La vie est mal configurée

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mardi, octobre 27 2015

Plombières-les-Bains

Dans mon livre, en marque-page, un prospectus pour un magnétiseur. Étrange, non ? Je l'ai trouvé à Plombières-les-Bains.

Plombières-les-Bains, jadis station cossue de la bourgeoisie du IIIe Empire, garde de l'époque dorée du thermalisme des vestiges grandioses hélas parfois en bien mauvais point. Il semble que les curistes, de nos jours, y cherchent le soulagement de douleurs — et quand la médecine et les eaux échouent, arrivent les magnétiseurs. Peut-être après-tout ne sont-ils pas moins efficace que les placebos que nous prenons pour divers maux.

J'ai gardé de cette ville une impression de désespoir. Désespoir de ceux qui souffrent et sont prêts à essayer n'importe quoi pour ne plus souffrir. Désespoir de la municipalité, qui avait programmé un festival musical à la programmation incongrue par rapport au public plutôt âgé de la ville — un ersatz de Jack White jouait du rock minimal dans l'indifférence générale.

La dégustation d'une glace « plombière » artisanale apporta l'indispensable touche sucrée dans cette amertume.

lundi, octobre 26 2015

Courrier au médiateur de France Télévision sur les propos d'Hélène Pilichowski

(PDF ici)

Monsieur le médiateur, Lors de l’émission C dans l’air du 25 septembre 2015, sur France 5, la chroniqueuse Hélène Pilichowski a affirmé :

« Moi qui suis grenobloise, il y a des centres de recherche énormes à Grenoble, avec des gens qui étaient nommés à vie. Comment voulez-vous qu’on cherche, et surtout qu’on trouve, pendant toute une vie. Quand ils arrivent à vingt-cinq ans, vingt-huit ans ils sont pleins d’ardeur, puis après ils vont sur les pistes de ski et dans les clubs de tennis. À Grenoble c’était comme ça, c’était tous les chercheurs qui étaient là. Bien évidemment, ils sont nommés à vie. C’est terrible, ça n’a pas de sens. »

En d’autres termes, selon cette éditorialiste, tous les chercheurs titulaires, ou du moins une bonne partie, passée la trentaine, ne cherchent plus, ne trouvent plus, et passent en fait leur temps de travail à leurs loisirs. Il s’agit là d’accusations graves, que nous ne pouvons pas laisser passer.

Il est évident que Mme Pilichowski ignore tout du métier de chercheur et de sa pratique actuelle. Par exemple, peut-être ignore-t-elle que la majorité des chercheurs sont en fait des enseignants-chercheurs, qui, en sus de leur recherche, enseignent et surtout administrent l’université. Peut-être ignore-t-elle que le temps des chercheurs moins jeunes est largement occupé par la rédaction et l’évaluation de demandes de financements, la gestion de problèmes administratifs allant des ressources humaines aux marchés publics, ou encore l’évaluation des travaux des collègues.

S’il existe sans doute, comme dans tout métier, des tire-au-flanc, ceux-ci sont une infime minorité en regard de tous ceux qui font leur métier consciencieusement, dans des conditions que nombre de nos collègues étrangers jugeraient souvent indignes.

Au delà des déclarations de Mme Pilichowski, l’attitude des hôtes de l’émission nous paraît également critiquables. Il nous semble que leur devoir aurait été de recadrer des accusations aussi générales, prononcées à l’égard de catégories entières de personnels non représentés dans cette émission et donc sans mesure de se défendre. C’est là une curieuse conception du fair play et de la pluralité des opinions.

Nous demandons donc à Mme Pilichowski et à France 5 de s’excuser de ces propos auprès des chercheurs grenoblois.

Au delà du cas d’espèce, il nous semble, Monsieur le Médiateur, que cet incident illustre un phénomène inquiétant dans les grands médias : la présence permanente d’éditorialistes s’exprimant sur tout sujet, indépendamment de leur compétence et des erreurs proférées. Peut-être existe-t-il des chercheurs qui, avec l’âge, perdent de leur pertinence, mais dans ce cas il conviendrait de s’interroger sur celle d’éditorialistes dont les propos relèvent du Café du Commerce.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

dimanche, octobre 25 2015

Apitoiement sur son propre sort, négation de celui des autres

L'humain a, je trouve, une étrange tendance à considérer que son expérience personnelle est un cas général et que les problèmes des autres relèvent de l'anecdote ou de l'exagération. J'en ai eu un parfait exemple récemment, lors d'une discussion sur l'enseignement secondaire.

