En janvier 2011 j'écrivais un billet où je mettais en garde contre l'usage de services (courrier électronique, agendas...) de Google au motif que celle-ci pourrait fort bien espionner ses utilisateurs, y compris à des fins d'espionnage industriel pour le profit des États-Unis (*).
vendredi, juin 14 2013
Google is not evil
Par David Monniaux le vendredi, juin 14 2013, 07:46 - Réseau
jeudi, juin 13 2013
Le Sénat et la loi Toubon
Par David Monniaux le jeudi, juin 13 2013, 10:41 - Société
Regardez cette page. Vous ne notez rien ?
Je vois un joli drapeau britannique « English version ». Toujours rien ?
Loi n⁰94-665 du 4 août 1994, dite « loi Toubon » :
Article 3 Toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l'information du public doit être formulée en langue française (...)
Article 4 Lorsque des inscriptions ou annonces visées à l'article précédent, apposées ou faites par des personnes morales de droit public ou des personnes privées exerçant une mission de service public font l'objet de traductions, celles-ci sont au moins au nombre de deux. (...)
Sécurité flashy
Par David Monniaux le jeudi, juin 13 2013, 10:10 - Réseau
Lu chez 20 Minutes :
«Le côté graphique est souvent négligé car les hackers produisent ces mails à la va-vite, explique Fabrice Champion, chef des services France et Maghreb pour la société Kaspersky, spécialisée dans la protection des données informatiques. On remarque d’ailleurs qu’il n’y a quasiment jamais d’animations en flash dans ces mails alors qu’on en trouve régulièrement dans ceux qui proviennent de sites officiels.»
Mon dieu... qualifier Flash d'indice positif de sécurité accrue !
Le lecteur Adobe Flash a, au cours du temps, été la cible de nombreuses attaques... je me rappelle notamment d'une époque où il y avait sans cesse des mises à jour de sécurité. En 2011, lorsque j'étais de visite chez Microsoft Research à Redmond, mes collègues m'expliquèrent que, Microsoft ayant fait de grands efforts de sécurisation (fuzzing intelligent des lecteurs de fichiers et de protocoles Web, etc.), les pirates visaient dorénavant notamment les produits Adobe (PDF et Flash). Sur certaines plate-formes, Flash n'est pas installé, pour des raisons de sécurité notamment. Dernièrement, j'ai encore eu à expertiser un article scientifique illustrant des méthodes d'instrumentation de code par l'exemple de la sécurisation d'ActionScript, le langage de script de Flash...
Tout cela n'est pas sérieux. J'aurais pour ma part beaucoup plus confiance en ma banque, mon assureur etc. s'ils n'utilisaient pas de Flash, pas de JavaScript compliqué, etc. De tels sites n'ont, en effet, pas à recourir à des effets graphiques sophistiqués pour me présenter les informations dont ils traitent !
(Une petite remarque de ma part : une recommandation de bon sens est de ne jamais répondre à un courriel qui renvoie sur un site qui n'est pas le site officiel de l'entreprise concernée. Or, certaines entreprises utilisent des services de prestataires externes pour, par exemple, des sondages de contentement ; les courriels appelant à répondre renvoient sur les sites de ces prestataires... Il me semble que cela est contre-productif, car cela donne l'habitude aux clients de répondre à des tiers.
Par ailleurs, de nombreuses entreprises ne proposent pas l'intégralité de leur site en HTTPS, réservant le chiffrement SSL à la partie traitant d'informations client confidentielles. Il me semble cependant qu'il est souhaitable que des tiers ne puissent pas altérer, pendant leur transmission, le contenu des pages d'information générales d'un site tel que celui d'un compagnie d'assurance ou d'une banque... On peut ainsi très bien imaginer une page non sécurisée modifiée fournissant un lien vers un faux site sécurisé. Certes, cela nécessite une attaque avec interception de communication et remplacement de données (man-in-the-middle), et non simplement espionnage de la communication en cours, mais cela me paraît jouable par exemple sur une infrastructure wifi.)
mercredi, juin 12 2013
Par une récurrence triviale
Par David Monniaux le mercredi, juin 12 2013, 10:16 - Enseignement
Message aux étudiants : parsemer une copie de « clairement » n'est pas la meilleure façon de se mettre le correcteur dans la poche. (*)
C'est également vrai pour les soumissions d'articles scientifiques.
