La vie est mal configurée

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dimanche, mars 29 2015

Quelques anecdotes sur la parole non bienveillante

Janine, intelligente comme souvent dans sa petite BD « comment dire », nous propose des conditions de la parole éthique : dire seulement ce qui est vrai, nécessaire, et bienveillant. Ne sachant pas dessiner, je vous propose ici, chez lecteurs, de nous interroger collectivement sur ce qui pousse parfois des individus a priori non stupides à des remarques oiseuses.

Commençons par quelques anecdotes. Je devais faire une série de trois exposés sur trois jours alors que j'avais une « extinction de voix » et que mon médecin m'avait recommandé de limiter la prise de parole dans la mesure du possible. J'avais donc demandé aux organisateurs de prévoir, dans la mesure du possible, un micro afin d'éviter de devenir aphone.

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La porte anti-méchants

Il semble que l'Airbus A320 écrasé dans les Alpes l'ait été par l'action consciente de l'officier pilote de ligne, pilote aux commandes. Pour ceux qui, comme moi, ont travaillé de près ou de loin sur des questions de sûreté de fonctionnement des avions de ligne, l'ironie est patente : tous ces questionnements, toutes ces précautions, tout cela réduits à néant par une banale pause-pipi… et par une porte « anti-terrorisme » trop efficace.

Justement, réfléchissons à ces portes blindées. Celles-ci ont été rendues obligatoires pour pallier un attentat sur le modèle de ceux du 11 septembre 2001 : les individus hostiles (le mal) sont dans la cabine passagers, tandis que les pilotes (le bien) sont dans le cockpit, et on construit une muraille de protection pour éviter que les premiers n'attaquent les seconds. Ce faisant, on a ignoré le fait que le mal peut aussi se situer dans le cockpit.

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mardi, mars 10 2015

Incohérence budgétaire

La droite, en France et ailleurs, a une antienne : la gauche est dépensière, tax and spend comme disent les américains — elle taxe beaucoup pour dépenser pas toujours à bon escient, au lieu de laisser les citoyens dépenser leur argent durement gagné sur ce qui leur importe réellement. Selon elle, l'État devrait se recentrer sur ses missions principales, notamment régaliennes.

À Grenoble, la majorité écologistes – Front de Gauche menée par Éric Piolle a souhaité mettre fin à diverses subventions, dont :

  1. Celle d'un million d'euros à l'association gérant le Palais des Sports, où étaient notamment organisée une manifestation sportive, les « six jours de Grenoble », depuis réduits à trois jours.

  2. Celle de 438000 euros à l'orchestre baroque les Musiciens du Louvre.

La réaction de Matthieu Chamussy, tête de l'opposition municipale UMP ? Pétitionner en faveur du maintien de subventions.

Il faudrait tout de même savoir. L'entretien d'un orchestre baroque de réputation internationale ne fait pas partie des missions centrales d'une municipalité (voirie, écoles, crèches, éventuelle police municipale).

Au vu de pareille incohérence, on peut se demander quelles sont les « dépenses inutiles » dans lesquelles certains prétendent vouloir tailler s'ils revenaient au pouvoir…

dimanche, mars 8 2015

Foulard et brièveté

On me signale cette pétition contre l'extension de la loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires (terme hypocrite pour « le foulard ou la coiffe que certaines musulmanes portent sur les cheveux ») à l'enseignement supérieur.

Le texte fait plusieurs pages et brasse beaucoup de sujets, dont le rapport de certains avec la cause évoquée n'est pas évident — mais bien sûr « tout est politique » et « tout est lié »... Très SHS comme style d'écriture, en tout cas.

