La vie est mal configurée

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mercredi, juin 28 2017

Experts en cybersécurité

J’apprends qu’une émission de télévision a interrogé Alain Bauer au sujet des récentes cyberattaques.

Les organismes de recherche français (CNRS, INRIA, CEA, universités, écoles d'ingénieurs…) ainsi que des services gouvernementaux (ANSSI, DGA-MI...) ont des experts en sécurité informatique.

Ceux-ci ne sont pas forcément difficiles à trouver. Une recherche Google sur « CNRS sécurité informatique » donne en premier choix l’adresse d’un colloque « Sécurité informatique, mythes et réalité ». On y trouve très rapidement le nom d’intervenants tels que Gildas Avoine, Marc-Olivier Kiljian, le colonel de gendarmerie Éric Freyssinet, Jean-Yves Marion, etc. On peut aussi tout simplement penser à Guillaume Poupard, le directeur de l'ANSSI.

On peut donc se demander pourquoi on ne fait pas appel à eux. Se pourrait-il que ce soit parce que les scientifiques et les vrais experts ne parlent pas avant de s’être renseignés ?

dimanche, février 26 2017

La vulgarisation doit citer les études scientifiques auxquelles elle se réfère

La vulgarisation scientifique ou technique doit-elle mentionner ses sources, articles ou rapports de recherche ? Pour certains, dont Cécile Michaut, non, si elle s'adresse au grand public : seule une faible fraction de celui-ci pourrait tirer partie de la lecture de ces articles, et les autres pourraient se sentir exclus ou intimidés. Pour d'autres, il s'agit non seulement de permettre à la minorité ayant les compétences d'approfondir le sujet, mais surtout d'une condition indispensable d'honnêteté intellectuelle.

Il m'arrive que l'on me pose des questions au sujet d'informations publiées dans la presse dans des domaines où l'on pense que j'ai quelque compétence (sécurité informatique…). Très souvent, je ne peux rien répondre sinon des généralités, car je n'arrive pas à attacher un sens précis à l'article de presse. J'apprécierais alors d'avoir la source originale à disposition.

Je voudrais toutefois aller plus loin que ce simple constat, et me livrer à une petite digression épistémologique (ce pour quoi je ne suis pas qualifié, n'étant pas philosophe !). Karl Popper proposait comme critère pour déterminer si une affirmation est scientifique qu'elle soit réfutable, c'est-à-dire qu'elle soit formulée d'une façon qu'il soit possible d'en discuter la véracité et le cas échéant de la réfuter. L'affirmation « Pénélope Fillon avait un emploi fictif » est réfutable, en fournissant des preuves (témoignages, documents…) d'un travail effectif — il faut bien entendu différencier réfutable de réfutée, c'est-à-dire que l'on apporte effectivement ces preuves. À l'inverse, l'affirmation « il existe des dieux qui vivent dans un univers parallèle au nôtre, mais qui n'interviennent pas dans le nôtre » n'est pas réfutable, puisqu'il est impossible de concevoir une possible preuve qu'elle est fausse.

Si un texte est écrit de façon si vague que l'on ne puisse savoir ce qu'il veut dire, alors il est irréfutable, car il est impossible de le prendre en défaut. Si un article de vulgarisation me dit qu'une étude publiée par tels auteurs sous tel titre aboutit à telle conclusion, cette affirmation est réfutable : on peut se rapporter à l'étude et avoir un débat si celle-ci aboutit ou non à la conclusion prétendue. Si en revanche on me dit qu'une « étude américaine » aboutit à une certaine conclusion, cette affirmation n'est pas réfutable — je ne peux pas consulter l'entièreté des études publiées sous une forme quelconque par des américains et vérifier si l'une d'entre elles n'aurait pas une conclusion de ce genre.

Celui qui s'exprime de façon vague ne prend guère de risque, de même d'ailleurs que celui qui, a posteriori, invoque la nécessité d'une nécessaire interprétation métaphorique de ses propos. Il ne peut jamais avoir tort !

Revenons à la question de la vulgarisation scientifique. Je fais plus confiance à un article qui cite précisément l'étude sur laquelle il s'appuie qu'à un article qui ne le fait pas précisément parce qu'il s'expose à la critique, à la réfutation, par des experts. L'auteur s'estime suffisamment assuré de ses propos pour cela. À l'inverse, celui qui parle sans source et dans le flou veut peut être dissimuler ses approximations ou extrapolations.

lundi, janvier 26 2015

Une petite erreur et comment la signaler ?

Cet article du Monde Science & Techno évoque la création d'un nouveau format de fichier, basé sur les mêmes idées générales que JPEG, mais en plus raffiné et qui permettrait de stocker les images en deux fois moins de place, à qualité égale.

L'article évoque le concepteur du format, Fabrice Bellard, comme « un jeune ingénieur télécoms français ».