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jeudi, octobre 15 2015

Proposition de loi anti-proxénétisme, encore la censure administrative

La proposition de loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel », actuellement examinée par le Sénat, suscite des critiques. En effet, le texte adopté autoriserait l'autorité administrative à ordonner le blocage par les fournisseurs d'accès Internet de sites donnant accès à des prostituées (sites d'« escortes »).

Il ne s'agit pas pour la plupart des opposants à cette mesure, dont je suis, de défendre le droit à accéder à des sites proxénètes, mais de défendre le principe selon lequel une censure doit être ordonnée si besoin par un juge et non par une autorité administrative. On se demande bien en effet pourquoi certains parlementaires tiennent absolument à une censure administrative, par des autorités de police, et non à une procédure d'ordonnance par un juge judiciaire, garant des libertés publiques.

Le raisonnement des opposants est le suivant : les libertés publiques ne sont pas abattues d'un coup, mais sont progressivement érodées par des mesures dérogatoires visant à régler tel ou tel problème social. La dérogation prend peu à peu la place de la règle : en effet, une fois une dérogation en place, il est tentant d'étendre celle-ci à d'autres domaines. On l'a vu par le passé, avec les fichiers d'empreintes génétiques, concernant initialement les violeurs, maintenant étendus à de nombreux délinquants dont les faucheurs de cultures OGM. On le constate également à propos de la censure administrative : ceux qui la soutiennent à l'égard des sites d'escortes justifient pareille mesure en ce qu'il ne s'agirait que d'étendre une mesure existante adoptée (dans l'émotion) à l'égard des sites terroristes.

L'attitude des parlementaires impliqués me semble particulièrement significative de part leur refus d'examiner la possibilité d'une censure par l'autorité judiciaire et non policière.

Plus inquiétante encore est l'attitude de certains et certaines, se voulant « progressistes », qui soutiennent pareilles mesures. Pour eux, pour elles, visiblement, l'inconvénient de l'ajout d'une mesure de censure policière est négligeable par rapport au progrès social obtenu, et l'insistance pour une censure judiciaire n'est qu'un pinaillage inutile, au mieux d'esprits complotistes (qui croirait, enfin, que la Police puisse abuser de son pouvoir ?), au pire de sympathisants honteux du proxénétisme.

Je pense qu'il y a là une courte vue. En effet, plus on étendra les cas admissibles de censure policière, plus on encouragera l'adoption de nouveaux cas, visant à lutter contre d'autres formes de délinquance… par exemple les troubles à l'ordre public et les dégradations commis par des « progressistes » — ou pourquoi pas la solidarité envers les migrants, considérée comme une collaboration avec la traite par les passeurs. On verra alors certains des mêmes qui actuellement soutiennent la censure policière hurler contre l'arbitraire, les violations des libertés fondamentales et l'utilisation de mesures disproportionnées.

Plus généralement, je suis troublé par l'air d'autoritarisme que dégagent certains et certaines « progressistes » (ceci n'est bien entendu qu'une impression personnelle qui ne prétend pas à une verité statistiquement valide) : leurs causes sont importantes, celles des autres ne le sont pas, la fin justifie les moyens, les restrictions aux libertés qu'ils défendent ne posent aucun problème, ceux qui ne sont pas d'accord sont des réactionnaires, des crétins ou des pleurnichards. Le dialogue est difficile, voire impossible.

mercredi, octobre 7 2015

Petit bilan d'enseignement

J'ai commencé à enseigner l'informatique en 1999 ; il me semble assez légitime et nécessaire d'en faire un petit bilan.

Pendant dix ans, j'ai quasi exclusivement encadré des travaux dirigés et surtout pratiques de programmation et d'algorithmique, notamment de programmation pour débutants. On peut caricaturer cela par « rechercher où l'étudiant a oublié de mettre un point-virgule » ou, pour les cours plus avancés, déboguer le code des étudiants. J'ai trouvé cela intéressant non pas pour les aspects scientifiques ou techniques (assez répétitifs) mais pour l'observation des étudiants.

