La vie est mal configurée

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mercredi, juin 12 2013

Par une récurrence triviale

Message aux étudiants : parsemer une copie de « clairement » n'est pas la meilleure façon de se mettre le correcteur dans la poche. (*)

C'est également vrai pour les soumissions d'articles scientifiques.

(*) Sauf peut-être si l'on a démontré par ailleurs que l'on maîtrise suffisamment le sujet pour que ces choses soient effectivement triviales...

lundi, juin 3 2013

Laurent Bloch, au sujet de la bureaucratie dans les universités

Ceux qui s'intéressent à l'enseignement supérieur et à la recherche liront avec profit ces deux billets de Laurent Bloch :

Laurent Bloch y pointe ce qu'il faudrait vraiment réformer. Certes, il s'agit de « problèmes d'intendance » et non de « grands enjeux »....

Gageons qu'on n'en fera rien, et que l'on continuera à faire croire qu'une réforme de l'enseignement supérieur consiste à bricoler les conditions des concours de recrutement des enseignants-chercheurs, le nombre de représentants des étudiants et personnels dans les conseils d'administration, qu'une université est autonome alors qu'elle ne maîtrise ni l'entrée des étudiants ni les diplômes qu'elle délivre, et que la civilisation va s'écrouler si l'on fait cours en anglais en master 2 de physique.

samedi, mai 25 2013

Enseignement en anglais par des non-anglophones

Nous avons beaucoup entendu parler de globish ces derniers temps. Je me permets de signaler les travaux de ma collègue Beyza Björkman sur l'enseignement en anglais en Suède, plus spécifiquement dans les disciplines de sciences et d’ingénierie à l'Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm.

Je renvoie notamment sur ''English as the lingua franca of engineering education'', où l'on trouve notamment cette intéressante remarque conclusive :

It is remarkable that despite the relatively high frequency of the non-standard forms of English, there is little communication failure because of grammar- or vocabulary-related oddities. The results show a clear tendency by engineers to reduce redundancy and to focus on function regardless of standard form.

Signalons par ailleurs cet article plus politique de Claude Truchot, dans lequel je trouve une affirmation intéressante, quoique manquant de source pour la corroborer :

(...) le recours à un idiome approximatif qu’il est excessif de nommer « langue anglaise » et qu’il serait plus approprié de qualifier de « globish ». Lors du recrutement, les universités se fient le plus souvent aux publications en anglais des candidats. Mais dans presque tous les cas les textes ont été revus et réécrits pour être publiés et ne reflètent pas le niveau d’anglais de ceux qui les signent.

En informatique, en général, on n'a pas plus de corrections que celles proposées par les referees scientifiques, les éditeurs assurant un service souvent très minimal ; il est courant que ce soit aux auteurs d'assurer la mise en page et de fournir une version « prête à imprimer ». Parfois cependant, il y a relecture, avec des interventions pas toujours heureuses ; celles-ci semblent plus courantes dans d'autres disciplines, certains collègues déplorant qu'il soit nécessaire de repasser après les correcteurs...

On m'informe enfin de la pratique d'un collègue grenoblois de sciences de la Terre de recourir à un relecteur externe à l'université, coûtant de l'ordre de 200€ par article (mais il est dans un domaine où l'on paye de toute façon les revues pour publication, de sorte que ce coût n'est qu'additionnel). Je n'ai pour ma part jamais entendu parler de collègues de ma discipline qui agiraient ainsi ; au mieux, on trouve un collègue anglophone pour relire.

Tout ceci, encore une fois, me semble témoigner de la diversité des pratiques et des besoins dans l'enseignement supérieur.

jeudi, mai 16 2013

Ne nous inquiétons pas

« Dans le même esprit, le projet de loi sur l’enseignement supérieur a pour ambition de porter 50% d’une classe d’âge au niveau d’un diplôme du supérieur et de doter nos structures universitaires de davantage de moyens d’attractivité, d’être mieux reconnues au plan international avec leurs diplômes. Ceci n’empêche pas de faire venir des étudiants étrangers, parfois même avec un enseignement de la langue anglaise qui leur est destiné. Mais les examens se feront en français, pour que nul ne s’inquiète ! Quand on essaye d’être un pays attractif, on fait en sorte que nos universités soient classées parmi les meilleures du monde. C’est aussi une condition de notre succès. »

C'est beau comme un droit à l'objection de conscience pour les officiers d'État civil.