D'après sa biographie dans Wikipédia, Fabrice Bellard est né en 1972 et est rentré à l'École polytechnique en 1993. Même si on ne fait pas confiance à Wikipédia (insérer ici le couplet sur le manque de fiabilité), il est aisé de vérifier dans le Journal Officiel que Bellard a été diplômé de l'X en 1996 et de Télécom en 1998. Ceci est cohérent avec une entrée à l'X en 1993, donc avec une naissance en 1972.

Autrement dit, Fabrice Bellard a aux environs de 42 ans. Ce n'est pas ce à quoi je songerais en lisant « jeune ingénieur télécoms » — on imaginerait plutôt quelqu'un fraîchement sorti de l'école.

Cette erreur est de peu d'importance. Ce qui me paraît en revanche assez significatif, c'est qu'il n'y a aucun moyen de la signaler. Le site du Monde ne comporte aucune indication claire d'adresse ou de mécanisme de contact pour signaler une erreur factuelle, aucune indication de courrier électronique des journalistes, et le journaliste concerné n'a semble-t-il pas de compte Twitter.

Bien entendu, on peut sans doute contacter le Monde par courrier papier, mais, à moins d'être directement concerné par l'erreur commise (et alors il faut sans doute mieux envoyer en recommandé + accusé de réception…), on s'épargnera pareilles formalités !

On comparera avec la clarté des mécanismes de contact de Wikipédia.

mercredi, décembre 24 2014

Pressurisation et contresens

Parmi les articles publiés à l'occasion de la livraison de l'A350 XWB, trois ont défavorablement retenu mon attention, l'un dans le Monde, l'autre dans BusinessTravel.fr, l'autre enfin de l'Agence de presse Xinhua, en raison des passages suivants :

« Sa pressurisation moindre a permis d’installer des hublots plus grands »

« Les matériaux composites sont également plus résistant ce qui a permis de diminuer la pression de la cabine: dans les cabines du B787 et de l'A350, elle correspond désormais à une altitude de 6000 pieds [1800 m] contre 8000 pieds [2400 m] pour les avions d'ancienne génération. »

« Grâce à une pressurisation moins importante, les passagers bénéficieront de hublots plus grands »

Rappelons ce qu'est la pressurisation. Les avions de ligne à réaction volent à des altitudes de l'ordre de 10000 m, où la pression atmosphérique est si faible qu'un humain s'y asphyxierait, sans parler de températures de -50⁰C. En conséquence, les systèmes de l'avion entretiennent à l'intérieur de l'avion une ventilation à une pression compatible avec la respiration humaine, équivalente à celle présente à une altitude de 1500 à 2400 m suivant les modèles. C'est ce que l'on appelle la pressurisation. C'est en cas de problème de pressurisation que les fameux masques à oxygène doivent tomber pour secourir les passagers. C'est cette différence entre la pression de l'air extérieur au moment de l'embarquement et celle entretenue dans l'avion qui provoque les douleurs aux oreilles lors de la montée et de la descente.

L'air à l'intérieur de l'avion étant à une pression supérieure à celle de l'air extérieur, il appuie sur la paroi de l'avion, y compris les hublots, et ce d'autant plus que la pression y est forte, autrement dit, d'autant plus que l'altitude équivalente est plus faible. Autrement dit, obtenir une pression simulant une altitude inférieure, pour le confort et la santé des passagers, produit plus de contraintes sur le fuselage, qui doit donc être plus résistant. De même, augmenter la taille des hublots exige un fuselage plus résistant.

On comprend donc que ces trois articles commettent d'importants contresens, et ce sur des points relevant de connaissances de physique élémentaires, enseignées, il me semble, dans le secondaire. Les similarités entre le premier et le troisième suggèrent la reprise de fragments d'une même dépêche, peut-être mal traduite.

mardi, novembre 4 2014

Capital nous parle de nominations au CNAM

Je m'excuse d'avance auprès de mes lecteurs : je vais encore me plaindre des contresens et approximations de journalistes, qui plus est sur un domaine qui me concerne professionnellement puisqu'il s'agit du recrutement des professeurs de l'enseignement supérieur. Voyons l'article de Capital sur l'annulation de la nomination de Jean-Louis Missika au CNAM.

Commençons par le titre « Le Conseil d’État annule la nomination d’un prof de fac par François Hollande ». Le problème, justement, est qu'il ne s'agit pas de la nomination d'un « prof de fac » (d'un professeur dans une université, donc, statutairement, d'un professeur des universités), mais de la celle d'un professeur d'un statut particulier dont les procédures de recrutement permettent plus d'intervention politique. Contresens dès le titre, donc…

Continuons.

« Pour être nommé professeur d’Université, il faut être titulaire d’un doctorat d’État. »

Le doctorat d'État n'existe plus depuis 1984, il a été remplacé par l'habilitation à diriger les recherches (HDR).