Moi j'aurais dit :

« La présence de jeunes femmes portant un foulard sur les cheveux (et non un voile intégral comme certains médias ont montré) ne trouble pas les enseignements ; du moins pas plus que la présence d'enseignantes et d'étudiantes dont les croix en pendentif, certes plus discrètes, sont cependant bien visibles. Exclure les femmes qui portent un foulard de l'université, c'est les empêcher d'accéder à la connaissance ­— et éventuellement à un emploi valorisé et valorisant. Nous nous opposons donc à cette mesure, dont on ne voit pas le problème qu'elle devrait résoudre tandis qu'on voit très bien les problèmes qu'elle pourrait causer. »

vendredi, mars 6 2015

Les boucles terminent toujours

En cette époque troublée où les certitudes vacillent et les théories du complot se répandent, nous cherchons des points de repère. C'est pourquoi je ne sais s'il faut se réjouir ou s'indigner du paragraphe 6.8.5:6 de la norme C 2011 :

An iteration statement whose controlling expression is not a constant expression, that performs no input/output operations, does not access volatile objects, and performs no synchronization or atomic operations in its body, controlling expression, or (in the case of a for statement) its expression-3, may be assumed by the implementation to terminate.

Je comprends. Mais dois-je approuver ?

(Merci à Xavier Leroy et Pascal Cuoq.)

mercredi, mars 4 2015

Le Canard Obsédé

Le Canard enchaîné du mercredi 4 mars 2015 évoque comment divers médias ont annoncé à tort la mort de Martin Bouygues dont une chaîne, TF1, appartenant au groupe Bouygues et dont on pourrait penser que les journalistes sauraient où vérifier la mort de leur patron...

Au milieu de l'article, cette pique :

« Les pauvres complotistes du Net, eux, n'ont pas eu le temps de réclamer une preuve de vie. »

Récapitulons. Des journalistes professionnels d'une grande agence de presse, de chaînes de télévision, etc., ont annoncé à tort la mort d'un homme d'affaires sans visiblement la moindre vérification sérieuse, sans que l'on puisse en aucune façon invoquer la responsabilité du « Net », de Wikipédia et des « réseaux sociaux », et le Canard trouve encore le moyen de se moquer des « complotistes du Net » ?

À ce point, c'est une obsession.

Cédric Villani ministre !

Des rumeurs insistantes veulent que Madame la secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche quitte son poste.

Tom Roud et moi-même suggérons de nommer Cédric Villani comme Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Il a l'air d'avoir des idées générales sur cette question, il a une réputation scientifique qui lui vaut le respect, il a géré un institut dans une situation assez compliquée, il connaît des universitaires de toutes disciplines.

  1. MarsuMinistre

dimanche, mars 1 2015

Le discours scientifique vs le discours non scientifique (selon moi)

Je discutais récemment avec un doctorant et un agrégatif d'histoire des moyens de distinguer ouvrages historiques et ouvrages pseudo-historiques. Je vais tenter de résumer ce que, pour ma part, je considère comme scientifique ou non dans un propos.

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samedi, février 28 2015

Numérix, d'Alexandre Moatti (récension)

L'arrivée de l'Internet grand public en France a suscité nombre de changements. Certaines industries ont été grandement transformées en l'espace de 15 ans (édition scientifique, distribution de musique et de films, vente par correspondance). Naturellement, ces changements ont suscité des réactions, certaines positives et touchant même à l'optimisme béat, d'autres négatives, avec parfois une véhémence assez irrationnelle. Le système du droit d'auteur et des droits voisins est fragilisé par la copie illicite, et contesté dans certains de ses aspects (complexité et opacité des circuits financiers, durée des droits exclusifs). Certains « intellectuels », certains politiciens, sont mal à l'aise devant des acteurs inhabituels pour eux, qu'il s'agisse de grands industriels étrangers qui ne leur manifestent pas la considération à laquelle ils estiment avoir droit (Google) ou des organisations à but non lucratif et basés sur la participation directe (Wikipédia).

Face à ces développements, les pouvoirs publics ont hésité et tergiversé, en lançant parfois des projets mal pensés et mal exécutés. C'est de tout cela qu'Alexandre Moatti entend informer le public, qui n'entend souvent de ces débats que des slogans et des dénonciations stridentes qui ne reflètent ni la complexité des enjeux ni les intérêts en présence.