Je suis loin d'être le seul enseignant à déplorer que les étudiants ne lisent pas les messages d'erreur et n'indentent pas leurs programmes, quoi que disent les enseignants, qui pourtant ont l'expérience pour eux. Je serais curieux de savoir s'il y a une théorie psychologique qui expliquerait cela.

La principale difficulté du débogage pour les étudiants est la difficulté qu'il y a pour eux à s'imaginer que ce qu'ils ont écrit ne fait pas ce qu'ils voudraient. On entend parfois des étudiants invoquer un possible bug du compilateur, alors qu'évidemment pareil problème est bien plus improbable qu'une erreur de débutant. Bref, le débutant n'admet pas qu'il puisse se tromper. J'ignore également les théories psychologiques sur ce sujet, qui doit dépasser largement du cadre de l'informatique.

Le débutant (ou d'ailleurs le non débutant) a également du mal à ne pas confondre le nom, ou la fonction, qu'il donne à un objet, et son action effective. Par exemple. il va rechercher un bug dans une procédure A qui appelle une procédure minimum sans rechercher si le problème vient de la procédure minimum, en étant persuadé que parce qu'elle s'appelle minimum elle calcule effectivement le minimum. Là encore, il doit y avoir une théorie sur la confusion entre ce qu'un objet est censé faire et ce qu'il fait effectivement — confusion qui doit d'ailleurs régner dans d'autres champs.

Un correspondant me rappelle un phénomène que j'ai également constaté : l'étudiant a fait un programme presque correct, et au lieu de chercher à le corriger méthodiquement, procède à des changements hasardeux voire aléatoires qui le détruisent progressivement. Là encore, j'aimerais une explication psychologique. (Il est possible que cela soit lié à l'idée qu'« il faut bien faire quelque chose », même si l'on ne comprend pas ce que l'on fait.)

Je n'ai, hélas pour mon expérience personnelle, jamais enseigné les réseaux, les bases de données ou le système, les autres enseignements de masse typiques. J'ai enseigné des modules de spécialité proches de mes activités de recherche, mais je n'ai guère d'observation à en faire si ce n'est l'apathie d'une bonne partie des étudiants lorsqu'il s'agit d'un module obligatoire, que sans doute ils jugent éloigné de leurs besoins, peut-être d'ailleurs à raison.

L'enseignement que j'ai eu le plus de plaisir à assurer a sans doute été les « petites classes » du cours de logique, calculabilité et complexité. Tout d'abord, j'ai dû apprendre des mathématiques dont je ne me rappelais plus ou que je n'avais jamais apprises. J'ai appris début juillet que j'allais enseigner dans ce cours fin août, j'ai donc lu divers ouvrages sur la logique, les théorèmes d'incomplétude de Gödel, et la théorie de la complexité.

Disons-le franchement, ce cours était « culturel » et non destiné à donner des compétences industriellement applicables. Le seul point qui me semble avoir une utilité pratique est que reconnaître des problèmes indécidables (resp. de haute complexité) permet d'éviter de rechercher pour eux des algorithmes de décision (resp. des algorithmes de décision de faible complexité) : ce n'est donc pas un savoir-faire d'implication directe, plutôt une compréhension des enjeux. Quant à la logique mathématique, aux théorèmes de complétude, de compacité et d'incomplétude, je ne lui connais pas d'application pratique à part si l'on travaille sur des outils informatiques très spécifiques.

À l'exception de la partie complexité, un tel cours aurait d'ailleurs pu avoir lieu dans un département de mathématiques pures voire de philosophie.

Pour les étudiants, ce cours me semble intéressant en ce qu'il expose des limitations mathématiques fortes à ce qu'il est possible de faire. C'est je pense la première fois qu'ils ont affaire à des limites qui ne sont ni sociales, ni physiques (« on ne peut aller au-delà de la vitesse de la lumière »), ni dues à l'ignorance (« on n'en sait rien dans l'état de la science »). Par ailleurs, il permet de demystifier certains concepts galvaudés, notamment les théorèmes d'indécidabilité de Gödel. Enfin, il permet de toucher les limites de la science, puisqu'on touche directement la fameuse conjecture P≠NP.

Je suis content que nous soyons arrivés à attirer un quart d'une promotion sur un enseignement optionnel aussi décalé par rapport aux modes et à l'utilitarisme.

Page blanche

Il faut se rappeler que même Microsoft Word et la Recherche ont commencé par des pages blanches.