« La quasi-totalité des professeurs travaillent donc pendant des années sur une recherche avant de rédiger une thèse et de la soutenir. [Jean-Louis Missika] s’est contenté, lui, d’une « thèse sur travaux ». Ce genre d’échappatoire est réservé aux personnes qui ont publié des travaux tout à fait remarquables et cependant pas universitaires. [...] Mais de quels travaux remarquables peut se prévaloir Jean-Louis Missika ? En tout cas, il est pour le moins curieux de voir quelqu’un diriger des travaux de recherche alors qu’il n’en a lui-même réalisé aucun… »

Par définition, un doctorat est accordé sur la base de la présentation de travaux de recherche, que ceux-ci soient présentés sous la forme d'une thèse classique (une monographie sur les recherches du candidat) ou par rassemblement de travaux. Ce qu'insinue Capital est grave : qu'un jury aurait accordé le grade de docteur à Jean-Louis Missika en l'absence de travaux de recherche.

Je relève par ailleurs dans le SUDOC la présence d'une thèse de doctorat en gestion soutenue en 1985 à l'Université de Paris-9 Dauphine au nom de Jean-Louis Missika, ayant pour titre

Les changements introduits par les technologies de l'information et de la communication dans les cadres d'analyse et les systèmes de représentation de l'activité économique de l'entreprise et du travail.

Je n'ai pas accès à ce document et ne prétends pas non plus avoir la compétence pour évaluer de sa qualité au regard de la discipline de soutenance… mais je me permets de douter que les journalistes de Capital l'aient lu et aient cette compétence. En tout état de cause, Jean-Louis Missika semble titulaire d'un doctorat (en revanche, il n'est pas clair s'il s'agit d'un ancien doctorat de troisième cycle, d'un doctorat nouveau régime ou d'un doctorat d'État, seul le dernier permettant, sans habilitation à diriger les recherches, le recrutement comme professeur des universités).

Continuons.

« Pour être enfin nommé officiellement et toucher son salaire de professeur d’université (5 000 euros par mois) »

La grille indiciaire des professeurs du CNAM n'est pas celle des professeurs des universités : sa classe normale équivaut à celle de la première classe des professeurs des universités (tout professeur des universités n'atteint pas forcément la première classe). La rémunération brute mensuelle de cette classe normale s'étage entre 3800€ et 5390€. J'ignore par quel mécanisme M. Missika pourrait être nommé directement à la fin de cette classe normale, voire à la classe exceptionnelle, ou de quelles primes et indemnités insoupçonnées il pourrait bénéficier pour atteindre les 5000€ annoncés. Le lecteur peu au fait des rémunérations réelles de la fonction publique pourrait d'ailleurs, à la lecture de cet article, surestimer grossièrement la paye des professeurs des universités, dont je rappelle que la grille des rémunération commence vers 3000€ brut.

Pour plus de détails sur les motifs de l'annulation du recrutement de Jean-Louis Missika, on pourra par exemple se rapporter à la décision du Conseil d'État ; je ne m'étonne plus que les médias qui la commentent ne prennent même pas la peine de mettre un lien vers elle !

En tout état de cause, et outre les contresens et approximations relevées ci-dessus, l'article de Capital manque un problème de fond.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il y avait également eu une polémique concernant une nomination comme professeur au CNAM : celle d'Alain Bauer, sur une chaire de criminologie. Celle-ci avait été dénoncée comme le « fait du prince ». Là, on dénonce le « fait du prince » pour la nomination d'un socialiste. Une question plus intéressante que les petites insinuations de Capital est donc la pertinence du maintien d'une procédure de recrutement dérogatoire aux règles normales de l'enseignement supérieur et laissant une certaine latitude au pouvoir politique (sans parler de l'accès direct automatique à l'équivalent de la première classe des professeurs des universités).

On a parfois justifié l'existence de ces chaires au CNAM par la nécessité, de part les buts de cet organisme, de pouvoir recruter des personnels de profils plus variés et plus « appliqués » que le recrutement « académique » qui est la règle pour les postes universitaires de droit commun. Je relève que ce but peut être atteint dans le droit commun par le recrutement de professeurs associés… et qu'il y a d'ailleurs déjà eu des critiques suite au recrutement de politiciens proches du pouvoir sur ce type de postes dans des universités parisiennes.

D'un autre côté, certains médias déplorent à l'envi la déconnexion entre le monde universitaire et sa « tour d'ivoire » et le monde de l'industrie et des affaires. Comment dans ces circonstances peut-on critiquer le recrutement d'un professeur venant de la « société civile » parce qu'il ne répond pas à toutes les exigences académiques habituelles ?