Avertissement : je connais l'auteur de l'ouvrage, qui m'en a offert un exemplaire dédicacé.

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Le taux d'auditionnés aux concours chercheurs CNRS 2015

Il y a quinze ans, tout candidat aux concours chercheurs du CNRS vérifiant quelques conditions minimales (titulaire d'un doctorat) était auditionné. Cette situation n'était guère satisfaisante : les commissions d'audition faisaient de l'abattage et on convoquait à leurs frais à une audition à Paris des candidats dont le dossier était tellement insuffisant qu'ils n'avaient de toute façon aucune chance d'avoir le concours.

Les sections du Comité national de la recherche scientifique, formant jury d'admissibilité des concours chercheurs (la phase la plus importante), ont maintenant le choix de n'auditionner qu'une partie des candidats admis à concourir (ceux vérifiant les conditions minimales). Il m'a paru intéressant de comparer les usages entre disciplines.

Je me suis limité dans cette table aux concours de chargé de recherche de deuxième classe, pour les postes non « fléchés » (il existe pour chaque section un concours ouvert à tout candidat dont les recherches s'inscrivent dans les thématiques scientifiques de la section, et d'éventuels concours « fléchés » sur des thématiques ou laboratoires particuliers).


PostesCandidatsAud.Aud./ Cand. %Cand./ PostesAud./ Postes
02/03418254294513
03/034903134227
04/0348440472110
05/0341013938259
06/0461205344208
07/03410043432510
08/03410948442712
09/033732534248
10/0359450531810
11/035533158106
12/0356758861311
13/0348344532011
14/035754965159
15/036623861106
16/044783747199
17/03417371414317
18/0346942601710
19/0336536552112
20/034803037207
21/034843541218
22/0351073633217
23/033352468118
24/033892831299
25/0335331581710
26/035853440176
27/033522344177
28/0338040502613
29/0351024140208
30/035893842177
31/03511272642214
32/03617379452813
33/03619386443214
34/034782126195
35/034204171835142
36/045221107484421
37/036832833134
38/03515381523016
39/0351584931319
40/036226108473718
41/0382153616264
51/02211232285616
52/04210734315317
54/034812935207

Je publierai prochainement les scripts et données.

mercredi, février 18 2015

A question regarding the a variant of the separation oracle model of linear programming

I have unresolved theoretical questions. Please see this very drafty explanation.

lundi, février 9 2015

Le théorème de Gödel pour les nuls

Suite à la publication d'un billet où j'évoquais des mystifications autour des théorèmes d'incomplétude de Gödel, on m'a demandé si je pouvais écrire une présentation « grand public » de ceux-ci. C'est ce que je vais tenter ici, en utilisant le moins possible de notations et de jargon mathématiques.

Malheureusement, c'est un sujet qui demande, pour être compris sans contresens, des explications assez conséquentes, et je m'excuse donc d'avance de la longueur de ce billet.

TL;DR : Comprendre ce que disent les théorèmes d'incomplétude de Gödel demande certaines bases exposées dans cet article, et si vous n'avez pas fait un minimum d'effort pour les acquérir vous ne comprendrez pas ce qu'ils disent. Ce n'est pas un drame, on vit très bien sans.

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dimanche, février 8 2015

Ce qu'est le CNU et quelques commentaires sur le découpage de la section d'économie

J'ai été très surpris de voir mentionnée dans l'actualité une institution qui, pour moi, relève d'une « cuisine interne » universitaire dont on discute rarement en dehors d'un milieu fort restreint : le Conseil national des Universités (CNU). L'éventuelle création d'une deuxième section d'économie au sein de ce conseil suscite une polémique dont j'ai peur qu'il ne soit malaisé d'appréhender les éléments factuels ; c'est pourquoi je me propose, par ce billet, d'expliquer ce qu'est ce fameux conseil et les fonctions qu'il exerce.