Une question légitime sur le doctorat

Certains s'étonnent de ce que des établissements d'enseignement supérieur se permettent de donner des enseignements ou d'accepter des thèses de doctorat en anglais, alors que la loi impose le français. J'aurais, quant à moi, un autre sujet d'émoi.

Depuis près de 30 ans, la durée officielle du doctorat en France est d'environ 3 ans :

  • L'article 14 de l'Arrêté du 5 juillet 1984 relatif aux études doctorales disait « La durée normale de préparation du doctorat est de deux à quatre ans. »
  • L'article 14 de l'Arrêté du 23 novembre 1988 disait « La durée recommandée de préparation du doctorat est de deux à quatre ans, non comprise la période de préparation du diplôme d'études approfondies. »
  • L'article 23 de l'arrêté du 30 mars 1992 relatif aux études de troisième cycle disait « En formation initiale, la durée recommandée de préparation du doctorat est de trois années. »
  • L'article 2 de l'Arrêté du 25 avril 2002 relatif aux études doctorales disait « La préparation du DEA s'effectue en un an et celle du doctorat en trois ans. Un délai supplémentaire peut être accordé à titre dérogatoire par le chef d'établissement sur proposition du directeur de l'école doctorale et, pour les doctorants, avis du directeur de thèse, sur demande motivée du candidat, notamment pour les étudiants ayant un mandat électif dans les conseils d'université et de composantes. Les candidats exerçant une activité professionnelle régulière, sur production d'une attestation de leur employeur, et les femmes ayant eu un enfant pendant la période de formation bénéficient de droit d'une dérogation pour une durée qui ne peut être inférieure à un an. La liste des bénéficiaires de dérogation est présentée chaque année au conseil scientifique. »
  • L'article 15 de l'Arrêté du 7 août 2006 relatif à la formation doctorale dit « La préparation du doctorat s'effectue, en règle générale, en 3 ans. Des dérogations peuvent être accordées, par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis du directeur de thèse et du conseil de l'école doctorale, sur demande motivée du candidat. La liste des bénéficiaires de dérogation est présentée chaque année au conseil scientifique. »

Il est clair que, depuis près de 30 ans, quelles qu'aient été d'ailleurs les alternances politiques, les pouvoirs publics ont souhaité que le doctorat fût préparé en trois ans environ, et que des durées supérieures ne fussent acceptées qu'à titre dérogatoire. L'obligation de présentation de la liste des dérogations au conseil scientifique de l'établissement me semble motivée par le désir d'éviter des abus.

Or, dans certaines disciplines des lettres, sciences humaines et sociales, l'habitude est que les thèses durent plus longtemps ; une thèse en trois ans est considérée comme anormalement courte. La raison est, apparemment, que l'ampleur des travaux exigés dépasse ce qu'il est possible de faire dans la durée réglementaire. Une pareille constance dans l'ignorance délibérée des dispositions réglementaires, au point que leur respect constitue une exception suspecte, ne peut que nous faire nous interroger.

D'autres différences existent quant au doctorat entre d'une part les lettres, sciences humaines et sociales, d'autre part les « sciences exactes » et les techniques. Dans les secondes, il est en général obligatoire de rémunérer les doctorants, qui bénéficient d'un contrat de travail. Dans les premières, c'est rare, et de toute façon les financements, prévus pour la durée réglementaire de trois ans, ne permettent pas de terminer la thèse, qui se poursuit parfois dans des conditions héroïques. Là encore, il y aurait beaucoup à dire sur la pratique de certains collègues de ces disciplines, qui entendent faire travailler des doctorants dans leur laboratoire sans les rémunérer, au mépris des principes du droit du travail. (*)

On m'objectera, sans doute, qu'il existe des différences entre disciplines tant en ce qui concerne les méthodes que les moyens, et que l'on ne saurait assujettir les lettres, les sciences humaines et les sciences sociales aux mêmes règles de fonctionnement que les sciences exactes et les techniques. C'est justement là que je voulais en venir.