Lors des discussions sur les réformes des procédures universitaires, la question du « copinage », y compris politique, lors des recrutements d'enseignants-chercheurs apparaît parfois. L'existence de certaines procédures, notamment la qualification nationale avant de pouvoir candidater sur les postes de maître de conférences et de professeurs des universités, est justifiée par certains comme devant limiter les abus ; d'autres n'y voient qu'une perte de temps et d'énergie. Il semble que ceux qui réclament des procédures lourdes tendant à limiter le « copinage » sont plutôt dans les lettres, sciences humaines et sociales, tandis qu'en sciences exactes on a tendance à considérer qu'un laboratoire qui recruterait un médiocre par « copinage » se punirait vite lui-même par rapport aux évaluations et financements, qui se basent sur la renommée internationale des chercheurs. Autres domaines, autres mœurs, autres enjeux.

lundi, novembre 3 2014

La vraie poubelle d'Internet

C'est bien connu, il ne faut pas lire les commentaires des journaux ou des blogs de journalistes, et celui de Jean-Dominique Merchet ne fait pas exception. Là, j'aimerais toutefois faire remarquer un florilège…

« Arrêtons de parler… de cette affaire. Ce sont les meneurs de la Gauche écolo qu il faut punir , pas les forces de l'ordre. »

Cécile Duflot ?

« Officier de gendarmerie, sociologue (auto-proclamé ?) »

Une recherche rapide dans le catalogue en ligne des thèses françaises montre un doctorat en sciences politiques soutenu en 2004. Il est vrai qu'il ne s'agit alors pas de sociologie.

« C'est d'ailleurs en tant que chercheur au CNRS (excusez du peu) qu'il a écrit des articles lui valant des sanctions disciplinaires militaires »

Pas de Matelly actuellement dans l'annuaire du CNRS. De toute façon, on ne peut être chercheur au CNRS et officier en même temps, selon le principe qu'on ne peut avoir deux emplois publics à temps plein. M. Matelly est chercheur associé dans une unité du CNRS, c'est-à-dire une personnalité extérieure invitée à participer aux travaux. Pardonnez mes pinaillages professionnels...

« Je ne savais pas que le CNRS faisait des recherches sur les grenades offensives... De Gaulle : " des chercheurs qui cherchent on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche".  »

Il semble que Charles de Gaulle n'ait jamais prononcé cette phrase. De toute façon, Charles de Gaulle devait être content des chercheurs français, qui lui avaient préparé la bombe atomique nécessaire à sa politique de grandeur. Quelle contribution à la science ou à la technologie a fait cet internaute ?

(Et oui, sinon, évidemment que le CNRS étudie les explosifs, par exemple dans cette équipe. Il me semblerait également parfaitement normal qu'il étudie les doctrines d'emploi des armements.)

« Quand notre Allende national sera coincé a l'Élysée avec quels moyens le dégagerons nous...avec les 2 ou 3 chars du GBGM de Satory qui ne seront pas tombes en panne? »

Oui, vous avez bien lu, le commentateur envisage la possibilité d'un coup d'état (militaire sur le modèle de celui qui a porté Pinochet au pouvoir au Chili avec la mort du président Allende ?).

« Il n’est pas exclu qu’un pareil engin [explosif improvisé] soit à l’origine du décès de ce malheureux. »

Admirons comment un commentateur émet des supputations complètes sur un mort, qui n'est pas là pour se défendre. La formule « il n'est pas exclu » est souvent le comble de la lâcheté : elle permet d'exprimer des soupçons sans rien fournir pour les étayer tout en se défendant de porter ouvertement une accusation. Ce commentateur devrait toutefois prendre garde au fait que l'article 29 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse punit comme diffamation « toute imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur et à la considération […] même […] sous forme dubitative ».

Pendant longtemps, les médias ont expliqué que sur Internet, avec les blogs, Wikipédia, tout ça, c'est n'importe quoi. Pour moi, la pire poubelle ce sont souvent les commentaires des sites de presse et de journalistes professionnels hébergés sur des sites de presse.

PS Pour plus de détails juridiques de fond, on se rapportera au blog de Jean-Hugues Matelly.

jeudi, octobre 30 2014

Une étude de cas sur le journalisme « scientifique »

L'explosion de la navette spatiale Challenger, en 1986, est souvent cité comme exemple pour l'analyse des processus décisionnels qui conduisent à des accidents (en l'espèce, une tolérance qui s'installe face à des déviations inquiétantes des normes de sécurité, et une volonté de complaire aux hauts responsables). En voulant me rafraîchir les idées sur ce sujet, je suis arrivé sur cet article du New York Times, quotidien qui se veut une référence aux États-Unis, voire dans le monde.

Il s'agissait des risques potentiels, notamment pour les amateurs de recherches de débris sur les plages, posés par la présence de carburants hypergoliques, c'est-à-dire d'un couple de carburant et comburants qui s'enflamment spontanément lorsqu'ils se rencontrent, sans nécessité de système d'allumage. De tels carburants étaient notamment utilisés pour les moteurs de manœuvre dans l'espace de la navette, car ils offrent divers avantages pour ce type d'usage, mais ont l'inconvénient d'une forte réactivité, d'où toxicité.