Le fonctionnement des universités est complexe, la réglementation change de temps à autre, elle souffre d'exceptions (nous allons notamment voir en quoi l'économie est exceptionnelle), aussi il est possible que j'aie moi-même commis quelques erreurs. Je saurai gré à mes lecteurs de me les signaler. C'est cette complexité qui explique également la longueur de ce billet, dont je prie d'avance mes lecteurs de m'excuser.

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lundi, janvier 26 2015

Comment (ne pas) conclure à l'existence de Dieu à partir du théorème d'incomplétude de Gödel

Dans l'émission Tout et son contraire du 19 janvier 2015, les frères Bogdanov (en fait, sans doute un seul des frères et j'ignore lequel) ont tenté de convaincre Philippe Vandel et les auditeurs de l'existence de Dieu :

« (P. Vandel) […] Êtes-vous bien certain que Dieu existe ? Je vous pose la question, vous qui avez écrit Le Visage de Dieu, êtes-vous bien certain que Dieu existe ?

- (I. ou G. Bogdanov) On est certain en fait de trois choses, à propos de ce que l'on appelle Dieu.

- Encore ? Trois ?
- La première, c'est que l'Univers n'est pas né par hasard. C'est une certitude aujourd'hui, et même les scientifiques qui ont des tendances matérialistes ou qui refusent cette idée, évidemment, d'une causalité à l'origine, reconnaissent, admettent que l'Univers est très bien réglé à l'origine. La deuxième conclusion c'est qu'il existe un avant Big Bang.

- On est certain, vous les Bogdanov, ou la communauté scientifique ?

- La communauté scientifique dans son ensemble !

- Et le troisième argument ?

- Troisième point ! Il faut remonter en 1931. À cette époque là, un tout jeune homme — il a 24 ans — c'est un mathématicien brillant, brillantissime, il s'appelle Kurt Gödel, il est autrichien, découvre — il n'invente pas, il découvre — un théorème qui porte son nom. Que dit ce théorème ? Il dit « Tout système logique est nécessairement incomplet. » Si nous considérons maintenant que l'Univers — et c'est incontestable — est un système logique, alors il est nécessairement incomplet, et sa cause se trouve à l'extérieur de lui. Il a une cause, cette cause est à l'extérieur de lui, elle est différente de lui. L'Univers est matériel et temporel, alors cela signifie que la cause est immatérielle et intemporelle, on est quelque part tout près de Dieu. »

Si je mentionne cet échange, c'est parce qu'il me semble un très bon exemple d'une certaine façon de traiter de la science. Sans examiner de près les arguments, certains points doivent déjà nous alerter :

  1. Le locuteur prétend résoudre une question philosophique importante, qui occupe l'humanité depuis des millénaires.

  2. Il utilise un argument d'intimidation : « et c'est incontestable ».

  3. Il utilise des arguments d'autorité : la « communauté scientifique dans son ensemble ».

  4. Il essaye de récupérer l'aura d'un grand scientifique, à savoir Kurt Gödel, dont il rappelle le génie précoce.

  5. Il utilise des arguments de plusieurs domaines scientifiques dont la maîtrise conjointe est rare (ici, la cosmologie et la logique mathématique).

Contrairement à M. Bogdanov, je ne prétends pas m'y connaître en cosmologie. Oh, certes, j'ai bien lu quelques présentations de vulgarisation sur le Big Bang, mais je ne me hasarderais pas à discuter de ce qui a bien pu arriver avant (si toutefois cela avait du sens, ce dont je ne suis pas convaincu). En revanche, j'enseigne les théorèmes d'incomplétude de Gödel (ainsi que son théorème de complétude, mais c'est un autre sujet) et on me pardonnera donc mes objections à ce sujet. (*)

Rappelons ce dont il s'agit. Le premier théorème d'incomplétude de Gödel se résume en effet par « tout système logique est incomplet », mais cela est trompeur car on n'explique pas ce que l'on entend par système logique. L'énoncé suivant, trouvé sur Wikipédia, est plus précis :

Dans n'importe quelle théorie récursivement axiomatisable, cohérente et capable de « formaliser l'arithmétique », on peut construire un énoncé arithmétique qui ne peut être ni prouvé ni réfuté dans cette théorie.

