la nécessité de s'informer et de lire la documentation sur un sujet avant d'en parler. Il est possible que cela ne soit pas le cas des formations en journalisme, qui, paraît, sont tournées vers des apprentissages techniques et pratiques (rédiger un article en respectant les canons de la « pyramide inversée », faire une interview...). Il est vrai qu'une bonne partie des journalistes français n'ont de toute façon pas suivi de formation au journalisme. (*)

(*) Cf p.ex. Pour une analyse critique des médias, Édition du Croquant

vendredi, mai 20 2011

Fact-checking ? This is so passé.

A number of respected French and American newspapers have claimed, when discussing the Dominique Strauss-Kahn case, that France and the United States had no extradition treaty — for instance,  Le Monde, May 18, 2011 "La détention de DSK, un échec pour la défense", the New York Times(Judge denies bail to I.M.F. Chief in Sexual Assault Case), and now the Chicago Tribune (Strauss-Kahn case raises issue of diplomat abuse in U.S.).

The problem is, they do.

It took me five minutes to find the French text of the extradition treaty between France and the United States; and a few more minutes to see that  18 U.S.C § 3181 lists France among the countries with which the United States has extradition treaties.

It is quite evident that none of the journalists reporting on the case, none of the editorialists commenting on it, bothered to run basic checks on this simple fact, nor did any of the staffers at their institutions. I've often read the claim that quality newspapers, contrary to, for instance, "Internet sources", have staff dedicated to fact-checking; then how could such a glaring error, detectable by a few minutes of Googling, get through?

On Tuesday, May 17, I emailed the New York Times. I got an automated answer and no further acknowledgement. The answer claimed that if I pointed to an error, a correction would be printed as soon as possible. So far, I've not seen a correction appear.

Note that this is an important case, with international repercussions, and that the erroneous fact can be checked within minutes ; one would therefore have expected some rigor. One can therefore have serious doubts that facts about less important individuals or organizations, which may be more difficult to check, are most probably not checked at all.

Now where did the confusion stem ? France and the United States do have an extradition treaty, but this treaty authorizes either country to refuse to extradite its own citizens. It is the policy of France not to extradite its own citizens, but instead to prosecute them for their (serious) crimes committed abroad, provided that enough information is provided by the authorities where the crime was committed. For some reason, the state of California did not avail itself of this possibility in the Polanski case; this does not imply that, had Mr Strauss-Kahn successfully landed in France, he would have evaded justice.

mardi, mai 17 2011

Quelques remarques sur la couverture médiatique de l'affaire DSK

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dimanche, mai 15 2011

Le prix de la chambre de DSK

L'affaire DSK est suffisamment incroyable pour qu'on ne rajoute pas de supputations et d'hypothèses parasites. Je voudrais cependant faire une observation factuelle.

On affirme que DSK occupait une suite facturée 3000$ la nuitée. Or, les tarifs annoncés sur le site de Sofitel sont plutôt de l'ordre de 350€ pour les suites.

J'ai parfois constaté que les tarifs affichés dans les hôtels destinés aux voyageurs d'affaire sont bien supérieurs à ceux effectivement consentis lors d'une réservation Internet ; ces tarifs sont donc une borne supérieure et non une indication des prix réellements pratiqués. De plus, j'ai du mal à concevoir un tel écart.

Quelqu'un de plus familier que moi avec les hôtels de luxe peut-il m'en dire plus ? S'agirait-il de la « suite impériale », aux tarifs non précisés ?

(La morale de cette histoire est que j'ai bien fait de crier de ne pas entrer la dernière fois que la femme de ménage a voulu rentrer quand je sortais de la douche...)

L'affaire DSK vue par MSNBC

L'arrestation de Dominique Strauss-Kahn fait la une du New York Times. Elle est également annoncée en bonne position par la chaîne MSNBC. Relevons cette perle :

Strauss-Kahn is the leader of France's Socialist party, and party spokespeople could not be reached for comment.

En consultant, par exemple, Wikipédia, les journalistes de MSNBC auraient pu voir apparaître le nom de Martine Aubry. S'ils s'étaient renseignés plus avant, ils auraient su que la question de qui sera le leader socialiste n'est justement pas réglée.

Où est le bouton « corriger » ? Où peut-on envoyer un message pour signaler une erreur ?

Tout ce que je vois, c'est un forum avec plus de 600 commentaires du style « ces français ne peuvent se contenir », « j'espère que cette pourriture d'européen se prendra le maximum, ces français se croient tout permis », « nous aurions dû laisser les Allemands avoir la France il y a longtemps de  cela, comme cela nous n'aurions pas à supporter cette merde ; salauds sans tripes ». On ne peut pas dire que cela incite à la contribution...

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