Dans le débat autour de l'usage de l'anglais dans les publications scientifiques, les cours et les thèses, je distingue une ligne d'opposition entre disciplines : les opposants semblent venir principalement des sciences juridiques, des lettres (universitaires ou non), tandis que ceux qui l'approuvent semblent plutôt venir des sciences exactes — opposition qui se retrouve d'ailleurs à l'Assemblée nationale, comme par exemple entre les députés MM. Fasquelle et Le Déaut, l'un professeur de droit, l'autre ancien professeur de biochimie à l'université. Ce qui précède devrait pourtant nous démontrer l'étrange folie qu'il y a à vouloir appliquer un régime identique à toutes les disciplines, sans égard pour leurs besoins et leurs moyens.

Pour conclure, je déplore ce débat parfaitement oiseux sur la place du français et la promotion de la francophonie, tant l'on ignore par ailleurs les problèmes bien réels et quotidiens de l'accueil des étudiants étrangers, notamment les tracasseries administratives et les changements fréquents de réglementation et procédures. Commençons donc par faciliter (non pas au sens du laxisme et de la permissivité, mais au sens de la prédictibilité et de la fiabilité) l'obtention des visas, cartes de séjour, par ne pas exiger l'impossible (domiciliation avant d'ouvrir un compte bancaire, tandis qu'on exige un compte bancaire pour louer un domicile), par ne pas multiplier les démarches (quel sens de faire renouveler annuellement le permis de séjour pour des études d'ingénieur en trois ans dans une école sélective ?).

(*) J'avoue avoir été choqué par l'attitude de ce sociologue âgé et médiatique, qui, réclamant la présence de doctorants dans les locaux de son institut, s'offusquait que je lui suggérasse qu'il les payât. La pensée qu'ils dussent avoir de quoi payer un loyer à Paris ne lui avait pas effleuré l'esprit, alors que son traitement (hors prime et activités annexes) est d'environ 6000€ mensuels, vu son grade.

jeudi, mai 9 2013

Globish envy

Les débats sur l'usage de l'anglais dans l'enseignement supérieur font apparaître des positions parfois assez tranchées. Une objection courante est que cet anglais est une forme abâtardie de l'anglo-américain, le global English, ou globish. et non pas du « vrai » anglais ; témoin cette réaction sur LeMonde.fr :

Ce globish sera toujours un (très) mauvais anglais-américain. Pas question de lire Shakespeare dans le texte. Les Français, fussent-ils universitaires, sont nombreux à ne pas dominer leur langue maternelle, et ils voudraient promouvoir le globish ? Pauvre France !

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mardi, mai 7 2013

Recrutement des enseignants-chercheurs

Yann Bisiou, un collègue de droit, pointe un changement des procédures de recrutement des enseignants-chercheurs (hors agrégation du supérieur). Comme il le rappelle, dans l'état actuelle de la loi, ceux-ci sont recrutés par des comités formés d'enseignants-chercheurs ou de personnels assimilés, de niveau au moins équivalent (par exemple, les chargés de recherche au CNRS sont assimilés aux maîtres de conférences, les directeurs de recherche aux professeurs des universités).

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dimanche, mars 17 2013

Le rayonnement de la culture française

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Mme Geneviève Fioraso, aurait proposé que l'on puisse dorénavant organiser des cours, des cursus, ou encore accepter la soutenance de thèses en langue étrangère, et notamment en anglais, dans les établissements d'enseignement supérieur français. Immédiatement, une levée de boucliers, certains allant jusqu'à annoncer « la fin des cours en français ».