Les systèmes logiques dont il est question sont des systèmes de règles destinés à formaliser les raisonnements en arithmétique entière, c'est-à-dire les raisonnements sur des énoncés comme « pour tout n, il existe un nombre premier entre n et 2n ».

On ne voit donc pas très bien le rapport avec l'Univers et en quoi celui-ci serait un « système logique » dans ce sens, fait que M. Bogdanov estime pourtant « incontestable ».

Il est possible que M. Bogdanov joue sur plusieurs sens de l'expression « système logique ». On l'a vu, dans l'énoncé du théorème d'incomplétude de Gödel, ce terme a un sens précis et très technique (et encore, j'ai épargné au lecteur les définitions possibles de la cohérence et de ce que veut dire « formaliser l'arithmétique »). Peut-être que son argument sur l'Univers se réfère à l'idée que l'Univers évolue selon des lois mathématiques, donc « logiques ». Bien entendu, tout raisonnement qui prétend démontrer un résultat en changeant le sens d'un mot entre deux étapes est un sophisme trompeur !

Quant à l'incomplétude logique, elle ne se réfère pas à l'existence d'une « cause » (notion non définie pour un système logique) mais à celle d'un énoncé qui ne peut être prouvé dans le système logique considéré et dont le contraire ne peut pas non plus être prouvé dans le système logique. Là encore, on glisse du sens technique du mot « incomplet » à une idée différente : « a besoin d'un objet extérieur comme cause ».

La suite ne vaut pas mieux. « Il a une cause [...] différente de lui. L'Univers est matériel et temporel, alors cela signifie que la cause est immatérielle et intemporelle. » Ce raisonnement est douteux, il suffit pour s'en convaincre de remplacer « cause » par « mère » et « Univers » par « bébé » : « Il a une mère différente de lui. Le bébé est matériel et temporel, alors cela signifie que sa mère est immatérielle et intemporelle. ». Absurde, non ?

Je pense, et cela est triste, que les raisons du succès des frères Bogdanov sont justement les points que j'ai relevés comme des signaux d'alerte :

  1. Le locuteur prétend résoudre une question philosophique importante, qui occupe l'humanité depuis des millénaires. Le public aime bien qu'on parle des « grandes questions », le reste fait mesquin.

  2. Il utilise un argument d'intimidation. Visiblement, le public aime bien les personnes assurées d'elles-mêmes, tandis que les scientifiques aiment souvent nuancer ou restreindre la portée de leurs propos.

  3. Il utilise des arguments d'autorité. Le public aime bien l'autorité.

  4. Il essaye de récupérer l'aura d'un grand scientifique. Le public a une vision de la science très « grands hommes » (Einstein etc.). À côté, l'universitaire lambda passe pour un médiocre, aigri et mesquin.

  5. Il utilise des arguments de plusieurs domaines scientifiques dont la maîtrise conjointe est rare (ici, la cosmologie et la logique mathématique). Cela fait érudit et donne l'impression d'une pensée vaste, à l'inverse de la « spécialisation » souvent tant décriée.

Il me semble, à ce point, assez vain de vouloir lutter. De toutes façons, ceux qui se laissent prendre à ce genre de divagations sur la Vie, l'Univers et le Reste ne lisent sans doute pas mon blog…

(*) Il me semble que les frères Bogdanov reprennent sur ce point un raisonnement douteux dû à Régis Debray.

Une petite erreur et comment la signaler ?

Cet article du Monde Science & Techno évoque la création d'un nouveau format de fichier, basé sur les mêmes idées générales que JPEG, mais en plus raffiné et qui permettrait de stocker les images en deux fois moins de place, à qualité égale.

L'article évoque le concepteur du format, Fabrice Bellard, comme « un jeune ingénieur télécoms français ».