(*) Sauf peut-être si l'on a démontré par ailleurs que l'on maîtrise suffisamment le sujet pour que ces choses soient effectivement triviales...
mercredi, juin 5 2013
De l'importance du tiret
Par David Monniaux le mercredi, juin 5 2013, 22:33 - Société
mardi, juin 4 2013
La supposée précision du français
Par David Monniaux le mardi, juin 4 2013, 16:52 - Société
Lu ici ce commentaire :
« L’anglais non maîtrisé est une immense source de mal entendus. Nous pouvons entendre l’Anglais sans le comprendre ou en le comprenant mal. C’est le risque avec un enseignement en Anglais. Les mots Anglais ont un sens qui dépend du contexte. Se tromper dans la compréhension du contexte entraîne un apprentissage erroné. A l’inverse de l’Anglais la langue Française est précise et avec peut d’ambiguitée. Corrigeons nos dictionnaires informatiques l’histoire d’avoir un français plus propre. Oui pour s’inspirer de la culture anglo-saxonne, non pour la mimer. Il est de plus temps d’enrichir la culture Française. Les nouveaux mots intégrés au dictionnaires sont une offense a notre culture, pourquoi des mots du trottoir et non des mots de la science ou de la technologie ? »
J'ignore d'où l'on tire cette supposée précision de la langue française par rapport à l'anglaise, cette dernière ayant d'ailleurs un vocabulaire plus riche. On évoque souvent l'exemple de la résolution 242 des Nations-Unies, avec son "from occupied territories" qui veut dire littéralement « de territories occupés », ce qui est différent du « des territoires occupés » de la version française : le premier exigeait que certains territoires fussent libérés, tandis que le second l'exigeait de tous les territoires. Toutefois, on aurait eu exactement le même problème en français, suivant que l'on eût utilisé « de » ou « des » ! La diplomatie, comme le droit, à l'inverse de la science, sont justement des cas où l'on peut rechercher délibérément des tournures vagues, et je pense que c'est justement ce qui a eu lieu ici.
Je n'ai jamais constaté que le sens des mots en anglais fût spécialement contextuel, du moins pas plus qu'en français, si ce n'est le cas des verbes + pré/postposition, qu'il faut analyser comme une unité sémantique et non comme deux éléments séparables.
Encore une fois, ce débat serait plus clair s'il s'appuyait sur des faits.
(Prenons un exemple concret : en français courant, un « commissaire » est un « commissaire de police » ; dans des usages moins courants, un « commissaire » est le membre d'une commission, ou encore le représentant d'une haute autorité, d'où l'expression « commissaire du Gouvernement »... laquelle veut dire « représentant du Gouvernement », sauf dans le contexte des juridictions administratives où il s'agissait d'un magistrat chargé de rendre un avis indépendant de celui de l'État, partie au procès, raison pour laquelle on a fini par le renommer « rapporteur public ». Je défie quiconque de remonter au sens réel de « commissaire du gouvernement devant le Conseil d'État » sans une fine connaissance contextuelle.
Plus pénible : en français courant, on dit « beau-père » ou « belle-mère » pour désigner ce que l'on appelait « parâtre » et « marâtre », ce dernier mot étant devenu très connoté négativement, c'est-à-dire le nouveau conjoint d'un parent, en plus du sens de « parents de la conjointe » ; l'anglais distingue stepfather (resp. stepmother) de father-in-law (resp. mother-in-law). Or, s'agissant d'acceptions différentes dans un même contexte — la famille — le risque de confusion est bien réel.)
Administration électronique ?
Par David Monniaux le mardi, juin 4 2013, 10:47 - Société
On nous parle souvent de l'« administration électronique » ; qu'en est-il réellement ?