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lundi, mars 11 2013

Une intéressante tribune sur l'enseignement

...à lire dans l'Humanité.

Je ne peux pas juger de l'ensemble du texte, mais j'ai été parfois témoin de certains des problèmes dénoncés (par exemple le bradage de diplômes à des incompétents, la demande de ne pas mettre de notes trop basses parce que sinon on n'aura plus d'étudiants les années d'après et on supprimera le module, etc.). Je sais aussi que certains collègues n'embaucheraient pas les étudiants diplômés de certaines des formations où ils enseignent.

jeudi, février 28 2013

Les cours en ligne de l'École polytechnique

Divers médias annoncent comme une grande nouveauté que l'École polytechnique va mettre des cours en ligne et que chacun pourra gratuitement y assister.

Cela fait une bonne dizaine d'années que le département d'informatique de l'École polytechnique met en ligne la quasi totalité de ses « polycopiés » de cours, ses « transparents » (*) de cours et ses feuilles d'exercices (sous la forme de fichiers PDF ou de pages HTML). Il y a eu par ailleurs à plusieurs reprises des cours filmés et mis en ligne (malheureusement pas forcément maintenus, pour des raisons techniques : l'infrastructure nécessaire à fournir des flux vidéos est bien supérieure à celle nécessaire pour fournir des documents textuels) ; par exemple, il est possible de voir les vidéos du cours INF431. Des enseignants d'autres établissements reprennent d'ailleurs parfois certains de ces documents, en les adaptant à leurs besoins.

Quelques remarques d'ordre pratique. Dans l'esprit de certains, qui sans doute n'ont jamais enseigné, mettre des cours en ligne, c'est facile : il suffit de filmer le prof dans l'amphi (pourquoi pas avec une webcam ?) et le tour est joué. En pratique, pour peu que le prof ne reste pas statique (**), il faut un technicien pour le suivre derrière la caméra, et il vaut mieux de toute façon avoir un technicien pour contrôler le son et l'éclairage. Il faut ensuite faire un peu de montage, notamment si l'on utilise des « transparents ». Tout ceci demande des moyens : du matériel de prise de vue et de prise de son, un technicien qualifié ; rappelons que dans les universités françaises, la norme est plutôt aux amphis sans sonorisation ou avec des micros capricieux, et à ne pas embaucher de techniciens faute de moyens. (Pour mémoire, je viens de recevoir le montage vidéo d'une conférence que j'avais donné en Avril 2012, le technicien ayant eu bien d'autres choses à traiter entre temps.)

Sur le fond : il n'est pas évident que le format « cours magistral de 2 h » soit adapté à la vidéo ; peut-être faut-il découper en unités plus petites. Par ailleurs, faire cours à une caméra, ce n'est pas la même chose que de faire cours devant 50 étudiants : quand on a vraiment les gens en face de soi, on se rend compte, à leurs expressions, s'ils suivent ou non, si quelque chose paraît peu clair (si une plaisanterie « prend », etc.) ; on peut réveiller l'attention en posant des questions (« pensez-vous que la suite va forcément converger vers X ? qui dit oui, qui dit non ?). Le cours à la caméra me paraît donc plutôt similaire aux amphis de 400-500. Il est donc probable qu'il faudra non pas filmer un cours existant, mais concevoir un cours spécifiquement pour la mise en ligne ; c'est ce que font, si je ne m'abuse, les grandes universités internationales (MIT, EPFL) qui mettent des cours en ligne.

Par ailleurs, concevoir une feuille d'exercices pour une séance de travaux dirigés avec un enseignant présent pour, disons, 20 à 40 étudiants, est un exercice différent de concevoir une feuille d'exercice utilisables en ligne. Dans le premier cas, l'énoncé n'a pas à donner autant de précisions que dans le second, car les étudiants peuvent au besoin demander des éclaircissements ; de plus on peut poser des questions un peu ouvertes, où les étudiants doivent voir par eux-mêmes les idées évidentes, se poser la question de leur applicabilité, se demander ce qui va poser problème. Dans le second cas, il faudra probablement être plus directif. Je dirais même qu'il faudrait rôder une feuille d'exercices plusieurs années devant des étudiants en chair et en os avant de l'utiliser en ligne.