D'après sa biographie dans Wikipédia, Fabrice Bellard est né en 1972 et est rentré à l'École polytechnique en 1993. Même si on ne fait pas confiance à Wikipédia (insérer ici le couplet sur le manque de fiabilité), il est aisé de vérifier dans le Journal Officiel que Bellard a été diplômé de l'X en 1996 et de Télécom en 1998. Ceci est cohérent avec une entrée à l'X en 1993, donc avec une naissance en 1972.

Autrement dit, Fabrice Bellard a aux environs de 42 ans. Ce n'est pas ce à quoi je songerais en lisant « jeune ingénieur télécoms » — on imaginerait plutôt quelqu'un fraîchement sorti de l'école.

Cette erreur est de peu d'importance. Ce qui me paraît en revanche assez significatif, c'est qu'il n'y a aucun moyen de la signaler. Le site du Monde ne comporte aucune indication claire d'adresse ou de mécanisme de contact pour signaler une erreur factuelle, aucune indication de courrier électronique des journalistes, et le journaliste concerné n'a semble-t-il pas de compte Twitter.

Bien entendu, on peut sans doute contacter le Monde par courrier papier, mais, à moins d'être directement concerné par l'erreur commise (et alors il faut sans doute mieux envoyer en recommandé + accusé de réception…), on s'épargnera pareilles formalités !

On comparera avec la clarté des mécanismes de contact de Wikipédia.

vendredi, janvier 23 2015

Les théories du complot viendraient seulement d'Internet ?

Depuis les attentats contre Charlie Hebdo et le supermarché casher, on entend certains s'inquiéter de ce que « les jeunes », ou du moins « certains jeunes », ne croient plus les grands médias et vont au contraire « sur Internet » où fleurissent, nous dit-on, des théories du complot.

Quelques rappels sur les 15 dernières années. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement des États-Unis s'est lancé dans une guerre contre le dictateur Saddam Hussein, débouchant sur une occupation de l'Iraq, au motif que ce dictateur aurait détendu des « armes de destruction massive ». Il s'est avéré qu'il s'agissait là de mensonges du gouvernement américain à son peuple, à ses représentants, et aux Nations-Unies ; bref qu'il y avait eu complot pour débuter une guerre injustifiée. Guerre dont, soit dit en passant, nous peinons à régler les conséquences tardives, dont la montée du fameux « État islamique ».

Au vu de pareil exemple, il est parfaitement rationnel et légitime d'envisager la possibilité que des gouvernement « occidentaux » puissent mentir à des fins politiques sur un problème de vie ou de mort. Ce n'est pas tout ; certains dirigeants n'hésitent pas à faire appel à des théories du complot lorsque cela les arrange.

Le nom de Nicolas Sarkozy est apparu dans diverses « affaires », entre lesquelles on se perd, avec des épisodes rocambolesques comme l'utilisation de téléphones portables enregistrés sous des noms d'emprunt. Certains de ces amis ont insinué que les enquêtes judiciaires menées à son égard relèvent d'un complot mêlant l'actuel gouvernement et des juges rouges.

Lorsque Dominique Strauss-Kahn a été arrêté à New-York, certains de ses amis sont intervenus pour mettre en doute les faits qui avaient filtré. Ainsi, Bernard-Henri Lévy a jugé non plausible qu'une femme de ménage puisse rentrer seule dans une chambre, vu que dans ce genre d'hôtels le personnel de ménage intervient en brigade. D'autres se sont mis à gloser sur les relations réelles ou supposées entre certains employés de la chaîne d’hôtellerie et l'UMP.

Je l'avoue, je ne vois pas ce qu'il y a de substantiellement différent entre faire remarquer (sans plus ample connaissance des faits) qu'il n'est pas plausible qu'une femme de ménage intervienne seule dans une chambre d'un hôtel de luxe et faire remarquer qu'il n'est pas plausible qu'un terroriste entraîné oublie sa carte d'identité dans un véhicule. La seule différence est que dans un cas il s'agit d'une rumeur anonyme, tandis que Bernard-Henri Lévy jouit d'un accès constant aux grands médias pour discuter de tout sujet.