Professionnalisme

Bon là, on va rester professionnels. Ce n'est pas grave que nous nous soyons fait jeter un article magnifique. L'important c'est de faire de la science et de remplir le rapport HCERES. L'article, on peut le resoumettre ailleurs. RAAH JE VAIS ÉTRANGLER LE REVIEWER NUMÉRO 3.

Originalité ?

Début du paquet de copies : « ah » « tiens donc » « je n'aurais pas pensé qu'on puisse comprendre les choses comme cela »

120 copies après : « Je ne crois plus à l'originalité, même dans l'erreur. »

Bis repetita

« Lisez le message d'erreur.

- Mais bla et re-bla

- Lisez le message d'erreur.

- Mais ? Mais si bla...

- Je vous assure, lisez le message d'erreur. »

« Mais c'est mal fichu !

- Qu'y puis-je ! »

mardi, octobre 6 2015

Big data

big data

Big Data

BIG DATA

BIGGER DATA

HUGE DATA

AWESOME DATA

Donald Trump Data

lundi, octobre 5 2015

La philosophie et la compétence citoyenne

Le DAEU (diplôme d'accès aux études universitaires, qui permet l'accès à l'université sans le baccalauréat) comporte diverses options. L'option « philosophie » a été supprimée dans certains centres d'examen. Une pétition dénonce cette suppression.

Je trouve moi-même curieux et inquiétant que l'on supprime au DAEU A (littéraire) une discipline présente au baccalauréat littéraire. C'est toutefois du texte de la pétition que j'aimerais discuter ici. On trouve notamment les phrases :

La philosophie est l'une des disciplines qui assurent, au BAC français, sa spécificité en reconnaissant une valeur essentielle à ce qui permet un jugement éclairé. (...) Comme si nos futurs managers devaient se contenter d'être des exécutants au service d'une idéologie qui tait son nom. Parce qu'il y a, là derrière, manifestement un choix de société. Parce qu'on ne sait que trop la voie dans laquelle se sont engagées les sociétés qui ont méprisé l'exercice philosophique. (...) Parce que, enfin, la philosophie dans notre système éducatif est aussi un des symboles de notre République et que c'est s'en prendre aussi à la République que s'en prendre à celle-là.

Je serais curieux de savoir quels pays imposent ou non une épreuve obligatoire de philosophie pour le diplôme de fin d'études du lycée (ou de ce qui tient lieu de lycée), l'état dans lequel sont ces sociétés, lesquelles sont des démocraties libérales ou pas, etc. Cela permettrait en quelque sorte une évaluation empirique de ces affirmations. Bien entendu, il serait difficile de juger de si les citoyens de ces pays sont des « exécutants au service d'une idéologie qui tait son nom », mais on peut sans doute considérer des évaluations de la liberté de la presse, des autres libertés publiques et de la corruption.

Je constate également que ce texte semble revendiquer le développement d'une sorte de « compétence citoyenne » à l'aide d'un enseignement disciplinaire. C'est intéressant, cela me rappelle cette vieille revendication de la formation de l'esprit logique par le latin.

Le vent qui me souffle entre les oreilles

1998: David présente en exposé dans le cours de Giuseppe Longo la preuve de la normalisation forte du Système F par le témoins de réducibilité (je n'ai pas poussé l'abnégation jusqu'à faire celle du Calcul des Constructions).

2009: David prépare un cours de langages de programmation et se rend compte qu'il a tout oublié de ladite preuve de normalisation forte. David révise.

2015: David entend parler d'un truc chelou sur Fω et essaye, sans succès, de se rappeler pourquoi F est fortement normalisant.

Il faut se rendre à l'évidence, David ferait mieux d'essayer d'arrêter de comprendre grand chose à la théorie des types. Ou du moins de tenter de s'en rappeler plus que fugacement.

Tout le monde connaît bien Alan Turing

Imaginons que je fasse un exposé devant des automaticiens (tous chercheurs ou enseignants-chercheurs, avec peut-être quelques doctorants).

Je veux mentionner le théorème de l'arrêt de Turing.

Devinette : que dois-je faire ?

  1. Je suppose que tout le monde connaît. Après tout, cela se voit en licence, ce n'est pas difficile à prouver, et tout le monde, y compris la secrétaire, a entendu parler d'Alan Turing avec la sortie de The Imitation Game.
  2. Je rappelle le résultat en termes simples.