L'idée qu'il suffise de mettre des vidéos et des supports de cours en ligne ignore royalement le problème des questions posées par les étudiants. Bien sûr, on peut mettre des enseignants de permanence (***) pour répondre aux questions des étudiants, par exemple par courriel ou messagerie instantanée, mais il faut bien être conscient qu'on explique les choses beaucoup plus rapidement en direct devant un tableau que par écrit dans un courriel (par exemple, on peut dessiner rapidement un schéma pour donner l'intuition, sans parler des formules mathématiques qui s'écrivent bien au tableau mais qui nécessitent la connaissance de LaTeX (****) pour passer dans la messagerie).

Bref, l'idée de mettre les cours en ligne est bonne, mais elle demande des efforts et des moyens significatifs. L'X a des moyens et une souplesse sans commune mesure avec l'université française moyenne, voyons ce que cela donnera.

(*) De nos jours, il s'agit la plupart du temps de diaporamas projetés depuis un ordinateur portable. Certains disent « Powerpoint » mais il s'agit du nom d'un logiciel que je n'utilise pas : comme tout bon informaticien psychorigide, j'utilise LaTeX+Beamer.

(**) Mes lecteurs qui proviennent de lettres, sciences humaines et sociales, ou droit, sont peut-être habitués aux cours où l'enseignant, assis, lit un texte, avec une diction étudiée pour que les étudiants puissent copier sa prose, éventuellement verbatim. Un cours de sciences, en général, c'est plus informel, et même parfois assez sautillant.

(***) Ce qui pose d'ailleurs quelques problèmes : le temps de travail des enseignants universitaires est principalement défini par un nombre d'heures passé devant les étudiants, et ne tenant donc pas compte de la préparation des cours. S'il faut passer des heures à répondre aux courriels, il faudra donc compter un nombre suffisant d'heures de décharge d'enseignement.

(****) LaTeX est le système de préparation de documents utilisé par la quasi-totalité des mathématiciens professionnels et assimilés.

dimanche, février 24 2013

Sauvons l'université, ou sauvons les lettres ?

Traditionnellement, le « dialogue social » devait s'exercer via la médiation de « corps intermédiaires », notamment les syndicats et, dans le cas de l'enseignement supérieur, des associations de défense des intérêts des étudiants (les fameux « syndicats étudiants »). On s'inquiète dans certains cas de leur faible représentativité (les élections étudiantes ont des taux de participation typiques de moins de 10%) ; parallèlement, des associations dont le but est explicitement de lutter contre certaines réformes et de formuler des contre-propositions ; Sauvons la recherche (SLR) puis Sauvons l'université (SLU) ont vu le jour.

Une des difficultés en matière d'enseignement supérieur est qu'il s'agit d'un monde très divers : outre la multiplicité des statuts (non-titulaires vs professeurs agrégés vs maîtres de conférence vs professeurs des universités, universitaires vs hospitalo-universitaires vs corps spécifiques), il y a la diversité des thématiques de recherche : un professeur des universités en littérature médiévale ne travaille pas du tout comme un professeur des universités en biologie. C'est pourquoi il me semble important que toute instance prétendant parler au nom du monde universitaire représente effectivement celui-ci dans sa diversité.

Le conseil d'administration de l'association Sauvons l'université comporte 26 membres. Le site indique les établissements et corps de chaque membre, mais hélas pas les disciplines (par exemple, les numéros de section de rattachement au Conseil national des universités). J'ai donc fait mon propre décompte (heureusement qu'il y a les moteurs de recherche, et que les universités de lettres et sciences humaines ont enfin créé des pages répertoriant leurs enseignants-chercheurs...). On trouve dans ce conseil d'administration 12 historiens, 5 littérateurs, 6 autres enseignants-chercheurs de lettres et sciences humaines, et 3 de sciences exactes (je m'excuse d'avance si j'ai mal classé certains, à la marge) ; personne de médecine ou de droit ; tous les membres du bureau sauf un sont de lettres et sciences humaines.