Nous devons accueillir en octobre prochain un jeune chercheur australien ; comme nous sommes prévoyants, nous avons fait dès maintenant les formalités pour l'obtention de son visa. Une étape très importante est la fourniture par l'université d'une « convention d'accueil » visée par la Préfecture ; ce document est indispensable pour obtenir le visa et, plus tard, le titre de séjour. Comme nous sommes précautionneux, nous avons envoyé ce document par un service (coûteux) de « courrier express », censément en deux jours, qui, au bout de deux semaines d'atermoiements, a avoué au jeune chercheur destinataire que le précieux document avait été perdu. Nous devons donc le faire refaire et expédier.
Réfléchissons. Ce document provient d'une université, est tamponné par une préfecture et est destiné à un consulat et une préfecture (d'ailleurs, la même). Il s'agit donc d'un document de l'administration pour l'administration... quelle nécessité de le faire transiter par un service de courrier international et le jeune chercheur concerné ? Ne pourrait-on pas concevoir un système simple et sécurisé (*) d'archivage numérique de tels documents avec consultation depuis les postes de travail des consulats et des préfectures ?
Peut-être est-il en fait préférable qu'il n'y ait pas de tel système : tout autant que la bureaucratie papier je crains la commande publique à des sociétés de service en informatique...
(*) Je suis d'accord que l'informatique sécurisée, cela n'a rien d'évident ni d'assuré, mais quelle est la sécurité d'un morceau de papier ?
lundi, juin 3 2013
Laurent Bloch, au sujet de la bureaucratie dans les universités
Par David Monniaux le lundi, juin 3 2013, 23:16 - Enseignement
Ceux qui s'intéressent à l'enseignement supérieur et à la recherche liront avec profit ces deux billets de Laurent Bloch :
Laurent Bloch y pointe ce qu'il faudrait vraiment réformer. Certes, il s'agit de « problèmes d'intendance » et non de « grands enjeux »....
Gageons qu'on n'en fera rien, et que l'on continuera à faire croire qu'une réforme de l'enseignement supérieur consiste à bricoler les conditions des concours de recrutement des enseignants-chercheurs, le nombre de représentants des étudiants et personnels dans les conseils d'administration, qu'une université est autonome alors qu'elle ne maîtrise ni l'entrée des étudiants ni les diplômes qu'elle délivre, et que la civilisation va s'écrouler si l'on fait cours en anglais en master 2 de physique.
mardi, mai 28 2013
L'étau se resserre
Par David Monniaux le mardi, mai 28 2013, 20:47 - Recherche scientifique
Hier matin, l'intuition me vint : ce problème est EXPTIME-dur, je rédigeai donc la preuve dans l'après-midi.
Je suis bien évidemment encore infichu de montrer qu'il est NEXPTIME-dur (non, la preuve pour EXPTIME ne fonctionne plus si je remplace la machine déterministe par une non-déterministe, ce serait trop simple jeune impudent), Mais je ne sais pas si c'est NEXPTIME-dur, en fait. C'est un peu cela la différence entre la recherche et les examens : dans ces derniers, a priori, les résultats à démontrer sont vrais (et démontrables en pas trop d'étapes).
PS Je commence à soupçonner une complexité intermédiaire... Je peux montrer qu'un problème voisin de celui que j'étudie est NEXPTIME-complet, mais celui-ci met en jeu plus de « choix » tandis que le mien a une sorte de propriété de monotonie !
lundi, mai 27 2013
Externalisation
Par David Monniaux le lundi, mai 27 2013, 15:41 - Recherche scientifique
Je viens de recevoir un courriel m'informant qu'un article que j'ai co-écrit avait été mis en page (ah ah ah de toute façon nous devions fournir le LaTeX, donc je me demande bien quel travail supplémentaire a été fourni) avant publication chez Springer. Comme de bien entendu, ce courriel émane d'une société indienne de sous-traitance de l'édition...