On pourrait multiplier les exemples de personnalités politiques qui, quand cela les arrange, évoquent un complot et une « version officielle » mensongère. Par exemple, divers sympathisants de la « Manif pour Tous » expliquent que le vrai nombre de manifestants était bien supérieur à ceux estimés par la police et les médias et qu'il y a une sorte de complot pour que la vérité n'éclate pas.

Ainsi, si des théories du complot sont effectivement diffusées sur Internet, il me semble qu'elles s'inscrivent dans un climat de suspicion entretenu par les politiciens et les médias classiques. Par ailleurs, s'attaquer à Internet, comme le fait Jean-Luc Porquet dans le Canard Enchaîné du 21 janvier, n'est pas anodin dans le climat actuel, où des politiciens multiplient des déclarations selon lesquelles il faudrait mieux « contrôler » Internet et les « réseaux sociaux ». Il est d'ailleurs troublant que l'article de M. Porquet retrace un historique idyllique de la presse papier en jetant un voile sur certaines dérives ; la presse papier, ce n'est pas seulement Albert Londres et Hubert Beuve-Méry, c'est aussi la presse d'extrême-droite des années 1900, 1930 et 1940… Là encore, l'indignation est sélective !

lundi, janvier 19 2015

STOP !

À peine les morts de l'attentat contre Charlie Hebdo enterrés comme martyrs de la liberté d'expression, divers politiciens proposent des mesures attentatoires aux droits et libertés fondamentaux de la société française.

Si on croit cette infographie. il y a eu depuis 1982 66 morts lors d'attentats terroristes. Il semble qu'ils en aient oublié quelques unes (je ne vois par exemple ni René Audran ni Georges Besse, assassinés par Action directe). Mettons qu'il y en ait eu 80.

Cela ferait donc une moyenne de 2,4 morts par an, c'est-à-dire qu'objectivement le terrorisme est une menace négligeable pour nos concitoyens résidant en France (négligeable devant les accidents de la route, les accidents domestiques, les accidents du travail, la délinquance ordinaire, etc.).

Le reste n'est que romantisme, alarmisme, et carriérisme de politiciens et de journalistes.

Hurler « il faut faire quelque chose » est une réaction instinctive, mais stupide. Méfions-nous de ceux qui nous proposent des mesures, mais sont incapables d'expliquer en quoi, concrètement, celles-ci peuvent résoudre les problèmes qui se posent à nous aujourd'hui.

J'attends toujours, par exemple, une explication de l'utilité concrète d'envoyer en prison (lieu de radicalisation, nous dit-on) des crétins pour cause d'imprécations éméchées.

samedi, janvier 17 2015

The New York on French hate speech law : some factual errors

The New Yorker published an article discussing French legislation restricting freedom of speech. Unfortunately, they get it factually wrong on at least two counts.

At the same time, France’s press laws, which date to the late nineteenth century, make it a crime to “provoke discrimination, hatred, or violence toward a person or group of persons because of their origin or belonging to a particular ethnicity, nation, race, or religion.” 

This paragraph seems to imply that France's press laws, as adopted in 1881, made it a crime to provoke discrimination or hated against ethnicities or religions. How anachronistic! In the late nineteenth century, public speech in France was often openly racist: in the National assembly, in newspapers, men debated the appropriateness of colonizing the “inferior races”... The prohibitions on racial hate speech came in acts adopted in 1939 (Marchandeau act) and 1972 (Pleven act), which amended the 1881 law. (*)

There is a law, for example, passed in 1881, against insulting the head of state […] According to French law, the President of the Republic can insult you, but you can’t insult him—even with his own words.

This law (actually, the part of the 1881 act dealing specifically with offenses against the head of state) was repealed in 2013.