Comparons avec la répartition des enseignants-chercheurs du supérieur (Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, 2012). Les statistiques officielles décomptent 13630 enseignants-chercheurs en droit, 28759 en lettres et sciences humaines et sociales, 39151 en sciences exactes , 13046 en santé , 1156 dans des corps spécifiques  ; en bref, les lettres et sciences humaines et sociales ne représentent que 30% des effectifs.

La direction de l'association Sauvons l'université est donc très faiblement représentative de la diversité de l'enseignement supérieur. Quelle serait la valeur d'une prise de position de cette association sur, par exemple, la question du transfert technologique (faut-il ou non l'ajouter à la liste des missions des universités prévues par la loi), alors que l'écrasante majorité de sa direction appartient à des disciplines où ce transfert n'existe pas et donc n'en a aucune expérience ? Lorsqu'on ne connaît pas un sujet, on réagit à l'aide de préjugés.

samedi, février 9 2013

Les problèmes de l'enseignement supérieur

Un collègue blanchi sous le harnois a fait remarquer que la première chose qu'un nouveau gouvernement fait pour réformer l'enseignement supérieur, c'est modifier les procédures de recrutement, évaluation et promotion des enseignants-chercheurs. Il aurait pu ajouter « et créer des superstructures ». De fait, entre PRES, RTRA, bidulEX (LABEX, EQUIPEX, IDEX, etc.), pôles de compétitivité, instituts Carnot, tout le monde s'y perd. Et après l'agitation réformiste de la droite, que nous propose la gauche ? Des réformes en sens inverse sur certains points (la fameuse AERES serait remplacée par une agence plus légère, p.ex.).

Pour ma part, j'estime que l'on prend là le problème par le mauvais bout. La priorité, selon moi, c'est de débureaucratiser. L'enseignement supérieur français, nonobstant les prétentions à l'« autonomie », est en réalité totalement corseté de règlements tombant d'en haut, appliqués par des fonctionnaires vivant dans l'angoisse de commettre une erreur et préférant donc l'inaction à la possibilité théorique d'un problème. On pourra par exemple se rapporter à cette petite anecdote sur les stagiaires : comment la route de l'enfer est pavée de bonne intentions (d'une part, assurer aux stagiaires une gratification, d'autre part s'assurer que l'argent des projets de recherche est dépensé pour ce pour quoi il était prévu).

Débureaucratiser, dans les faits concrets, ce n'est pas glamour. C'est technique, cela ne permet pas de se montrer à une inauguration de structure machin, ce n'est pas marquant comme réformer le recrutement des professeurs. Autant dire que, politiquement, cela n'est guère motivant...

mercredi, novembre 21 2012

Un témoignage effrayant sur l'enseignement des mathématiques au Royaume-Uni

Un réflexe récurrent, dans l'enseignement des mathématiques (ou d'autres disciplines), est, devant les difficultés des élèves ou étudiants, de supprimer le contenu conceptuel (trop compliqué, trop abstrait, ne comprennent pas) et leur donner plutôt des définitions à apprendre par cœur ou des formules à appliquer sans réfléchir.

J'avais entendu parler de cela par des camarades en section littéraire au baccalauréat (formules à appliquer), qui d'ailleurs semblaient parfois en déduire que l'ensemble des mathématiques consistait à cela. Plus tard, étant moi-même enseignant assistant, j'ai fait passer des examens de programmation où (mais cela n'était pas de mon choix), une bonne partie des questions portaient sur des points de syntaxe du langage.