PS La réponse est évidemment 2. L'immense majorité de l'assistance ne savait pas ce dont il s'agissait. En effet, on peut suivre un cursus complet de mathématiques sans avoir vu de logique ou calculabilité. Énième exemple de ce qui est « la base » pour l'un est une connaissance ésotérique et spécialisée pour l'autre.

Mais qu'est-ce qu'elle dit ?

Citation authentique :

« Sa mère les diamants ça chauffe. Je passe aux pigeons. » « Lol. J'ai poussé les pigeons. » « Alors ils te vont mes pigeons ? » « Tout va bien pour les pigeons partiels. » « Je suis dégoûtée des pigeons. »

Devinette : Qui a dit cela ? Dans quel contexte ?

Solution :

Le pigeonhole principle (= en français je crois le principe des tiroirs) désigne en SAT une famille de formules insatisfiables dont les preuves par résolution sont de taille exponentielle donc tout solveur DPLL ou CDCL aura un comportement exponentiel sur elles.

Les diamond formulas sont une famille de formules pour lesquelles toute preuve DPLL(T) (squelette propositionnel + lemmes de théorie sur les propositions atomiques de la formule d'origine) est de taille exponentielle, donc tous les solveurs DPLL(T) ont un comportement exponentiel.

David Hilbert me regarde courir d'une personne à l'autre

(à Palaiseau) O.: Intéressant. Hum, hum. Tu devrais aller poser ton problème à P. Ah oui, aussi à J. à Oxford.

(à Lyon) P.: Intéressant. Hum, hum. Tu devrais aller poser ton problème à O. Ah oui, aussi à J. à Oxford.

(à Kaiserslautern) X.: Intéressant. Tu devrais aller poser ton problème à W. à Oxford - W. c'est le coauteur de J. ? - Oui.

Conclusion : il faut vraiment voir J.

dimanche, octobre 4 2015

Fixette

Mes lecteurs le savent peut être : je fais une fixette sur les invariants inductifs polyédriques et notamment la décidabilité de leur existence. Je vais donc tenter d'expliquer ceci en termes assez simples.

Les programmes informatiques ont (dans certaines limites mais cela nous entraînerait loin) un comportement mathématiquement défini.

On peut donc envisager de prouver mathématiquement qu'un programme fait bien ce qu'il est censé faire. On a d'un côté le programme, de l'autre la définition mathématique de ce qu'il doit faire, et on prouve un théorème.

Malheureusement, on sait depuis Alan Turing (avant l'invention des ordinateurs) que la recherche de cette preuve est difficile. Plus précisément, on montre qu'il n'existe pas de méthode automatique qui permette de la trouver à coup sûr si le théorème est vrai. Il s'agit d'une impossibilité mathématique fondamentale et non d'une faiblesse de l'état de l'art scientifique.

On peut en revanche se poser la question de l'existence d'une preuve dans une certaine classe de preuves. Autrement dit, on va se restreindre aux preuves ayant une certaine forme. Bien entendu, un théorème peut admettre une preuve mais aucune de la forme considérée !

Pour certaines classes de preuves, il existe un algorithme (une méthode automatique) qui dira si une preuve existe ou non dedans.

Pour d'autres classes de preuve, on montre qu'il n'existe pas d'algorithme.

Pour d'autres encore, par exemple les polyèdres convexes et pour une certaine classe de programmes (transitions d'arithmétique linéaire réelle), on ne sait pas à ma connaissance et c'est là ma fixette. J'ai essayé de montrer sans succès qu'il n'y a pas d'algorithme (j'y arrive mais avec des hypothèses changées, j'ai besoin d'au moins une transition non linéaire).

Une telle démonstration d'absence de véritable algorithme permettrait de justifier près de 40 ans de recherches sur des méthodes heuristiques, qui, même si une preuve existe dans la classe considérée, ne sont pas assurées de la trouver.

Et même pour les classes de preuves où il y a un algorithme de recherche, se pose la question de son coût. Parce que quand le coût d'un algorithme double à chaque fois qu'on augmente la taille du problème d'entrée de 1, très vite il devient prohibitif.

PS : Dans une optique delenda est Carthago, je me demande si je ne vais pas caser ce problème ouvert à la fin de chaque exposé que je fais et qui a vaguement un rapport. Un jour, quelqu'un de plus sérieux que moi s'y mettra bien !