Marchés publics
Par David Monniaux le lundi, mai 27 2013, 11:15 - Recherche scientifique
Entendu l'administrateur système rouspéter parce que le titulaire du marché de consommables pour imprimantes facture ceux-ci 25% de plus que le prix public en vente directe chez le producteur.
Comme je lui disais, cela ne vaut pas ce fournisseur jadis titulaire du marché d'ordinateurs « Mac » d'un célèbre établissement parisien, mais incapable d'en livrer un seul, ou encore cette librairie anglaise titulaire du marché de livres étrangers, mais qui mettait deux semaines pour répondre (à tort) que le livre commandé n'existait pas, alors qu'il était en vente chez Amazon (livraison sous deux jours).
Continuons, continuons.
samedi, mai 25 2013
La publication en anglais, signe de médiocrité
Par David Monniaux le samedi, mai 25 2013, 13:01 - Recherche scientifique
Lu au courrier des lecteurs du Monde du 20 mai 2013, toujours sur cette thématique des scientifiques français qui publieraient en anglais parce qu'ils sont, somme toute, médiocres :
J’en ajouterai un autre : comment croire qu’en incitant nos enseignants à professer en anglais et à exposer leurs travaux dans une langue qui ne leur est pas maternelle, ces cours et ces travaux en deviendront meilleurs. Une langue en soi n’est rien mais elle est, et c’est là l’essentiel, le véhicule de l’intelligence, de la réussite et de la créativité du groupe de personnes qui la parle. Pourquoi, par exemple, utilise-t-on le français dans des milieux aussi différents que les mathématiques et l’escrime ? Parce que les français y excellent. Conclusion ? Que les français innovent et ce qu’ils auront trouvé, exposé en français, portera notre langue hors de nos frontières.
Signé Bernard Gross, Professeur retraité, Université H. Poincaré, Nancy.
Pour ma part, je doute franchement qu'il y ait beaucoup de gens qui lisent Einstein en allemand. Pour des domaines plus proche du mien, il me semble, par exemple, que la thèse d'Hermann Weyl sur les polyèdres convexes est principalement connue au travers de sa traduction en anglais par Fulkerson...
Notons que Bernard Gross était professeur de droit, c'est-à-dire d'une matière par essence plutôt nationale et francophone, le droit étant propre à chaque pays, les lois et jugements étant rédigés dans la langue officielle en utilisant des mots et concepts propres au pays. C'est donc un domaine quasiment hors de la concurrence étrangère (vous me direz, cela n'empêche pas des députés de faire des réflexions du même acabit, alors que leur mandat est également hors concurrence étrangère).
Il est de coutume, de nos jours, de fustiger le déclinisme. Il me semble qu'il n'y a pire déclinisme que celui consistant à expliquer que ses compatriotes (surtout ceux que l'on ne connaît pas suffisamment) sont des médiocres.
Enseignement en anglais par des non-anglophones
Par David Monniaux le samedi, mai 25 2013, 07:39 - Enseignement
Nous avons beaucoup entendu parler de globish ces derniers temps. Je me permets de signaler les travaux de ma collègue Beyza Björkman sur l'enseignement en anglais en Suède, plus spécifiquement dans les disciplines de sciences et d’ingénierie à l'Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm.
Je renvoie notamment sur ''English as the lingua franca of engineering education'', où l'on trouve notamment cette intéressante remarque conclusive :
It is remarkable that despite the relatively high frequency of the non-standard forms of English, there is little communication failure because of grammar- or vocabulary-related oddities. The results show a clear tendency by engineers to reduce redundancy and to focus on function regardless of standard form.
Signalons par ailleurs cet article plus politique de Claude Truchot, dans lequel je trouve une affirmation intéressante, quoique manquant de source pour la corroborer :
(...) le recours à un idiome approximatif qu’il est excessif de nommer « langue anglaise » et qu’il serait plus approprié de qualifier de « globish ». Lors du recrutement, les universités se fient le plus souvent aux publications en anglais des candidats. Mais dans presque tous les cas les textes ont été revus et réécrits pour être publiés et ne reflètent pas le niveau d’anglais de ceux qui les signent.