L'auteur de l'article a fait des efforts manifestes de pédagogie concernant les technologies spatiales. Voyons maintenant ce qui me chiffonne, par exemple ce paragraphe :

All rocket propulsion systems require two types of ingredients: a fuel and an oxidizing agent to burn the fuel. The oxygen in air is itself an oxidizing agent, but it is not nearly concentrated or reactive enough to fuel a spacecraft.

Tout ceci est exact, mais le dernier énoncé est pour le moins curieux : « l'oxygène de l'air est un oxydant, mais il n'est pas assez concentré ou assez réactif pour alimenter un vaisseau spatial ». En effet, à l'altitude où la navette spatiale doit intervenir, et utiliser ses moteurs de manœuvre (300500 km), il n'y a tout simplement pas d'air. Il s'agit donc d'un formidable euphémisme… qui suggère une mauvaise compréhension.

Plus loin, on trouve :

United States satellites do not carry nuclear reactors, although some American interplanetary missions operating well beyond earth orbits have been powered by nuclear fusion.

Or, aucun engin spatial, d'une quelconque nationalité, n'a tiré son énergie de la fusion nucléaire — si toutefois on n'inclut pas là dedans l'énergie solaire, ce qui n'aurait aucun sens dans le contexte de l'article, où l'on discute de réacteurs — tout simplement parce que, dans l'état actuel des connaissances scientifiques et techniques, nous ne savons pas encore, en 2014, comment faire un réacteur à fusion produisant de l'énergie. Le réacteur ITER, en cours de construction, est un prototype destiné à tester des idées à ce sujet ; on est donc loin d'un système opérationnel, a fortiori d'un système intégrable dans un satellite. L'auteur aura donc certainement voulu parler de fission nucléaire, c'est-à-dire du phénomène exploité dans les réacteurs actuels, par exemple ceux des centrales électronucléaires françaises.

La fin de l'article (à l'exception du tout dernier paragraphe) peut d'ailleurs être résumée par « d'accord nous avons lancé des cochonneries qui retombent sur la terre, mais les soviétiques ont fait pire avec leurs satellites-espions à réacteurs nucléaires ».

Conclusion ? Dans un article traitant d'un sujet d'importance nationale (le désastre de la navette Challenger a fait l'objet d'une intense couverture médiatique et d'une commission d'enquête parlementaire), publié dans un journal de référence, on peut trouver une erreur grossière (la confusion entre fission et fusion nucléaire), une remarque laissant supposer une certaine incompréhension des problèmes, et des commentaires destinés à conforter un point de vue nationaliste. Je ne pense pas que la presse française fasse mieux…

mercredi, octobre 8 2014

Une croissance exponentielle, une vraie

Mes lecteurs savent peut-être mon agacement quant à l'usage inapproprié qui est fréquemment fait de l'adjectif « exponentiel ». Celui-ci semble parfois signifier « très gros » ou « qui croît très vite ». Or, ce mot a un sens précis que je m'en fais illustrer ici sur un exemple d'actualité.

Considérons le graphe ci-dessous, donnant une quantité mesurée en fonction du temps : à la date d'origine (0 jours), la mesure est de 29, un jour plus tard de 59, 60 jours plus tard de 185, etc. On voit clairement que la quantité croît avec le temps. Il ne s'agit pas d'une croissance linéaire, c'est-à-dire d'une croissance où l'on rajoute la même quantité à la mesure pour un même intervalle de temps : par exemple, entre le jour 101 et le jour 136, l'accroissement est de 961-481=480, alors qu'entre le jour 139 et le jour 174, l'accroissement est de 2461-1013=1148, alors que dans les deux cas l'intervalle de temps est de 315 jours (on parle de croissance linéaire parce que le graphe aurait alors la forme d'une ligne droite). En revanche, on peut constater qu'entre le jour 101 et le jour 136, la mesure a été multipliée environ par 2, et entre le jour 139 et le jour 174 par 2,4 ; plus généralement on a l'impression que la quantité double environ tous les 35 jours.

Traçons maintenant autrement les mêmes données, en échelle logarithmique : au lieu de signifier un accroissement de 100 à 200, puis de 200 à 300, etc. (incréments de 100), une graduation signifiera un passage de 10 à 100, de 100 à 1000, de 1000 à 10000, etc.. Cette fois-ci, on voit que les mesures semblent se placer le long d'une droite. Sans rentrer dans des détails mathématiques inutiles, disons que cette droite dit que la quantité double en un peu moins de 34 jours (ou décuple en environ 112 jours). C'est cela que l'on appelle croissance exponentielle : quand il existe un nombre n de jours (ou de secondes ou d'années) telle que la une quantité double (environ) tous les n jours. (On parle de décroissance exponentielle quand la quantité est divisée par deux tous les n jours.)


