La vie est mal configurée

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mardi, août 12 2014

Le pistolet-laser thermomètre

RFI rapporte que, pour dépister le virus Ebola, on mesure la température des voyageurs dans les aéroports à l'aide d'un « pistolet laser »:

Un pistolet laser sur la tête pour mesurer la température, une camera thermique pour afficher la chaleur des corps sur un écran plat, c’est le nouveau rituel pour les passagers dès l’entrée de l’aéroport Gbessia de Conakry. Ce dispositif de sécurité sert à identifier les passagers qui ont une fièvre au-delà de 38°.

Il s'agit, semble-t-il, d'une mesure par infrarouges thermiques, qui ne met pas en jeu de laser en elle même. Le laser, opérant en lumière visible, n'est là que pour pointer le point de mesure. Autrement dit, un bête pointeur laser (oui, comme ceux pour pointer le tableau dans les exposés ou faire courir un chat d'appartement) couplé à un thermomètre à infrarouges. Cela fait cependant plus impressionnant de parler de « pistolet laser », comme dans Star Wars...

jeudi, août 7 2014

Université de tricotage

En France, nous sommes habitués à des établissements d'enseignement supérieur mixtes (même les écoles militaires le sont depuis un certain temps déjà). C'est donc avec une certaine surprise que j'ai constaté à Séoul la présence d'universités féminines. (Enfin, je ne suis qu'à moitié surpris, vu ce que je savais de la société coréenne.)

Mieux, le campus de l'Université Hanyang comprend aussi les bâtiments de l'Université féminine Hanyang, comme s'il s'agissait d'un « département » de l'université comme les autres. Faut-il comprendre que si l'on est une femme, on ne peut rentrer à l'Université Hanyang « normale », ou celle-ci est-elle mixte mais pas l'autre ? Il faut dire que les programmes proposés à l'Université féminine, à l'exception d'un peu d'informatique, sont dans des rôles féminins traditionnels : tricotage, interprétariat, tourisme, arts plastiques, éducation des enfants, décoration…

Ceci permet sans doute d'éclairer certaines questions de collègues coréens : ainsi, à un chercheur mentionnant qu'il a un enfant, « est-ce que votre femme travaille ? ». La réponse « oui, elle est professeur d'université » a dû un peu surprendre. De même, une collègue coréenne, travaillant dans l'industrie après son doctorat, son mariage et son premier enfant, m'avait laissé entendre que c'était inhabituel et qu'heureusement que sa (belle-?)maman pouvait s'en occuper quand elle n'était pas là.

Je me rappelle d'une visite dans un laboratoire japonais entièrement masculin, sauf l'inévitable office lady, qui non seulement assure le secrétariat, mais fait la vaisselle (lorsque j'ai voulu laver ma tasse à thé, on m'a repris en m'expliquant « c'est le travail de l'office lady »).

Afin que mon article ne paraisse pas une critique des sociétés extrême-orientales, je voudrais mentionner que la Chine me semble avoir bien plus féminisé son personnel scientifique et technique (du moins hors instances dirigeantes). Par ailleurs, mon plus bel exemple de laboratoire masculin, je l'ai vu à Imperial College à Londres : je donnais un séminaire devant une salle bondée dans un département d'electrical engineering, où quelques femmes étaient présentes, mais venant il me semble du département de computer science voisin ! De fait, il ne semblait pas y avoir une seule femme parmi les doctorants, et il y avait même une blague salace sur un tableau (que j'ai heureusement oubliée). C'était caricatural.

mardi, août 5 2014

Reconnaissance de fichiers par GMail

Il semble que Google reconnaît des fichiers pédopornographiques dans des courriels à l'aide d'un hachage (autrement dit, il reconnaît des fichiers déjà répertoriés comme « sensibles »). Nous ignorons s'il s'agit de hachage exact (le fichier doit être exactement le même à l'octet près) ou d'un hachage flou (la même image est reconnue même s'il y a décompression, recompression voire recadrage etc.).

Ceci nous apprend (mais nous devions nous en douter) que Google hache tous les fichiers attachés et les compare à une bases de données : visiblement, des images pédophiles, des virus... et pourquoi pas des images, des textes ou des vidéos politiquement sensibles ?

mercredi, juillet 30 2014

Comment la recherche française est plombée dans les classements internationaux

Mon estimé collègue Moshe Vardi a publié cette liste des organismes dont les chercheurs publié des articles en 2013 dans les revues et conférences de l'ACM.