En informatique, en général, on n'a pas plus de corrections que celles proposées par les referees scientifiques, les éditeurs assurant un service souvent très minimal ; il est courant que ce soit aux auteurs d'assurer la mise en page et de fournir une version « prête à imprimer ». Parfois cependant, il y a relecture, avec des interventions pas toujours heureuses ; celles-ci semblent plus courantes dans d'autres disciplines, certains collègues déplorant qu'il soit nécessaire de repasser après les correcteurs...
On m'informe enfin de la pratique d'un collègue grenoblois de sciences de la Terre de recourir à un relecteur externe à l'université, coûtant de l'ordre de 200€ par article (mais il est dans un domaine où l'on paye de toute façon les revues pour publication, de sorte que ce coût n'est qu'additionnel). Je n'ai pour ma part jamais entendu parler de collègues de ma discipline qui agiraient ainsi ; au mieux, on trouve un collègue anglophone pour relire.
Tout ceci, encore une fois, me semble témoigner de la diversité des pratiques et des besoins dans l'enseignement supérieur.
vendredi, mai 24 2013
Une proposition d'un collègue
Par David Monniaux le vendredi, mai 24 2013, 13:05 - Recherche scientifique
Un collègue me suggère la proposition suivante : si cela est réellement un problème que les scientifiques français écrivent leurs articles scientifiques dans un anglais appauvri, maladroit, les plaçant en infériorité par rapport aux collègues anglophones, pourquoi ne pas recruter, dans chaque laboratoire, un ou plusieurs traducteurs / relecteurs / correcteurs qui se spécialiseront dans le vocabulaire et les tournures de phrase de la thématique du laboratoire, dans les langues de publication ? (Et pourquoi pas aussi, d'ailleurs, expert en LaTeX ?)
Triple avantage :
- Nous aurions un français et anglais (et pourquoi pas mandarin, japonais, espagnol, etc.) de haute volée.
- Le temps libéré pour les chercheurs pourra être utilisé pour d'autres activités, par exemple écrire de la vulgarisation en français.
- Cela créerait de l'emploi.
Bien entendu, cela coûterait de l'argent, mais que ne ferait-on pas pour le rayonnement de la France et de la langue française ? (D'ailleurs, s'agissant d'une mission linguistique et de rayonnement, il me semblerait raisonnable que les rémunérations de ces personnels ne soient pas imputées sur le budget de la Recherche, mais sur celui de la Culture, du moins en terme de missions LOLF.)
Je lui ai suggéré d'envoyer ses suggestions à un journal ainsi qu'à Jacques Myard.
jeudi, mai 23 2013
Service de traduction
Par David Monniaux le jeudi, mai 23 2013, 22:50 - Recherche scientifique
M. le député Jacques Myard a déclaré :
« Il est clair qu’aujourd’hui, si vous êtes en pointe dans votre recherche et publiez en français, vous serez de toute façon lu dans le monde entier, car il existe partout des services ayant vocation à éplucher et traduire les revues scientifiques. »
Le sous-entendu est un peu le même que la thèse de mon collègue Pierre Colmez : si vous vous sentez obligé de publier en anglais pour être plus lu, c'est que vous êtes en fait un scientifique de seconde zone (je suppose que mon collègue n'entend parler que de son domaine des mathématiques).
À part cela, j'aimerais, puisqu'il existe partout des services qui épluchent et traduisent les revues scientifiques, que M. Myard m'indique celui compétent en France, dont on m'a ailleurs encore affirmé l'existence sans jamais daigner de me fournir ses coordonnées.
J'ai contacté M. Myard pour qu'il m'éclaire à ce sujet : j'ai parfois à lire de vieux articles en russe ou en allemand, et je profite de ce billet pour le remercier d'avance et publiquement.