Il n'y a rien d'extraordinaire à constater une croissance exponentielle : c'est ce qu'il advient, par exemple, des fonds déposés sur un compte à intérêts composés, c'est-à-dire dont les intérêts sont déposés sur le compte. Ainsi, une somme placée sur un compte à 3,5 % d'intérêt double au bout de 20 ans. C'est également la croissance du nombre de lapins sur un territoire tant qu'il y a suffisamment de nourriture et pas de prédateurs. On comprend donc que l'exponentielle traduit une sorte d'auto-emballement : les intérêts déposés sur le compte bancaires accroissent la somme sur celui-ci, de sorte que les intérêts versés l'année suivante sont plus élevés, mais eux aussi accroissent la somme, etc. Pour les données ci-dessus, l'exponentielle correspond à un accroissement de 2 % par jour.

À ce point de l'exposé, on peut se demander quelles sont ces données mystérieuses que j'ai utilisées. Il s'agit du nombre total de morts attribués au virus Ebola lors de l'actuelle épidémie en Guinée, Liberia, Sierra Leone, Nigeria et Sénégal à compter du 23 mars 2014 (jour zéro dans mon graphe).

J'espère que ceci aura permis à mes lecteurs d'avoir un exemple concret de ce qu'est vraiment une croissance exponentielle.

(Et je saura gré à d'éventuels connaisseurs en épidémiologie qui me liraient de me donner des raisons pour lesquelles cette croissance exponentielle pourrait cesser avant d'atteindre, disons, 1 à 10 millions de morts courant 2015. Car je n'en vois pas ; mais je n'y connais pas grand chose.)

mardi, août 12 2014

Le pistolet-laser thermomètre

RFI rapporte que, pour dépister le virus Ebola, on mesure la température des voyageurs dans les aéroports à l'aide d'un « pistolet laser »:

Un pistolet laser sur la tête pour mesurer la température, une camera thermique pour afficher la chaleur des corps sur un écran plat, c’est le nouveau rituel pour les passagers dès l’entrée de l’aéroport Gbessia de Conakry. Ce dispositif de sécurité sert à identifier les passagers qui ont une fièvre au-delà de 38°.

Il s'agit, semble-t-il, d'une mesure par infrarouges thermiques, qui ne met pas en jeu de laser en elle même. Le laser, opérant en lumière visible, n'est là que pour pointer le point de mesure. Autrement dit, un bête pointeur laser (oui, comme ceux pour pointer le tableau dans les exposés ou faire courir un chat d'appartement) couplé à un thermomètre à infrarouges. Cela fait cependant plus impressionnant de parler de « pistolet laser », comme dans Star Wars...

jeudi, novembre 14 2013

« La parole raciste se libère sur Internet »

Je lis chez La Dépêche :

« Si la parole raciste se libère sur internet, la classe politique soutient unanimement Christiane Taubira alors qu’une action en justice a été intentée contre le journal d’extrême droite «Minute». »

L'article porte sur la publication d'une « une » par un hebdomadaire papier distribué en kiosques, faisant suite à des propos tenus lors de manifestations de rue et, à la télévision, par une candidate à une élection politique. On se demande donc pourquoi mettre en exergue la parole raciste sur Internet, si ce n'est pour reprendre l'idée que tout est de la faute de l'accès du vulgum pecus aux moyens d'expression.

Remarquons également que ceux qui, habituellement, parlent de « responsabiliser les hébergeurs » (lire : les forcer à mettre en place une censure préventive, sous la menace d'être tenus responsables des propos) n'envisagent pas de responsabiliser l'imprimeur, le distributeur Presstalis, les kiosquiers etc. qui, tous, profitent financièrement de la publication de ce numéro de Minute, dont je ne doute pas qu'il se vende sensiblement plus que les autres numéros de cet hebdomadaire.

samedi, novembre 2 2013

Gayssot à toutes les sauces

Je lis dans un article de Libération signé de Sonya Faure, qui est visiblement chargée de la couverture des problèmes de justice et de droit dans ce journal ; c'est un entretien avec Pascal Blanchard, historien. On y trouve notamment cette phrase :

« Encore une fois, ce n’est pas parce que la loi Gayssot a interdit l’expression d’opinions racistes qu’elles n’existaient plus. »

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mercredi, octobre 30 2013

Les leçons de droit de Libération

Libération, 29 octobre 2013, « «343 salauds» clament leur droit à «leur pute» », Alice Géraud :

A l’époque, pour mémoire, l’avortement était un crime. Aujourd’hui, le recours à une prostituée n’est pas interdit et la proposition de loi socialiste prévoit d’en faire un «délit» sanctionné d’une contravention.

Soupir.