Dans tous les cas, ce type d'enseignement et d'évaluation pervertit ceux qui le subissent. De telles questions portent souvent sur des détails, qui prennent ainsi une importance disproportionnée dans leur esprit (ainsi, connaître en détail les priorités d'opérateurs en Java n'a aucun intérêt : on se rappelle des principales, les plus intuitives, et on écrit des parenthèses explicitement pour le reste (*)).Même si les faits acquis sont importants (par exemple, comment dériver un monôme), ils le sont de façon disparate, sans liaison, sans schéma global qui permette de comprendre. Or, à long terme, ce dont on se rappelle, c'est ce que l'on comprend, pas ce que l'on a appris pour recracher à l'examen.

Bien entendu, ceci n'est pas une nouveauté. De nombreuses personnes confondent l'enseignement de l'histoire avec l'enseignement de listes de dates et de noms de personnes célèbres, sans vision d'ensemble qui leur permette de leur donner un sens.

J'entends des collègues de mathématiques se plaindre de cette évolution, qui aboutit à faire des cours à des gens qui ne comprennent pas, au fond, ce dont on parle. On me cite ainsi un cours sur la transformée de Fourier à des étudiants sachant à peine ce qu'est un nombre complexe... Quant à moi, je me rappelle d'étudiantes qui avaient appris les formules pour multiplier les matrices, mais ne leur associaient aucun sens en termes géométriques simples (« c'est juste la composée des deux transformations »).

Le témoignage du mathématicien Timothy Gowers est édifiant : on apprend aux lycéens britanniques à appliquer des formules de calcul de dérivées, mais on ne leur dit pas ce qu'est une dérivée, même en termes géométriques simples (limite de la pente de la corde).

(*) Une petite anecdote amusante : il semble que des étudiants s'étaient plaints à l'enseignant responsable du module que j'étais « incompétent » parce que je leur disais que je ne connaissais pas par cœur ce genre de détails. Leur problème à eux, c'était qu'ils étaient incapables d'écrire quelques lignes de code sans se tromper, ou d'expliquer brièvement ce que faisait un programme très simple. Voilà ce qui arrive quand on croit que l'important c'est de connaître par cœur les détails, mais qu'on néglige l'objet principal de l'étude... J'avoue d'ailleurs que l'obsession des points secondaires au détriment du principal est un trait de caractère qui m'exaspère !

jeudi, octobre 25 2012

Sur la pseudo-autonomie des universités françaises

Tribune dans Le Monde au sujet de la pseudo-autonomie des universités françaises, dont je partage dans l'ensemble les constats et les suggestions (en étant cependant conscient que je ne connais pas très bien les problèmes).

Un paragraphe me paraît cependant peu clair, sans doute de part des pudeurs de langage :

« Il faut d'abord parvenir à dissocier la politique de l'enseignement supérieur de celle de la jeunesse, que le président Hollande a placée, à raison, parmi les priorités de son quinquennat. L'attribution à la jeunesse d'un statut visant à son autonomie sociale et financière dans un contexte de chômage de masse est une nécessité politique de l'heure. Une vraie politique d'enseignement supérieur doit se préoccuper de la formation tout au long de la vie et non seulement de la prise en charge des flux annuels de bacheliers. »

Doit-on comprendre que les gouvernements successifs ont considéré l'université comme un parking à jeunes, qui permet de leur donner un statut donnant droit à différents avantages (logements, tarifs réduits...) sans les décompter dans les statistiques du chômage, mais sans réelle interrogation sur leurs besoins en terme de formation ?

lundi, octobre 22 2012

Comment passer pour un vieux c... en quelques secondes

(Contexte : une « petite classe » sur le voyageur de commerce dans un cours de logique, calculabilité et complexité.)

un étudiant : Que pensez-vous du recuit simulé pour résoudre le voyageur de commerce ?

moi : Je ne sais pas, la dernière fois que j'ai programmé ça c'était en 1995.

l'étudiant : J'avais 5 ans !

lundi, octobre 8 2012

Terminologie et enseignement de la calculabilité

Un ensemble décidable, c'est la même chose qu'un ensemble récursif. Un ensemble récursivement énumérable, c'est la même chose qu'un ensemble semidécidable (quoique l'idée d'énumération ne fonctionne pas pour l'ensemble vide). Une fonction calculable c'est la même chose qu'une fonction récursive, mais attention, avec le sens de « fonction récursive » en théorie du calcul qui n'est pas le sens ordinaire de fonction récursive en programmation.