Toujours selon M. Myard, l'anglais de communication internationale, c'est-à-dire celui utilisé dans l'essentiel des publications en sciences exactes, est
« un sabir qui est un moyen mercantile de vendre des cacahouètes, mais ne permet pas de conceptualiser. Quel est donc ce peuple qui a honte de sa propre langue ? »
J'ignorais que l'on accordât des prix Nobel, des médailles Fields, et autres hautes récompenses, pour des travaux sans conceptualisation.
mercredi, mai 22 2013
Tribune dans Libération sur l'usage des langues dans la recherche scientifique
Par David Monniaux le mercredi, mai 22 2013, 20:00 - Recherche scientifique
Le journal Libération a eu l'amabilité de publier une tribune dans laquelle je déplore la confusion introduite au sujet des usages possibles de l'anglais dans le débat sur l'enseignement supérieur.
Les uns annoncent la fin du français dans l'enseignement supérieur... alors que cela semble totalement irréaliste vu le niveau de nos bacheliers en anglais. D'autres mélangent le cas des études de littérature et celui des études avancées en sciences. Les enjeux les plus divers sont évoqués, certains se mettant à défendre l'instauration espéranto comme langue de communication dans les instances politiques internationales.
Le public ne peut qu'être étourdi par pareille cacophonie, sans parler du fait que certaines des personnes qui s'expriment, et pas forcément des moindres, ne savent pas toujours de quoi elles parlent. J'ai donc tenté de ramener le débat sur un point précis, à savoir les études scientifiques supérieures (master recherche, écoles d'ingénieurs de haut niveau, doctorat) et la recherche scientifique.
Le retour de la mystérieuse enquête ELVIRE
Par David Monniaux le mercredi, mai 22 2013, 10:12 - Société
Un récent article du Monde dit tout haut ce que tout le monde qui connaît la recherche en sciences exactes sait, à savoir que la langue standard de communication dans ces domaines est l'anglais (sauf exceptions).
Cet article s'appuie sur les résultats de l'enquête ELVIRE de l'INED. Mes fidèles lecteurs savent que j'ai évoqué cette enquête à plusieurs reprises sur mon blog, en m'étonnant de ce que ses résultats ne fussent pas rendus publics (en 2010, en 2011, en 2012, en 2013). Je me demandais même si cette discrétion était due au caractère explosif des résultats, mais je rejetais cette hypothèse comme relevant par trop des « théories de la conspiration » ; le caractère enflammé et pour tout dire excessif du présent débat sur l'enseignement en anglais à l'université me fait maintenant songer qu'il y avait peut-être de cela...
Je me demande d'ailleurs comment et pourquoi le journaliste a eu accès aux résultats de cette enquête, tandis que le site officiel de celle-ci, auquel a accès le grand public, indique encore « Nous vous remercions de votre intérêt et nous vous invitons à entrer dans notre site pour vous informer sur l'enquête. Bientôt, vous pourrez aussi découvrir les premiers résultats. ».
Il semble que cette enquête soit maintenant disponible ici, merci Sylvestre Huet.
Mon dieu mais quelle horreur, la technique !
Par David Monniaux le mercredi, mai 22 2013, 08:19 - Société
Lu dans les commentaires du Monde, apparemment par l'auteur de ce blog :
« Plus on va vers les jeunes chercheurs, moins on a affaire à des intellectuels, et plus on a affaire à des techniciens. Il n'est donc pas étonnant qu'ils ne défendent pas leur langue, qui n'est pour eux qu'un véhicule. Ils ont une mentalité de colonisé, et ne s'aperçoivent pas que l'anglicisation favorisent les anglophones de naissance, et que les chercheurs non anglophone n'ont de l'anglais qu'une maîtrise sommaire. »
Quelle suffisance ! Faut-il évoquer à nouveau l'ouvrage de Gilles Dowek sur les préjugés, à propos du regard posé sur la technique ?
Plus sérieusement, quiconque va dans des conférences scientifiques, du moins dans certains domaines, sait que les anglophones de naissance se raréfient : les laboratoires américains fonctionnent avec des doctorants indiens, chinois, etc., sans parler des professeurs israéliens (essayez Moshe Vardi, c'est un peu comme si Popeck faisait un cours d'informatique théorique en anglais).