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mardi, septembre 24 2013

Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites

Un sujet qui me passionne, s'agissant des sociétés humaines, est la diversité des réactions que l'on peut observer pour des faits semblables, selon que les positions sociales des acteurs s'insèrent ou non dans tel ou tel cliché ou schéma d'interprétation. L'actualité nous fournit un bon exemple par la juxtaposition de deux faits divers somme toute assez semblables.

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mercredi, septembre 18 2013

Le "major de Polytechnique" chômeur

On me passe le message : un major de Polytechnique serait au chômage en raison de son nom maghrébin.

Si on lit l'article, on constate que ce monsieur est non pas diplômé de l'École polytechnique (l'X, située à Palaiseau), mais de « Ecole polytechnique universitaire de Marseille », c'est-à-dire très probablement Polytech Marseille.

Je pense pouvoir affirmer que les écoles du réseau Polytech sont considérablement moins prestigieuses que l'École polytechnique. De toute façon, un major de l'École polytechnique ne chercherait certainement pas du travail : sous toute probabilité il serait soit au Corps des Mines, soit en partance pour une thèse dans une université prestigieuse outre-Atlantique.

La revue Politis a d'ailleurs dû corriger son article, qui dans sa version initiale était bien moins précis et laissait supposer qu'un polytechnicien de tête de promotion était au chômage en sortie de l'école... (Il faut avouer que cela avait le mérite de fournir des titres et une image-choc, un peu plus que s'ils avaient titré « Le premier au classement de la licence DBLP de l'Université de Trifouilly-les-Oies est au chômage ».)

Ceci ne diminue aucunement l'intérêt de cette histoire et l'horreur de la situation sociale qu'elle dénonce (les réactions négatives des employeurs devant un nom maghrébin).

Le Sénat interdit... ou pas ?

Je lis ici :

Les fillettes ne défileront plus comme des mannequins devant leurs parents. Le Sénat a interdit les concours de beauté pour les enfants de moins de 16 ans, également appelés concours de mini-miss, à l'occasion de la fin de l'étude du projet de loi sur l'égalité femmes-hommes dans la nuit du mardi 17 au mercredi 18 septembre.

Sauf que... Il ne s'agit là que de l'examen en première lecture du projet de loi, qui doit ensuite passer à l'Assemblée nationale, puis éventuellement de nouveau devant le Sénat etc. Rien ne nous dit que l'Assemblée nationale adoptera cet article, et ce d'autant plus que le Gouvernement, représenté par Mme Vallaud-Belkacem, aurait préféré une formulation encadrant ces concours sans les interdire totalement et qu'il a présenté un amendement en ce sens.

Cela n'empêche cependant pas France TV Info d'affirmer comme une certitude « Les fillettes ne défileront plus comme des mannequins devant leurs parents », comme si la prohibition était déjà promulguée. Il me semble que même un collégien ayant suivi un cours d'instruction civique est pourtant censé faire la différence...

lundi, février 11 2013

Verbatim

L'adverbe latin "verbatim" signifie "mot pour mot". C'est sans doute pour cette raison que l'AFP annonce "verbatim" le discours de démission de Benoît XVI... en pointant sur une traduction française (l'original étant, semble-t-il, en latin).

Euronews, quant à elle, annonce fièrement « Déclaration de renonciation de Benoît XVI: le texte intégrale ».

jeudi, février 7 2013

Valeurs Actuelles, magazine menteur

Le très droitier magazine Valeurs Actuelles reprend son antienne anti-fonctionnaires. Une perle :

Alors que les fonctionnaires conservent non seulement la garantie de l’emploi à vie, mais aussi (ils ne s’en vantent pas !) un supplément familial de près de 300 euros par mois dès le premier enfant (ce qui coûte 1,3 milliard d’euros par an).

Dans la fonction publique d'État, le supplément familial de traitement pour le premier enfant est de 2,29€/mois. J'ai bien dit, DEUX EUROS VINGT-NEUF CENTIMES. Et attention : il est demandé à l'employeur du conjoint/de la conjointe de certifier qu'il ne lui verse pas ce supplément « en double ».

(Bien entendu, et comme d'habitude avec la presse française, zéro source indiquée pour savoir d'où viennent les chiffres, et zéro indication de ce qu'ils mesurent réellement.)

samedi, octobre 27 2012

Comment puis-je croire ce que je lis ?

Une difficulté récurrente pour quiconque veut s'informer est de s'assurer du sérieux, de la véracité des faits rapportés, sinon de leur vérité. Pour ma part, quand je lis un article, un livre, aussi bien scientifique que généraliste, je me fais une impression de cela notamment en comparant les informations présentées sur les sujets que je connais à ce que je sais : si cela a l'air fantaisiste ou naïf, je suis plus circonspect concernant les informations sur les sujets que je ne connais pas.