Pour tout arranger, la « programmation linéaire » n'a aucun rapport avec ce qu'on appelle le plus souvent « programmation » en informatique.

NB La terminologie est également un peu inconsistante dans d'autres domaines des maths (p.ex. les compacts qui, chez certains, sont des compacts Hausdorff), mais la standardisation des programmes scolaires, notamment des classes préparatoires, y remédie.

samedi, août 4 2012

Des trucs qui ne servent à rien

Une récente tribune dans le New York Times propose de réduire, voire supprimer, l'apprentissage de l'« algèbre » dans l'enseignement secondaire et une partie des études universitaires aux États-Unis. Bien entendu, nous ne parlons pas là de théorie des groupes ou de modules sur des anneaux noethériens, mais de manipulations élémentaires, du type résoudre une équation linéaire simple ou développer un polynôme (l'article propose comme exemple d'exercice inutilement difficile la démonstration de l'identité (x² + y²)² = (x² - y²)² + (2xy)²).

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jeudi, juillet 5 2012

Les mauvaises positions de la France dans les classements internationaux

La presse se fait encore l'écho de classements internationaux où les universités françaises font piètre figure. Quelques réflexions.

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vendredi, juin 8 2012

L'enseignement supérieur par le petit bout de la lorgnette

J'ai pris connaissance de cette pétition, sobrement titrée « Pour une université républicaine ». On y évoque « l’Ancien Régime », le « mandarinat », on s'interroge :

« Au nom de quoi le recrutement des maîtres de Conférences reste toujours de fait chasse gardée de chapelles diverses et de réseaux de connivence illégitimes qui ne peuvent qu’engendrer conformismes et formatages de la recherche et de l’enseignement supérieur en France dès lors menacés de sclérose ? »

L'obligatoire plainte contre les privilégiés des grandes écoles d'excellence :

« En quoi serait-il légitime de créer des postes d'allocataires-moniteurs destinés à des Normaliens ? »

Viennent ensuite les revendications :

« Pourquoi ne pas exiger au moins cinq ans d’enseignement non universitaire à tout professeur candidat au recrutement à un poste de maître de Conférences ? Et même pourquoi ne pas élargir davantage le recrutement à des docteurs qualifiés non professeurs ? »

Rappelons quelques faits. De nombreuses disciplines enseignées dans le supérieur ne sont pas enseignées dans le secondaire (par exemple le droit ou encore l'informatique, bien que cela ait changé récemment). Par ailleurs, en sciences exactes, les critères de recrutement des enseignants du secondaire et des enseignants-chercheurs du supérieur sont très différents : l'enseignant du secondaire est recruté sur un concours mesurant ses connaissances disciplinaires à un niveau bac+3/bac+4, tandis que l'enseignant-chercheur du supérieur, outre sa capacité à enseigner sa discipline, doit démontrer son excellence scientifique par des publications de niveau international et, souvent, une expérience de recherche à l'étranger.

Il est donc flagrant que cette pétition, qui se présente pourtant en des termes très généraux, s'attaque à un problème bien plus restreint, celui des disciplines de lettres et sciences humaines (et peut-être sociales), et peut-être même encore plus précisément à celui de la philosophie. Or, le nombre d'enseignants-chercheurs en sciences exactes et technologies (sans compter la médecine) est largement supérieur à celui des arts, lettres, sciences humaines et sociales (de l'ordre de 25000 contre 15000, dont... 400 philosophes ; par comparaison il y a environ 3300 enseignants-chercheurs en informatique !).

Ce n'est pas la première fois que je constate cette curieuse assimilation de « l'Université » à des disciplines très minoritaires.

samedi, mai 26 2012

Sur l'université et la société, notamment au Québec

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