Il s'avère que les laboratoires d'informatique de l'Université de Grenoble y figurent sous divers noms : je compte au moins

  1. INP Grenoble (7)
  2. INP Grenoble - ENSIMAG (1)
  3. Université Grenoble Alpes (1)
  4. Université Joseph Fourier (18)
  5. VERIMAG (3)
  6. TIMA Laboratoire (1)
  7. GIPSA-lab (3)

auquel il faut sans doute ajouter une partie des articles attribués au CNRS et à l'INRIA.

L'étranger qui chercherait l'Université de Grenoble (réflexe normal pour un étranger) ne trouverait qu'un article et en conclurait que c'est un college d'enseignement sans recherche.

mardi, juillet 29 2014

Lutte contre les dangers d'Internet : voulons-nous vraiment l'efficacité à tout prix ?

L'Assemblée nationale examinait récemment la possibilité d'interdire l'accès à certains sites Web par simple décision administrative (article 9 du projet de loi n⁰2110). On justifiait pareille procédure, exorbitante par rapport au droit de la presse, où il faut l'intervention du juge judiciaire pour interdire une publication, par son efficacité et sa rapidité : il suffirait qu'un service de police spécialisé accuse un site de promotion du terrorisme pour que l'accès à celui-ci soit bloqué.

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lundi, juillet 28 2014

Quelques remarques sur le supposé endoctrinement scolaire

D'après certains militants de gauche, les épreuves du baccalauréat 2014 seraient une entreprise de propagande néo-libérale au motif qu'il était demandé de détailler certains inconvénients du protectionnisme. Précédemment, divers commentateurs de droite avaient accusé l'enseignement de l'économie et des sciences sociales au lycée d'être une propagande anti-entreprise, insistant trop sur les problèmes sociaux et pas assez sur la compétitivité économique ; on mesure évidemment comment ces deux visions sont inconciliables. Enfin, certains s'émeuvent d'un possible endoctrinement des élèves par une « théorie du gender ». Que n'a-t-on pas également raconté sur la suppression de l'histoire-géographie dans certaines sections de terminale, avec, pensait-on, le risque que de futurs ingénieurs ignorent l'histoire de la Seconde Guerre mondiale !

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dimanche, juillet 27 2014

Répondre à la demande sociétale

On entend régulièrement parler de « pilotage de la recherche scientifique ». Suivant les interlocuteurs et leur bienveillance envers le monde scientifique, il peut s'agir de « donner un coup de pouce » aux recherches visant à répondre à une demande de la société (bref, des applications pratiques), soit de contrôler chercheurs et professeurs, ces éternels « savants Cosinus » irresponsables. Par ailleurs, l'existence d'une certaine liberté de recherche, d'une certaine anarchie, déplaît à ceux qui aiment les structures hiérarchisées (le sommet décide, et la décision est mise en œuvre par les échelons inférieurs). L'affaire est entendue : il faut dire aux chercheurs sur quoi chercher ; après tout, ils sont payés par la collectivité et, dans une démocratie, celle-ci a son mot à dire sur le devenir de ses impôts.

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Quelques remarques de vocabulaire sur l'enseignement du « code »

On débat en France de l'opportunité ou du l'inopportunité d'enseigner le « code », voire le « codage informatique » à l'école. Des parlementaires ont même déposé une proposition de loi en ce sens.

J'ai pour ma part enseigné pendant 15 ans la programmation informatique. Dans aucun des intitulés ou des descriptifs des enseignements auxquels j'ai participé, on ne parlait de « code » ou de « codage ». Le mot « code » est réservé aux « codes correcteurs d'erreur »... mais il s'agit là plutôt d'algèbre et d'algorithmique que de programmation.

Certes, familièrement, on dit parfois « coder » pour « programmer ». On peut cependant s'étonner de l'usage d'un terme familier dans le titre et le texte d'une loi ; à quand une « proposition de loi sur la protection des poulets » pour évoquer la question de l'usage du flash-ball ?