Exercice : prendre les auteurs des articles à POPL 2013, chercher leur nationalité, compter combien sont anglophones de naissance.
mardi, mai 21 2013
Pitié pour le relecteur
Par David Monniaux le mardi, mai 21 2013, 22:10 - Recherche scientifique
Un article scientifique, pire, une thèse, ne doit pas être un jeu de pistes où le lecteur cherche où sont les définitions des concepts évoqués, les preuves des théorèmes avancés !
Au nom de la race
Par David Monniaux le mardi, mai 21 2013, 13:27 - Société
Une tribune récente suscite la polémique. En résumé, cette tribune soutient que les mots « sexe » et « race » recouvrent des concepts simples et visibles, définissables scientifiquement.
S'il s'agit de dire qu'il existe sur terre différents groupes ethniques, ou des différences génétiques liées aux origines familiales ou régionales, s'illustrant par exemple par la prévalence de certaines maladies dans certains groupes, il me semble qu'il s'agit d'une banalité pour quiconque se tient informé de l'actualité médicale (par exemple, les noirs américains ont une probabilité sensiblement supérieure aux blancs américains de développer un cancer de la prostate, même si l'on contrôle les facteurs comme la richesse et le mode de vie).
Cependant, l'usage même du mot « race » me pose un problème, en raison de sa définition traditionnelle, s'agissant des animaux. Les « races » d'animaux, comme les variétés végétales, résultent de l'action humaine qui, volontairement, a voulu obtenir telle ou telle caractéristique (même si certaines différences raciales découlent certainement de hasards ou du moins d'actions non pleinement volontaires).
De cela découlent :
- Les races ont des caractéristiques comportementales associées. Un chien « de berger » aura une plus grande probabilité qu'un chien de « défense » ou de chasse à savoir gérer un troupeau de brebis.
- L'homme se préoccupe de la pureté des races d'animaux, et de la possibilité de « pollution » par d'autres races (voire par des sans-race), d'où les stud-books et pedigrees. Cela se comprend bien : si on a pris la peine, au cours des générations, d'isoler une race ou une variété, on n'a pas forcément envie de la voir disparaître par mixité génétique.
Si l'on applique le concept de « race » aux humains, se posent naturellement les questions :
- Qui a distingué ces races et dans quel but ? Dieu ?
- Quelles sont les caractéristiques de chaque race ? S'agit-il de dire que « les noirs ont le sens du rythme » ?
- Faut-il préserver les races des mélanges ?
Il me semble donc que ce terme est très chargé, trop chargé, pour qu'on puisse l'utiliser facilement, même pour des sens bénins.
PS Un autre exemple, pour les informaticiens qui traîneraient ici. On trouve parfois dans les ouvrages de calculabilité ou de complexité l'affirmation qu'un « problème » n'est jamais qu'un « ensemble d'entiers naturels ». Du strict point de vue du raisonnement ensembliste formel utilisé dans la preuve, c'est le cas, de la même façon qu'une race « ça n'est jamais qu'un ensemble d'individus regroupés par une caractéristique génétique »... mais c'est plus subtil que cela :
- Le mot « problème » sous-entend que l'on va chercher à le « résoudre », ce qui dans un contexte informatique se fait algorithmiquement. De fait, un problème, c'est un ensemble d'entiers dont on s'intéresse aux algorithmes qui calculent sa fonction caractéristique.
- Lorsque l'on dit « le problème de savoir si un graphe est ou non 3-coloriable », on sous-entend que le codage des graphes dans les entiers naturels n'importe pas (de fait, tout codage « raisonnable » aboutit au même résultat de complexité), de la même façon que l'on peut construire le corps des réels de multiples façons.
Il me semble que là encore, le terme choisi décrit non seulement la réalité objective de l'objet décrit, mais encore les intentions du locuteur ou de la société par rapport à cet objet.
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