(*) The 1939 law was motivated by the jew-baiting of far-right journalists and writers, many of which would collaborate with the Nazis after the invasion of France.

vendredi, janvier 16 2015

Parallèle historique

Un pays en guerre civile, divisé par des oppositions politiques et religieuses. Des persécutions. D'un côté, la majorité de l'armée régulière du pays, et les interventions de puissances étrangères, notamment par bombardement aérien ; de l'autre, des troupes plus irrégulières, où affluent des jeunes gens de tous pays, qui veulent défendre une cause, la création de ce qu'ils estiment une société meilleure et plus juste.

Question : à quels événements pensé-je ?

Solution à la guerre en Syrie/Iraq et à la Guerre d'Espagne

Quelques questions sur les récents événements

Je sors d'une semaine avec la grippe, et le moins que l'on puisse dire c'est que la fatigue et le mal de tête ne facilitent pas la réflexion. Aussi, s'agissant des récents attentats terroristes à Paris et banlieue, j'ai de nombreuses questions pour lesquelles j'apprécierais l'aide de mes lecteurs.

  1. À quoi servent concrètement les patrouilles Vigipirate, y compris les triplets de gendarmes mobiles dont l'un a un pistolet-mitrailleur et les soldats à FAMAS ?

  2. Le député Jean-Jacques Urvoas a affirmé que les terroristes avaient fait leurs repérages sur Internet. Comment sait-il cela ?

  3. Marine Le Pen envisage le rétablissement de la peine de mort pour les terroristes. S'agissant de candidats au martyre, la menace de cette peine semble assez inefficace, voire contre-productive (elle donnerait aux terroristes une occasion de martyre s'ils venaient à être arrêtés). Envisage-t-elle la même peine pour les complices ?

  4. On nous a dit et répété que les accusés s'étaient radicalisés en prison. Quel est alors le but d'envoyer en prison des quidams éméchés qui se sont laisser aller à des menaces stupides ?

  5. Pourquoi les parquets ont-ils requis de la prison ferme pour ces actes « d'apologie du terrorisme » ? S'agit-il d'instructions de madame la ministre de la justice, dont certains encore récemment déploraient le supposé laxisme ?

  6. Pourquoi les magistrats du siège ont-ils suivi ?

  7. On nous a dit et répété que les accusés s'étaient radicalisés en prison. Pourquoi la priorité semble-t-elle être de « contrôler » et « filtrer » Internet et les « réseaux sociaux » ?

  8. L'UMP propose de rétablir l'infraction d'indignité nationale et la peine de dégradation nationale, c'est-à-dire essentiellement la perte du droit de vote et de la possibilité d'accéder à des fonctions électives. Est-ce que cela est censé intimider des terroristes qui, visiblement, rejettent le pays dont ils ont la nationalité ?

  9. Est-ce qu'un seul des politiciens qui proposent des « mesures » contre le « djihadisme sur Internet » s'est demandé comment des jeunes ont pu en venir à avoir un état d'esprit les rendant vulnérables à de tels messages ?

  10. Pourquoi nous parle-t-on tant de « jeunes candidats au djihad », dépeints comme des adolescents qui se laisseraient entraîner dans des « réseaux », alors que les coupables des dernières attaques sont des hommes d'âge moyen passés par la prison ? A-t-on des informations sur l'âge des personnes parties combattre ou s'entraîner en Syrie ou ailleurs ?

  11. Nous entendons certains parler de « camps de déradicalisation ». De quoi s'agirait-il ?

  12. Pourquoi a-t-on invité des chefs d'état et de gouvernement étrangers à la marche républicaine de dimanche, dont des ennemis de la liberté d'expression ?

  13. Qui a organisé le « service d'ordre » de cette marche (les gilets fluo etc.) ?

  14. Que ceux qui déplorent que l'on parle tant de 11 morts chez nous et pas de 2000 morts par Boko Haram en Afrique suggèrent-ils que l'on fasse ?

  15. De quelle(s) infraction(s) accuse-t-on précisément ceux que l'on arrête pour tenter de se rendre en Syrie ou s'y être rendu ?

  16. Pourquoi Marine Le Pen n'a-t-elle pas répondu « taisez-vous, Elkabbach » lorsque celui-ci lui a demandé si elle n'avait pas honte ?

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