Non seulement le terme « coder » est familier, mais il peut être péjoratif. Le « codage », c'est en quelque sorte l'étape finale, quand on a bien réfléchi au problème et qu'il n'y a plus qu'à rédiger fastidieusement le programme qui met en œuvre la solution. On parle de « pisser du code » quand le programme à rédiger est long et sans grand intérêt ; on parle de code monkeys (« singes du code ») pour désigner les employés à qui on demande de « pisser du code » sans avoir à montrer grande intelligence ou capacité de conception.

Bref, le mot « code », derrière son sens familier, renvoie à une réalité de simples exécutants subordonnés. Cela ne semble guère ambitieux et semble aller à l'encontre de l'objectif affiché :

« À l’ère du numérique, si nous voulons que nos jeunes passent de simples usagers de l’Internet, à acteur de la société et de l’économie numérique, la compréhension de l’informatique est la clé d’accès au monde numérique et aux opportunités professionnelles qu’il ouvre. »

Expliquer, par exemple, le fonctionnement des moteurs de recherche (par exemple, le PageRank de Google), ce n'est pas un problème de « codage ».

(Accessoirement, on trouve en très grande quantité des « codeurs » bon marché en Inde, en Pologne, en Estonie, en République Tchèque...)

samedi, juillet 26 2014

Pourquoi enseigner la programmation ?

Pour des raisons personnelles et professionnelles, j'ai manqué la grande polémique sur l'opportunité d'enseigner « le code » à l'école ; mais après tout, y avait-il besoin de l'avis d'un enseignant d'informatique alors que tant de personnes qui n'ont jamais ni suivi ni fait de cours de programmation se sont exprimées sur le sujet ? J'aimerais toutefois évoquer ce qui, à mon avis, dans un enseignement de programmation, contribue à la formation générale de l'esprit (ce qui ne veut pas dire que je soutiens tout enseignement de programmation dispensé à tout niveau et de n'importe quelle manière).

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dimanche, juillet 13 2014

Crabes

Ces dernières années, plusieurs de mes collègues sont décédés du cancer. Étonnant, non ?

PS Et un autre ne peut pas présenter son propre article parce qu'il suit une chimiothérapie.

samedi, juillet 12 2014

Les jeter à la poubelle

Dans son numéro du 11 juillet 2014, l'International New York Times explique comment l'archipel norvégien du Svalbard, au statut particulier fixé par traités internationaux, n'a presque pas de délinquance : n'y sont admis que ceux qui travaillent (ou peuvent démontrer qu'ils peuvent subvenir à leurs besoins), les chômeurs et autres personnes dépendant de l'aide publique en sont expulsés. Quelques remarques s'imposent.

La délinquance considérée par les auteurs de l'articles semble être quelque peu restreinte (bagarres, vols, agressions crapuleuses) : on ne parle ni de délinquance « en col blanc », ni de violences domestiques ou sexuelles. De fait, il est en effet probable que des personnes qui travaillent et sont suffisamment bien rémunérées n'ont aucun avantage à agresser des quidams dans la rue pour leur piquer leur portefeuille ou leur iPhone, qui plus est dans une ville (Longyearbyen) dont on ne peut guère s'enfuir facilement.

L'article semble dire que les théories d'Ayn Rand ont du bon et qu'en quelque sorte, il suffit de ne pas avoir de chômeurs et autres « assistés » pour ne plus avoir de délinquance... mais il s'agit ici de les renvoyer dans leur pays d'origine, par exemple le reste de la Norvège, ce qui est une stratégie applicable par un très petit territoire mais qui ne passe pas à l'échelle. C'est un fonctionnement semblable à celui des paradis fiscaux, ou des petits territoires à fiscalité locale basse mais dont le petit personnel habite ailleurs.

On aurait aimé que l'auteur de l'article pose au moins la question : dans le cas d'un pays qui n'a pas la possibilité d'expulser ses chômeurs, inadaptés, handicapés etc., que faudrait-il pour appliquer la méthode Svalbard ? Les jeter à la poubelle ?

vendredi, juillet 11 2014

Le Canard Enchaîné joue les prudes

Dans son numéro du 9 juillet 2014, page 4, le Canard Enchaîné évoque divers errements du patron de la fédération PS du Gard : par exemple, le recours aux services d'entreprises dont des membres de sa famille sont actionnaires. Cependant, ce qui est mis en exergue, et qui fait le plus se moquer le volatile, c'est que ce monsieur gère un sex-shop en ligne — c'est d'ailleurs ce qui a été retenu pour l'accroche publiée en « une » du journal.