PS² : En pratique, ça donne chez moi : médite, gratte gratte sur papier, médite, « oh flûte ».

Mentir si l'on est forcé, est-ce pécher ?

J'ai siégé récemment dans un comité devant sélectionner parmi un grand nombre d'articles ceux qui auraient l'honneur d'une publication prestigieuse. Dans quelques cas, le comité a pris une décision surprenante : l'article est accepté mais les auteurs ont consigne de rayer du titre, du résumé et/ou de l'introduction des prétentions à telle ou telle application à la mode. Un participant s'est exclamé :

« C'est un article scientifique, pas une demande de financement à la NSF. »

Un collègue m'avait exprimé une position similaire : pour lui, il est éthique (*) d'exagérer les applications et implications sociétales de ses recherches sur une demande de financement, alors qu'il n'est pas éthique de mentir sur la science. (**)

Pourquoi cette distinction ? Le système de financement de la recherche scientifique met l'accent sur des thématiques à la mode (par exemple, aujourd'hui en sciences sociales : les migrants), avec un « impact sociétal » (comprendre ici, souvent : industriel). Les chercheurs essayent de coller, au moins en mots, à ces thématiques imposées d'en haut. J'ai évoqué dans mon billet précédent à quel point, avec l'habitude, cela devient un automatisme d'esprit.

Cette adaptation aux thématiques fixées d'en haut est parfois « tirée par les cheveux », voire risible. J'ai ainsi vu des propositions avec mention d'une application à l'économie d'énergie, sauf que le phénomène physique permettant l'éventuelle économie ne porte que sur une fraction négligeable de l'énergie consommée (de l'ordre d'un millionième, de mémoire) et qu'il est fort possible que la consommation augmente pour d'autres raisons.

Un système qui force les gens à mentir est-il un bon système ?

(*) Je ne prétends pas ici traiter d'éthique au sens de la discipline philosophique. Il est fort possible que j'emploie des mots dans un sens incorrect par rapport à celle-ci.

(**) Un directeur de recherche au CNRS a récemment été exclu pour plusieurs années de cet établissement en raison de malversations, et des bruits de couloir évoquent le licenciement d'un autre collègue pour résultats scientifiques inventés.

samedi, octobre 3 2015

This beat is pipotronic

Ces dernières années, j'ai eu un projet ERC accepté et fais partie deux projets ANR acceptés, j'ai évalué des projets ANR, ai été dans un panel européen attribuant des budgets, et ai conseillé divers collègues pour la préparation de projets ERC.

Récemment, une collègue me disait qu'elle comptait proposer un projet à l'ANR, mais constatait avec dépit qu'il y avait quatre thématiques prioritaires et qu'elle n'était dans aucune.

J'ai alors réagi automatiquement et en quelques phrases ai justifié pourquoi son projet était à la fois pertinent dans la thématique « objets connectés » et pour le Big Data (et en plus, sans dire de faussetés).

La collègue m'a alors dit que j'étais effrayant.

jeudi, octobre 1 2015

Démagogie anti-chercheurs à la télévision publique

On me signale cette émission de télévision où une certaine Hélène Pilichowski déclare, en présence du Premier Ministre Valls, au sujet du statut des fonctionnaires :

« Moi qui suis grenobloise, il y a des centres de recherche énormes à Grenoble, avec des gens qui étaient nommés à vie. Comment voulez-vous qu'on cherche, et surtout qu'on trouve, pendant toute une vie. Quand ils arrivent à vingt-cinq ans, vingt-huit ans ils sont pleins d'ardeur, puis après ils vont sur les pistes de ski et dans les clubs de tennis. À Grenoble c'était comme ça, c'était tous les chercheurs qui étaient là. Bien évidemment, ils sont nommés à vie. C'est terrible, ça n'a pas de sens. »

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mercredi, septembre 23 2015

Quelques remarques sur l'affaire Volkswagen

Tous les médias évoquent la tricherie par Volkswagen aux tests antipollution. D'après ce que j'en comprends, le calculateur de bord qui contrôle la carburation sur certains modèles de Volkswagen diesel détecte quand la voiture est utilisée dans les conditions de conduite normalisée de certains essais officiels et applique alors un mode spécial diminuant les émissions. On peut conjecturer que ce mode induit également des performances médiocres, que les conducteurs ne toléreraient pas, et que c'est pour cela qu'il n'est pas appliqué en conduite normale.

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