Cet article d'un blog de journaliste de Rue89 prétend expliquer « les dessous du procès des scientifiques » (5 scientifiques membres d'une commission d'experts ont été condamnés par la justice italienne à 6 ans de prison). Elle explique doctement que ceux-ci n'ont pas été condamnés pour n'avoir pas su prévoir le tremblement de terre (ce qui est impossible dans l'état actuel de la science et est peut-être impossible pour des raisons fondamentales), mais pour avoir sciemment présenté à la population une information biaisée et lénifiante.http://www.resif.fr/org.php

Il m'est difficile de jauger de la véracité des informations présentées : je n'ai pas accès aux documents officiels du procès. Cependant, je peux me raccrocher aux informations sur des sujets que je connais (*), et je trouve notamment cette phrase :

« Joël Dyon, attaché de presse de l’Institut de physique du globe (le lieu où travaillent les sismologues français), précise [...] »

Telle qu'écrite, cette phrase signifie que l'ensemble des sismologues français travaillent à l'Institut de physique du globe. Premier fait : il existe en France deux instituts de physique du globe, l'un à Paris (IPGP) l'autre à Strasbourg (IPGS), ce dernier s'étant longtemps occupé du RENASS (réseau sismologique français) ; M. Dyon travaille à celui de Paris. Deuxième fait, plus important : l'ensemble des sismologues français ne travaille pas à l'IPGP, il y en a dans les universités (notamment à l'Université Joseph Fourier de Grenoble), à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et même au Commissariat à l'énergie atomique, direction des applications militaires (CEA-DAM) ; on pourra se rapporter par exemple à cette page.

Bien entendu, cette erreur peut sembler bien vénielle, si ce n'est qu'elle laisse supposer comme souvent en France qu'il y a un unique organisme parisien qui s'occupe d'un sujet donné. Il n'en reste pas moins qu'elle peut laisser supposer que l'auteure de l'article ne s'est guère renseignée sur le milieu scientifique dont elle discute, et surtout qu'elle a pris la première personne qu'elle ait pu joindre. Il est peut-être significatif que Joël Dyon ne soit pas sismologue, mais responsable de communication et documentation ; quitte à parler avec l'IPGP, on aurait par exemple pu prendre l'avis de Pascal Bernard (qui, certes, était peut-être injoignable).

Plus loin, l'article parle d'un « rapport Barberi ». Aucune référence bibliographique, aucun lien permettant au lecteur de le retrouver et de vérifier les informations rapportées dans l'article.

On pourra me reprocher de pinailler sur des détails. Cet article se propose de démontrer la culpabilité de 5 personnes condamnées à de la prison ; il me semble que la charge de la preuve est alors du côté du journaliste.

(Deux petites remarques pour finir. Cet épisode, comme celui de Séralini et des OGM, démontre la nécessité d'avoir une recherche scientifique indépendante des pressions tant des responsables politiques que des industriels.

Je me demande également si nous ne manquons pas en France d'un système permettant à des journalistes de trouver des chercheurs ou universitaires spécialisés le sujet qui les intéresse, une sorte de carte des compétences détaillée.)

(*) Il se trouve que je connais des sismologues.

lundi, octobre 22 2012

Au sujet du sérieux du journalisme français, particulièrement en ligne

Lire cet article, sur comment, sur un sujet grave (le terrorisme) on fait dire aux experts le contraire de ce qu'ils ont dit.

Relire également la tribune de Cédric Villani dans la Gazette des mathématiciens.

samedi, juillet 14 2012

Contradiction à quelques lignes d'intervalle

Dans cet article du Guardian britannique au sujet d'un potentat africain recherché en France:

Premier paragraphe :

French police have issued an arrest warrant for the son of Equatorial Guinea's president as part of an investigation into African autocrats' suspected "ill-gotten gains".

Troisième paragraphe :

When the 41-year-old, known as Teodorin or TNO, failed to show up, Roger Le Loire, the judge heading the unprecedented French investigations into the assets of three African heads of state and their families, immediately issued an arrest warrant.

Dans le premier paragraphe, c'est la police qui crée un mandat d'arrêt (plus probablement, en droit français, un mandat d'amener). Dans le troisième, c'est un juge d'instruction.

La nuance est de taille. Dans les pays anglo-saxons, il y a une croyance tenace qu'en France et plus généralement dans les pays sous influence du « code Napoléon » (Napoléon étant un repoussoir pour les britanniques et par extension pour ceux qui ont adopté leur culture) le pouvoir (exécutif) peut faire arrêter n'importe qui ou fouiller n'importe quel lieu, tandis que dans les pays de tradition judiciaire britannique, il faut l'approbation d'un juge, voire d'un jury. Celui qui s'arrêterait au premier paragraphe (les dépêches de presse sont justement écrites pour que l'on puisse s'arrêter au début et connaître le cœur de l'affaire) pourrait croire qu'en France, la police peut d'elle-même décider d'arrêter un suspect, hors flagrance.

Autrement dit, l'approximation journalistique n'est pas culturellement neutre. Elle reprend les présupposés et croyances du public auquel elle s'adresse.

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