Un sex-shop ! Quel scandale, en France, en 2014 !

Ceci n'est pas sans rappeler comment certains ironisaient sur le fait que Xavier Niel, le patron de Free, avait jadis travaillé dans le « Minitel rose », et que Jimmy Wales, co-fondateur de Wikipédia, avait travaillé pour une entreprise diffusant du porno-soft... comme s'il s'agissait de commerces honteux. En effet, quelle honte que de vendre aux gens de quoi s'amuser sans nuire aux autres !

Le Canard Enchaîné aime brocarder les dignitaires religieux et leur propension à vouloir régenter les mœurs des populations, y compris celles ne partageant pas leur foi. Il n'en reste pas moins qu'il a lui-même des réflexes de bon beauf franchouillard. On tolère les sex toys comme naguère on tolérait les homosexuels : en se réservant le droit de rires bien gras.

Reporting blues

Guerre psychologique : le directeur du laboratoire m'indique que j'ai laissé des « à paraître » dans la bibliographie officielle pour des articles parus en 2011, je lui répond que le logo d'une des tutelles en page de garde est moche (pixelisé et sur fond gris) alors que nous avons un beau logo vectoriel officiel à disposition.

Le rapport AERES HCERES AERES-zombie, ce drame du quotidien.

Djender issues

Avec l'âge, il arrive que les gens finissent par croire que l'on est de bon conseil. C'est ainsi qu'un doctorant (pas un des miens) est venu me voir en me demandant si, au sujet d'une chercheuse qui écrit un rapport sur une thèse, on parle de « rapporteur » ou de « rapporteure ».

J'ai suggéré « rapporteuse », qui a l'inconvénient (mais comme « rapporteur », d'ailleur) d'une connotation péjorative d'école primaire, puis ai botté en touche en proposant de demander à l'intéressée, sachant que certaines collègues veulent être appelées « maître de conférence » et d'autres « maîtresse de conférence ».

Les vrais maîtres Jedi ne répondent pas aux questions : ils les dévient.

(Au moins est-ce une question plus originale que celles que me valent ma grande expérience administrative : « comment envoyer en conférence fin septembre une doctorante recrutée au 1er octobre », « comment faire rapporter une thèse par une maître(sse) de conférence non habilitée à diriger les recherches », « comment faire rapporter une habilitation à diriger les recherches par un industriel non habilité à diriger les recherches », « comment acheter du matériel informatique hors marché public », etc.)

L'agrégation de mathématiques

J'en avais entendu parler par des amis, c'est maintenant sorti dans la presse : le jury de l'agrégation de mathématiques n'a pourvu que 275 postes pour 395 ouverts.

On m'a dit que, parmi les candidats, il n'y en avait qu'environ 300 qui savaient refaire des démonstrations simples d'algèbre linéaire de base, comme dim(A+B) = dim(A) + dim(B) - dim(A ∩ B) (précisons qu'il ne s'agit pas ici de se rappeler par cœur d'un point technique ou d'une astuce, mais de retrouver une démonstration correspondant à une intuition géométrique).

Il y a clairement une désaffection pour ce concours... mais l'explication de la présidente de la Société des Agrégés est surprenante :

« Cela peut notamment s’expliquer par la concurrence exercée par d’autres professions plus lucratives, comme la finance et la recherche », avance Blanche Lochmann, présidente de la Société des agrégés. La désaffection pour les sciences est également une piste, tout comme la féminisation de la profession, avance Mme Lochmann : cela dissuade peut-être les hommes, très nombreux dans les filières scientifiques.

Premièrement, la recherche n'est pas une profession spécialement lucrative. Financièrement, il vaut mieux être professeur de classe préparatoire aux grandes écoles, poste auquel on accède en étant très bien classé à l'agrégation, que maître de conférence voir professeur à l'université, ou chercheur au CNRS. La remarque est cependant vrai s'agissant de la finance (ce que l'on constate, par exemple, à l'ENSIMAG ou à l'École polytechnique).

Deuxièmement, en quoi la féminisation d'une profession devrait-elle être un repoussoir ? (Il est vrai que, les journalistes résumant parfois curieusement les entrevues et les positions de leurs interlocuteurs, les propos de Mme Lochmann ont pu être déformés.)

Les vrais repoussoirs ne sont-ils pas, outre les salaires peu élevés (hors prépa), la déconsidération sociale, l'insécurité au travail (allez enseigner en ZEP...), l'administration délirante ?

(Par ailleurs, on peut se demander à quoi sert encore l'agrégation. On envoie des agrégés enseigner en collège, voire en lycée professionnel (oui, je connais un cas) : ils sont surqualifiés scientifiquement (enfin, avec la baisse du niveau des candidats...) et pas forcément pédagogues. Vu ce que j'entends sur les programmes du lycée général, classes scientifiques comprises, ils sont également surqualifiés. De fait, de mon temps déjà (1999), les leçons présentées à l'oral de l'agrégation étaient du niveau maths sup, maths spé, licence ; et encore, celles de certains candidats auraient perdu la plupart des étudiants, hors grandes prépas parisiennes. Bref, le concours n'a aucun rapport avec l'enseignement secondaire normal.)

jeudi, juillet 10 2014

Exciting submission

Je reçois d'un grand éditeur international de revues scientifiques :

As you have one or more journal accounts in the Elsevier Editorial System (EES) - our online submission and peer review platform - we are writing to let you know about recent enhancements to EES that make it more secure , easier to access , and provide exciting new options for researchers.

Mon esprit pervers n'a pas encore atteint le niveau où il se sentirait « excité » par une plate-forme de « soumission », qui plus est celle d'Elsevier, éditeur qui ne se prive pas d'abuser des chercheurs scientifiques.

À ce point, je fantasme sur un autodafé de revues Elsevier sur la grand place du campus de Grenoble, devant la bibliothèque de sciences ; heureusement la météo l'interdit.

(Plus sérieusement, ce message illustre comment la « communication » en langue anglaise, y compris universitaire, s'est mise aux standards américains : toute nouvelle proposition est « exciting », etc.)

La Corée du Sud, pays à risque

Je suis membre du comité éditorial d'une conférence ayant lieu en Corée, et vais me rendre sur place notamment pour animer une session.

Le CNRS me demande de remplir un dossier de mission pour pays à risque, avec mention des personnes à prévenir en cas de problème, qui sera examiné par un service dirigé par un ancien général de l'Armée de l'Air.

Cela me donne un petit frisson : et si Kim Jong-un, lassé de skier, décidait d'attaquer Séoul ? Risqué-je de finir carbonisé ou dans un camp de redressement pour ennemis du Juche ? On me croyait professeur Tournesol, serais-je professeur Mortimer ?

(Un jour peut-être je raconterai ici comment je me suis évadé d'une ville andine tenue par des grévistes armés de dynamite à l'aide d'un petit avion.)

mercredi, juillet 9 2014

Fifty shades of LaTeX

Je vais écrire un roman où les protagonistes se livreront à des activités sadomasochistes comportant la rédaction de thèses, présentations, articles etc. avec des effets, des couleurs...

Je l'appelerai Fifty shades of LaTeX.

mardi, juillet 8 2014

Sur la durée des thèses : la question des exigences

J'entends des collègues ou des doctorants de diverses disciplines expliquer que, certes, la durée réglementaire des thèses est de 3 ans, mais que dans leur discipline, houla, c'est impossible de faire un travail de qualité en si peu de temps.

Ce que je constate, en informatique, dans mon voisinage, c'est qu'en 3 ans (+ 6 mois de master recherche), on a au mieux (sauf cas exceptionnels) le temps de comprendre un peu ce que l'on fait (sans forcément comprendre d'autres approches pourtant proches), et d'avoir programmé un outil pas trop robuste et qui passe des exemples sélectionnés (très loin d'un outil industriel). Je pense que c'est un peu court et qu'il faudrait 4 ans.

Si on se mettait à exiger une compréhension des tenants et aboutissants, et un outil robuste, peut-être faudrait-il 8 ans pour faire une thèse. Mais alors, on ne trouverait personne pour faire un doctorat.

Je me demande donc si le problème des disciplines qui se considèrent comme « spéciales » en raison de la « profondeur du travail » qui y serait nécessaire n'est pas tout simplement qu'elles exigent trop. Je soupçonne que, dans n'importe quelle discipline ou presque, si on exige un travail profond et un mémoire long qui fait le tour de la question et des sujets connexes, on dépasse les 3 ans (sauf peut-être en mathématiques : j'ai l'impression que certaines thèses sont du type « j'ai démontré ce truc vachement dur, voici la démonstration en 80 pages, affaire classée »).

La vraie exception me paraît être les disciplines où il y a des impondérables matériels. On me cite souvent la difficulté de l'accès aux archives historiques ou aux documents en bibliothèque ; mais il me semble qu'en sciences expérimentales, il y a divers impondérables (le matériel qui casse, les animaux qui ont un problème...), et c'est encore bien pire en sciences de terrain (où on a tout : les problèmes de transport, le matériel détruit par inconscience, malveillance ou animaux, les ennuis administratifs, les prestataires en retard...).

Vanitas

Lors d'une réunion professionnelle où était évoquée l'obligation dans certains programmes de financements européens de mettre en ligne les productions scientifiques en open access (le lecteur peut lire librement sans payer de droit d'accès ou d'abonnement), des chercheurs de sciences humaines et sociales se sont émus au motif qu'eux publient des livres et que les éditeurs refuseront que les ouvrages qu'ils publient soient ainsi diffusés en ligne (le raisonnement étant que les gens téléchargeront le PDF en ligne et n'achèteront pas l'ouvrage papier ou l'éventuelle version électronique payante).

Il y a beaucoup à réfléchir et à dire sur cette objection ; par exemple, s'interroger sur le rôle des éditeurs en sciences humaines et sociales, qui semblent jouer le rôle de prestige que les grandes revues jouent en physique ou en biologie, ou les grandes conférences en informatique, le même ouvrage ayant une perception positive si publié chez un éditeur réputé, moindre si diffusé en ligne ou publié chez cet éditeur parisien bien connu et portant le nom d'un vent africain. Je suis invité en octobre prochain à un séminaire sur la communication scientifique dans diverses disciplines, peut-être aurai-je alors des vues plus claires à ce sujet. J'aimerai cependant revenir ici sur la réflexion d'un collègue à la pause café.

Ce collègue, expert dans un sujet « bankable » dans les médias (le salafisme, la jeunesse dans le monde arabe), se félicitait de pouvoir publier de « vrais » ouvrages au motif, notamment, que cela permet une large diffusion et que cela fait plaisir quand la grand-mère de l'auteur voit l'ouvrage en vente dans les gares. Je suppose également qu'il pensait aux possibilités d'interventions (sur France Culture ou ailleurs) ouvertes quand le réseau de l'éditeur organise le battage autour de l'ouvrage (« mamie, je passe à la TV ! »).

Je n'ai alors pas pu m'empêcher de penser au début du roman d'Umberto Eco, le Pendule de Foucault, qui se déroule autour d'une maison d'édition à compte d'auteur, dont on explique que l'utilité consiste à permettre à des quidams de se vanter auprès de leur famille, amis et collègues d'être des « auteurs ».

On peut cependant se demander si le rôle de la puissance publique est de satisfaire ce genre de petites vanités, au détriment de la diffusion des connaissances. En effet, je ne suis pas convaincu que la publication d'ouvrages « grand public » par les éditeurs traditionnels tend à favoriser cette diffusion de façon pérenne :

  1. Ces ouvrages, une fois épuisés, sont rarement réédités. 10, 15 ans après, il est difficile de se les procurer, sauf à avoir accès à une bibliothèque universitaire. (La situation est peut-être différente avec les éditions électroniques.)
  2. Les éditeurs traditionnels répugnent aux notes de bas de page et références, censées déplaire au grand public. Or, des faits cités vaguement sans références précises n'ont guère de valeur (par exemple, l'ouvrage grand public de Barbara Cassin sur Google, qui lui a valu diverses invitations dans les médias, est en partie une compilation d'anecdotes invérifiables et sans sources).

Je déteste, quelques années après avoir lu un ouvrage, vouloir préciser un fait trouvé dedans, avoir du mal à retrouver le livre, devoir relire in extenso le texte papier, et m'apercevoir que le fait est peu précis et sans source...

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